Ajuntament de Barcelona Institut del Paisatje Urbà
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La conception modernista fait revivre les arts décoratifs parce que la volonté des artistes est de créer des espaces uniques intégrant tous les arts. De fait, les arts décoratifs deviennent, d’une certaine manière, les diffuseurs du goût modernista et ce sont eux qui font parvenir à tous les nouvelles tendances artistiques. Ainsi, le nouveau langage ne se limite pas aux maisons bourgeoises réalisées par de grands architectes, ni aux grands travaux publics, mais aux pâtisseries, aux boulangeries, aux pharmacies, aux espaces de loisirs, aux bars et aux restaurants, qui ont été décorés en utilisant ce nouveau langage et qui représentent aujourd’hui un échantillon de la profusion d’artistes et d’artisans anonymes qui ont travaillé en accord avec les nouvelles tendances. Les espaces les plus quotidiens étaient alors des espaces permettant de profiter d’une nouvelle esthétique, et certains nous sont même parvenus pratiquement intacts. L’architecture permettait de marier les arts décoratifs, aussi bien en ce qui concerne les façades que les aménagements intérieurs. C’est l’époque de la récupération des techniques artisanales locales, l’un des éléments qui différencient la décoration des diverses villes d’Europe, dans lesquelles se sont développés les divers mouvements du courant Art Nouveau.

Nous connaissons l’existence de nombreux bars et restaurants, aujourd’hui disparus, qui étaient autant d’exemples fascinants du langage modernista, comme La Lluna ou La Buena Sombra. Dans ce guide, nous avons fait un choix de catorze bars et restaurants qui se sont maintenus pratiquement intacts depuis leur fondation ou qui ont été créés à partir de la récupération d’éléments modernistes d’autres lieux destinés à disparaître. Ces endroits nous permettent de jouir, de nos jours, d’une atmosphère du début du XXe siècle. Pour tous ceux-ci, on connaît rarement le décorateur ou les personnes du secteur de la décoration ou du conception d’intérieur qui y ont travaillé à l’époque, et il s’agit là d’un terrain encore à défricher.

Ces espaces ont en commun l’usage des arts appliqués, tels que: la céramique décorative dans la partie inférieure des murs et les présentoirs; les plâtres dans les moulures pour décorer les panneaux, en particulier; le marbre pour les bars, les socles et les revêtements muraux; le bois ouvragé pour les vitrines (qui sont les meubles dans lesquels se concentre souvent la décoration la plus naturaliste); le fer forgé pour les colonnes, les éclairages et les porte-manteaux; et, finalement, les vitraux des portes et des fenêtres, qui parviennent à nuancer l’éclairage à l’intérieur. Tous ces éléments comportent des motifs décoratifs naturalistes, des fleurs et des feuilles qui s’entrelacent, ou des lignes sinueuses. Souvent, entre les différents établissements, la différence réside davantage dans la qualité des matériaux utilisés que dans la décoration elle-même: c’était, en effet, un élément déterminé par le niveau économique et culturel du propriétaire.

À part les exemples que nous vous présentons dans ce guide, en vous promenant dans Barcelone vous pourrez encore trouver des bars qui conservent une partie de la décoration modernista. Ce pourrait être le cas, par exemple, de la cafétéria qui se trouve dans la rue de la Palla, au numéro 4, qui a conservé la porte en bois ornée d’une décoration florale tout à fait similaire à celles que l’on peut voir dans ce guide, ou bien le Cafè del Centre, dans la rue Girona, au numéro 69, qui a une décoration simple mais elle aussi d’esthétique modernista.

Parallèlement, il ne faut pas oublier qu’il existe d’autres bars qui, sans être des espaces conçus à cette époque comme bar ou comme restaurant, ont aujourd’hui partiellement acquis cette fonction: c’est le cas, par exemple, de la pâtisserie Escribà sur la Rambla, qui a un petit espace permettant de prendre un café d’où l’on peut contempler toute la décoration intérieure de la boutique; ou encore de la cafétéria du Palau de la Música Catalana, qui est située au rez-de-chaussée d’un édifice, œuvre de Domènech i Montaner, constituant lui un emblème du Modernisme catalan. Dans cet immeuble, on trouve aussi le restaurant Mirador qui comporte de splendides vues sur la façade latérale du palais. Cet établissement a été ouvert à la fin de l’année 2004 dans l’une des parties modernes, œuvres d’Oscar Tusquets, qui ont permis l’élargissement du palais. Un autre exemple est La Pedrera de nit (La Pedrera de nuit), nom qui a été donné aux veillées organisées dans le bâtiment de Gaudí les nuits d’été pour combiner avec une visite à l'Espai Gaudí, avec musique en direct, sur la spectaculaire terrasse, tout en prenant un verre.

Les exemples de ces établissements aident à comprendre l’importance qu’a eu le Modernisme dans l’usage social de l’art, comment les maîtres d’ouvrage, les artisans et les concepteurs ont su appliquer le nouveau langage du Modernisme aux espaces les plus modestes de la ville, et comment, aussi, ils ont su rendre visible leur métier dans les œuvres créées par les grands maîtres du mouvement, tels que Gaudí, Puig i Cadafalch ou Domènech i Montaner. Entrer dans n’importe lequel de ces espaces demeure un privilège.

Així mateix, no hem d’oblidar que hi ha altres bars que, tot i no ser espais concebuts originalment com a bars o restaurants, avui en dia sí que compleixen aquesta funció en part: per exemple, la Pastisseria Escribà a la Rambla, que té un petit espai per prendre cafè que permet contemplar la decoració interior de la botiga, o la cafeteria del foyer del Palau de la Música Catalana que, com que està situada als baixos d’un edifici obra de Domènech i Montaner, és emblemàtica del Modernisme català. En aquest edifici trobem també el restaurant Mirador, obert al final del 2004 en una de les zones d’ampliació modernes projectades per Oscar Tusquets, amb esplèndides vistes a la façana lateral del Palau. Un altre exemple és “La Pedrera de nit”, nom de les vetllades que s’organitzen a l’edifici de Gaudí les nits d’estiu per combinar una visita a l’Espai Gaudí amb música en viu, en el seu espectacular terrat, mentre es pren una copa.

Els exemples d’aquests establiments ens ajuden a entendre la importància que va tenir el Modernisme en l’ús social de l’art: com els mestres d’obra, artesans i dissenyadors van saber aplicar el nou llenguatge del Modernisme als espais més modestos de la ciutat. I com, també, van saber fer destacar el seu ofici dins de les obres creades pels grans mestres del moviment com Gaudí, Puig i Cadafalch o Domènech i Montaner. Entrar en qualsevol d’aquests espais no deixa de ser un privilegi.



Casa Almirall
Bar
Joaquín Costa, 33
Tél.: 93 318 99 17
Horaire : tous les jours de la semaine, de 19 heures à 3 heures du matin.


L’enseigne du bar Casa Almirall, de verre peint, indique qu’il a été fondé en 1860. Manel Almirall, membre de la famille du même nom connue pour son négoce, a fondé une taverne dans la seconde moitié du XIXe siècle. Le local disposait de deux parties distinctes: une première, qui était la taverne proprement dite; et une seconde, qui était utilisée comme cave. En 1976, l’établissement est passé aux mains des propriétaires actuels, Ramon Solé et Pere Pina. L’inauguration a eu lieu le 1er janvier 1977 et, depuis lors, une restauration a été effectuée, en 2000, ainsi que de nouveaux travaux pour mettre en place des lavabos modernes, en 2001.

Quant à la décoration originale, la porte, le comptoir, la vitrine et les éclairages pour l’essentiel ont été conservés tels quels; et il faut remarquer que tous ces éléments brillent par la richesse et la qualité de leurs matériaux. La porte du bar est tout à fait simple; en effet, une grande partie de l’année, elle disparaissait pour laisser la place à un petit rideau qui cachait la partie supérieure de l’entrée et ouvrait le local sur la rue. Les formes de la porte ne présentent aucune ornementation particulière, à l’exception de la sinuosité des veines du bois.

Le comptoir, visuellement imposant, est fait de marbre catalan blanc combiné, dans la partie inférieure, avec du marbre d’Italie de diverses couleurs. À l’une de ses extrémités, on remarquera un personnage féminin, de fonte, sculpture d’une grande qualité, qui est l’image de la muse de l’Exposition universelle qui s’est tenue à Barcelone en 1888. Il est possible qu’il s’agisse d’un élément de décoration provenant de la balustrade de la maison dont disposait la famille Almirall dans la même rue. Après le comptoir, se trouve la caisse, aux formes similaires à celles de la vitrine, qui a conservé les mêmes fonctions dans sa situation actuelle.

On prendra soin de regarder la vitrine qui se trouve derrière le comptoir parce qu’elle donne toute son identité à l’établissement et qu’il s’agit, peut-être, de l’élément que l’on reconnaît le plus dans le cadre d’un langage modernista. La décoration semble avoir la même apparence qu’acquiert le bois en vieillissant, se courbant aux extrémités latérales où il se croise avec d’autres lignes, et c’est précisément là que l’on trouve la plus grande concentration d’ornements. C’est l’endroit, en effet, où s’entrelace avec des feuilles et des fleurs une branche qui naît de l’extrémité de la vitrine.

Finalement, il faut aussi fixer l’attention sur la partie supérieure du mur où a été maintenue, après diverses restaurations, une guirlande peinte de couleurs vives qui devait appartenir à la décoration originale du bâtiment qui abrite le bar, qui est d’ailleurs lui-même décoré à l’extérieur de sgraffites.

De nos jours, l’établissement a aussi deux parties distinctes: une première salle avec les tables vetllador caractéristiques (rondes, au dessus de marbre, avec un pied unique en leur centre) que l’on trouvait dans tous les établissements de cette époque; et un second espace plus intime, séparé du premier par un paravent de verre, avec de profonds fauteuils baignés par une lumière douce. L’ambiance musicale est dominée par le jazz classique, moderne ou d'avant-garde, une grande variété de styles de la meilleure musique instrumentale moderne. En définitive, la Casa Almirall est un lieu de rencontre pour les gens de tous âges, qui viennent y prendre un verre ou y grignoter des bricoles, parmi lesquelles les anchois constituent sa spécialité. Parallèlement, le bar accueille de manière sporadique des manifestations culturelles, telles que des cycles de cinéma muet ou des discussions-débats autour de sujets variés. C’est un espace ouvert à de nouvelles propositions ainsi qu’à des activités diverses, point de rencontre nocturne, tranquille mais qui tend à être animé vers le petit matin, où il demeure cependant possible de trouver un recoin plus calme vers le fond.

Bar Muy Buenas
Bar de copes, menjar i activitats culturals
Carme, 63
Tél.: 93 442 50 53
Horaire : du lundi au samedi de 7 heures 30 à 2 heures 30 du matin; dimanche de 19 heures à 2 heures 30 du matin.

Les origines du Bar Muy Buenas remontent à la fin du XIXe siècle, époque à laquelle il a été fondé comme bar-cafétéria par un membre de la famille Serrano. L’établissement est ensuite passé de père en fils pendant trois générations –il a été baptisé sous son nom actuel, Bar Muy Buenas, en 1928–. Par la suite, en 1996, Antonio Serrano l’a vendu à Antonio Magaña, le propriétaire actuel du bar qui a petit à petit rendu au lieu son aspect original.

La porte d’entrée laisse subtilement entrevoir qu’il s’agit d’un établissement différent, non par une décoration exagérée mais bien plutôt par la douceur des lignes ondulées qui encadrent l’enseigne et par la poignée de la porte elle-même. Le comptoir du bar est celui qu’il y avait à l’origine, et il a retrouvé sa fonction primaire alors que pendant de nombreuses années il était installé dans un autre endroit du bar où il servait d’élément décoratif. C’est un comptoir de marbre avec deux compartiments qui étaient remplis de glace, à leur époque de splendeur, pour y mettre les boissons à rafraîchir; les deux distributeurs d’eau, quant à eux, ont été remplacés par des distributeurs de bière.

On remarquera aussi dans ce local le splendide paravent de pin maritime et de verre gravé à l’acide avec des motifs floraux qui constituait, à l’origine, la porte de séparation entre la cafétéria proprement dite et la salle à manger, et qui, de nos jours, isole le bar de l’arrière-salle. La première partie du local surprend par la hauteur inhabituelle de son plafond, créée par la suppression du plancher qui soutenait une sorte de mezzanine utilisée comme logement. Dans l’espace intérieur, on n’a conservé pratiquement aucun élément décoratif modernista, mais au cours de l’été 2001, Antonio Magaña a chargé un artiste-peintre argentin de la décoration murale du bar. Le résultat, tout à fait réussi, donne un air de modernité tout en conservant en même temps un arrière-goût de Modernisme puisque l’artiste s’est inspiré de la sinuosité des lignes et des motifs qui se trouvent sur la porte du local. Les tables ont été repeintes en accord avec le dessin mural. Dans l’appartement du haut, l’atmosphère est tout à fait spéciale grâce au petit balconnet de bois –la partie haute du paravent modernista– qui s’ouvre sur l’espace du bar. Dans l’ensemble, l’espace est décoré avec simplicité et bon goût, créant une ambiance confortable et spéciale, ouverte et en même temps accueillante.

Quand Antonio Magaña acheta l’affaire, il le fit avec l’intention de poursuivre l’activité de bar mais aussi avec l’ambition d’en faire un lieu de rencontre pour les activités culturelles diverses: musique, lectures poétiques (tous les mercredis soirs), expositions de jeunes auteurs, et discussions-débats. Ainsi, le local se caractérise par une ambiance jeune, principalement de la ville, ouverte à tous ainsi qu’aux idées neuves. Mais le Bar Muy Buenas n’est pas seulement un bar où l’on peut prendre un café, une bière, un rafraîchissement ou un alcool, c’est aussi un lieu qui offre tout un service de cuisine à des prix fort raisonnables et, plus récemment, un choix important de plats de différentes cultures du monde. On peut aussi à n’importe quelle heure du jour y goûter l’une de ses spécialités de pâtisserie, les torrijas àrabs (une sorte de beignets de pain trempé), ou bien faire son choix dans sa carte, de plus en plus longue, de thés ou de bières d’importation. Plus avant dans la nuit, les tables sont desservies, la musique se fait plus présente, et le Muy Buenas prend l’aspect d’un bar nocturne et d’un lieu de rencontre, où l’on peut savourer ses célèbres mojitos.

La Confiteria
Bar
Sant Pau, 128
Tél.: 93 443 04 58
Horaire : tous les jours de la semaine de 19 heures à 2 heures du matin.

Il semble bien que, dans l’espace occupé aujourd’hui par ce bar, il y ait eu un coiffeur-barbier et, encore avant, un service de berlines (voitures et chevaux légers). La famille Pujadas l’avait acquis pour en faire une pâtisserie-confiserie entre 1912 et 1913, si l’on en croit le livre du négoce, qui est conservé. À partir de cette époque, le local a été organisé comme il convient à une pâtisserie: le rez-de-chaussée pour la boutique, à l’intérieur le logement et au sous-sol le fournil. Il a fonctionné pendant plusieurs décennies en étant dirigé par la même famille puis, dans les années quatre-vingt, il a été fermé, et le local est demeuré à l’abandon pendant une longue période. En 1998, l’établissement est passé aux mains de deux jeunes, Núria Benet et Curro, qui ont récupéré et restauré toute la décoration pour réouvrir La Confiteria, cette fois-ci comme bar de nuit pour boire et grignoter quelque chose.

Sur la façade, le local dispose de deux portes d’entrée et de trois vitrines de métal et de verre, ainsi que d’une décoration d’angelets qui rappelle le Noucentisme. La décoration des vitrines change continuellement, et si un mois elle présente des livres et des photos anciennes, le mois suivant il peut y avoir des compositions artistiques innovatrices. À l’intérieur, les murs sont couverts d’un meuble-vitrine de bois garni au fond d’un miroir ou d’un verre gravé à l’acide, ainsi que d’ornements de type géométrique où prédominent les lignes droites se terminant en bouquets. Ce meuble est couronné par des panneaux courbés rehaussés de motifs végétaux peints. Inutile de dire qu’avant la dernière restauration, cette vitrine aujourd’hui de bois apparent était couverte de nombreuses couches de peinture qui avaient été appliquées pendant des décennies. Au-dessus du meuble, et jusqu’au plafond, on trouve des peintures à l’huile, sur toile, de paysages bucoliques traversés par des personnages féminins. Malheureusement, on n’a trouvé aucun nom permettant de savoir qui avait collaboré à la décoration de l’établissement.

Le comptoir de l’ancienne pâtisserie-confiserie fait aujourd’hui fonction de bar. Il est pratiquement intact, bien qu’on lui ait ajouté un socle pour le surélever et qu’on lui ait retiré les tiroirs vitrés, les bonbonnières, par crainte du manque de solidité. Sur le comptoir, au milieu du bar, il y a encore l’espace destiné à l’ancienne caisse de la pâtisserie, et dans la vitrine qui est conservée on a placé le distributeur de bière. De la même manière, à droite en entrant, on a maintenu intacte en guise d’élément décoratif la table de comptabilité, avec un très joli paravent vitré. Actuellement, dans l’espace intérieur, qui était le logement et n’avait aucun type de décoration modernista, semble-t-il, on trouve des tables et des chaises qui permettent de s’installer à son aise pour boire un verre ou manger quelque chose. En 1998, cet espace a été remodelé et décoré avec un design totalement contemporain qui est, pourtant, bien en accord avec l’atmosphère de l’entrée. À cela contribue sans le moindre doute la judicieuse mise à profit des matériaux originaux: par exemple, les portes actuelles des lavabos et de la cuisine sont celles qui, auparavant, fermaient le couloir d’accès au logement intérieur depuis la boutique.

La Confiteria brille, indépendamment de son charme esthétique, par sa bonne carte de vins ainsi que par la qualité des charcuteries, des fromages et des pâtés qu’elle propose –sa spécialité, le pâté de foie de la Marona–. L’ambiance du local varie en fonction des heures: l’après-midi, il est fréquenté par des gens qui veulent prendre un en-cas ou discuter au calme; mais, dans la soirée, le bar se remplit d’une grande diversité de clients qui viennent, les uns, pour prendre quelques verres jusqu’au petit matin et, les autres, pour avaler un souper léger en sortant de l’un des théâtres de l’avenue Paral·lel toute proche. Un environnement agréable, avec une ambiance musicale moderne, variée et bien choisie. L’établissement réalise aussi diverses activités, accueille des expositions tous les deux ou trois mois, et programme des concerts dans le cadre du festival de jazz de Ciutat Vella.

Hotel España
Hotel restaurant
Sant Pau, 9-11
Tél.: 93 318 17 58
Horaire : tous les jours de la semaine, de 13 à 16 heures, et de 20 à 24 heures
www.hotelespanya.com

«(...) la Fonda España, qui se trouve dans la rue Sant Pau, aux numéros 9 et 11, et dont la décoration a été conçue et dirigée par l’architecte Lluís Domènech i Montaner. Dans l’ensemble de cette œuvre conçue avec une puissante inspiration et qui a une extrême beauté s’imposent évidemment l’abondance et le bon usage des ressources artistiques qui combinent sévérité et délicatesse, grandeur et habileté, ainsi que l’heureux génie qui a présidé au choix des matériaux, à l’agréable harmonie des couleurs, à la bonne disposition des lignes, à l’élégance des formes et, par dessus tout cela, le solide talent avec lequel a été réalisée une œuvre nouvelle sans recherche d’effets, ni exagérations, ni violences.»

C’est ainsi qu’est décrit dans l’Anuari Estadístic de l’Ajuntament de Barcelona de 1904 ce local, propriété des hôteliers Rius et Martí, qui a gagné le prix au meilleur établissement inauguré en 1903. Et c’est ainsi, avec quelques modifications, que nous pouvons le contempler et en profiter encore de nos jours.

L’information la plus ancienne que l’on ait pu trouver à ce jour sur la Fonda España semble indiquer la date de son inauguration. Il s’agit d’un avis du Diari de Barcelona, datant du 30 décembre 1858, informant que «le premier jour de l’anné 1859 s’ouvrira cet établissement entièrement rénové». À partir de 1863 la Fonda s’est élargie en annexant le rez-de-chaussée d’un immeuble voisin, que le propriétaire Josep Colomer a fait reconstruire. Entre cette date et 1903, il n’y a aucune mention qui atteste de travaux faits à l’intérieur de l’établissement.

C’est en 1903 que les héritiers de Josep Colomer, bien que les propriétaires aient déjà été Rius et Martí, ont chargé Domènech i Montaner de la décoration. Depuis lors, le lieu a toujours conservé la même fonction, tout en évoluant avec le temps de bar et fonda à restaurant et hôtel. Dans les années vingt, ce local était plus connu sous le nom d’Els toreros, parce que de nombreux matadors parmi les plus connus venaient s’y loger. Pendant la Guerre civile, il a été réquisitionné par la CNT pour en faire un hôpital. Beaucoup plus tard, en 1983, il est passé aux mains de la famille Tutusaus. Les nouveaux propriétaires ont récupéré la décoration qui, dans certaines parties, était cachée par des travaux plus modernes ou même, comme dans le cas de la cheminée d’albâtre, totalement recouverte de peinture noire. Depuis octubre 2004 le propriétaire de l’établissement est la société Hotelcon 96, SL.

Tout l’ensemble n’a cependant pas été conservé intact: la zone qui a le plus gravement souffert est la réception, bien que la porte de bois originale ait été conservée, et les réminiscences sont quasi inexistantes à l’intérieur. À gauche de la réception, se trouve la salle Arnau, qui a aussi subi de nombreuses mutilations au cours des années. Avant «salle de repos» et aujourd’hui bar-restaurant, la salle conserve cependant la splendide cheminée en albâtre (alimentée au gaz) modelée en 1901 par le sculpteur Eusebi Arnau et fabriquée par l’atelier du sculpteur Alfons Juyol i Bach. Cela vaut la peine de l’observer avec attention pour apprécier la richesse des sculptures représentant les divers âges de l’homme, avec des personnages féminins et un vieillard, la hotte couronnée par les armoiries de l’empereur Charles V d’Allemagne (aussi connu comme Charles I d’Espagne), avec la couronne impériale, l’aigle bicéphale, les colonnes d’Hercule et la Toison d’Or, ainsi que les emblèmes des royaumes de León, Castille, Navarre et Aragon au centre. Ces motifs se trouvent aussi dans la décoration de l’une des salles à manger; les évocations héraldiques sont caractéristiques de l’œuvre de Domènech i Montaner, qui en plus d’architecte, historien et politicien, était aussi un remarquable héraldiste.

Là où l’on peut trouver la décoration qui, à proprement parler, a mérité le prix de la mairie au meilleur établissement, c’est dans les deux salles à manger, qui conservent aujourd’hui leur fonction originale. En entrant tout droit depuis la rue et en passant la réception, on trouvera ce qui était auparavant la salle à manger des hôtes, aussi appelée «salon des sirènes», qui est surtout consacrée aujourd’hui aux banquets ou aux dîners de groupes. La première chose qui attire l’attention est le thème marin peint sur le mur: des sirènes (avec des jambes) et des poissons méditerranéens, le tout sur un fond de vagues en relief. Ces peintures ont souvent été attribuées au peintre Ramon Casas.

Sous les peintures, la partie inférieure du mur est revêtue d’une sorte d’entrelacs de larges bandes de bois, formant une sorte de quadrillage. Dans les espaces vides, on trouve à nouveau des armoiries de céramique vitrifiée représentant d’anciennes seigneuries aristocratiques. La salle est par ailleurs couverte d’une claire-voie à caissons qui laisse entrer subtilement la lumière naturelle.

La deuxième salle à manger, communiquant avec la précédente, à droite de la réception, était et est encore le restaurant public. On remarque ici aussi la partie inférieure des murs, dans ce cas faite de mosaïque et représentant à nouveau divers emblèmes, bien qu’en moindre quantité. Ce revêtement est aussi couronné par des porte-manteaux de bois, plus travaillés que dans l’autre salle à manger, où se combinent les motifs végétaux et floraux. Toutes les lumières que l’on peut voir dans cette salle à manger datent de l’époque du remodelage réalisé par Domènech i Montaner, y compris les appliques des murs et les lustres, qui à l’origine se trouvaient dans la salle Arnau.

Dans tous les salons on peut disposer d’un menu à un prix très accessible, aussi bien pour déjeuner que pour dîner, de cuisine pour l’essentiel catalane mais avec la flexibilité propre aux hôtels. Le restaurant est un espace ouvert à tous, aussi bien aux gens qui vivent ou travaillent dans le quartier qu’aux visiteurs logeant à l’hôtel. Alors que cela fait plus de cent ans que la décoration de la Fonda Espanya a été réalisée, on peut encore déjeuner ou dîner tout en profitant d’un environnement privilégié et en se sentant comme partie intégrante d’un ensemble créé par le grand maître du Modernisme, Domènech i Montaner, où il a démontré les énormes possibilités de dialogue entre la pierre, la peinture, la céramique, le verre, le fer et le bois.

London Bar
Bar de copes
Nou de la Rambla, 34
Tel.: 93 318 52 61
Horaire : mardi, mercredi, jeudi et dimanche de 19 heures 30 à 4 heures 30 du matin, vendredi et samedi de 19 heures 30 à 5 heures du matin
www.londonbarbcn.com

Josep Roca i Tudó, né à Copons en Catalogne en 1883, est arrivé jeune à Barcelone où il a travaillé comme serveur dans divers bars de la vieille ville, jusqu’à ce qu’en 1909 il décida d’acheter un local dans la rue Nou de la Rambla, au numéro 34 (cette rue s’appelait alors Conde del Asalto). Il y a inauguré un bar l’année suivante, le 23 juin 1910, qu’il a décoré en utilisant un langage modernista de type populaire. On ignore qui a pu en être le dessinateur, seuls nous sont parvenus les noms de certains travailleurs qui étaient des connaissances ou des amis de Josep Roca et qui ont voulu participer à la décoration: Pedrerol comme menuisier, Xampanyer comme peintre, ainsi que d’autres ébénistes, marbriers et plâtriers qui ont constitué toute une équipe. À la mort du fondateur, le local est passé aux mains de l’une de ses filles, Dolors Roca, et de son mari, Pere Bertran. La propriétaire actuelle est toujours un membre de la famille du fondateur, sa petite-fille Elionor Bertran, et elle a pris la direction du bar en 1976, conjointement à son mari, José Antonio Alabalá.

Durant toutes ces années, le bar a su préserver son intérieur. Dans un premier temps, le local n’a pas été occupé complètement en tant que bar, pas davantage qu’il n’a été entièrement décoré de la même manière. La décoration modernista occupait un peu plus de la moitié de l’établissement, et c’était le bar proprement dit; le salon intérieur, à défaut de cette décoration, était destiné aux activités artistiques et culturelles et, à partir de la Guerre civile, il a été utilisé comme local de répétition pour des artistes de cirque. De nos jours, les deux espaces sont intégrés dans un seul et unique local, mais le salon intérieur dispose d’une scène pour les représentations.

Dès la porte d’entrée, on comprend qu’il s’agit d’un bar différent, du fait de l’ensemble de l’encadrement de bois comportant, en son centre, le nom du lieu. À la suite de la Guerre civile, tous les noms catalans et étrangers des établissements ont été castillanisés mais celui du London, au lieu d'être enlevé, n'a été que temporairement caché, et c'est ainsi qu'il a pu être conservé. De l’intérieur, on remarquera la vitrine, si caractéristique de tous les établissements de cette époque, avec un miroir de fond, aux lignes courbes entrecroisées de fleurs, rehaussées de volutes avec une décoration végétale. Tout le bois est peint de couleur crème combinée avec le doré des ornementations et des lignes. Cette même ornementation se répète dans un arc se trouvant au milieu de ce premier tronçon du bar, où apparaît le nom du local. On la retrouve à nouveau à la porte d’accès du second salon; celle-ci, cependant, a été réalisée à une époque plus récente. Le premier bar, le seul qui existait à l’origine, est fait de marbre de couleurs avec des fleurs taillées dans la partie supérieure, motif qui apparaît aussi dans le revêtement de la partie inférieure du mur du premier tronçon original de l’établissement.

Dès le début, le London, comme on l’appelle ici, a été fréquenté par des gens du monde du cirque. En effet, une grande partie des agents de toute sorte de spectacles de théâtre et, notamment, de cirque de la ville étaient installés dans cette même rue. En outre, il était ouvert 24 heures sur 24, ce qui explique que tôt ou tard toute la bohème de la ville devait s’y rencontrer. Tous les éléments décoratifs conservent l’esprit d’un bar du début du XXe siècle, où se réunissaient de jeunes artistes tels que Miró, Picasso ou Gaudí, ainsi que de nombreuses personnes du monde des arts et tout spécialement du cirque, souvenir aujourd’hui encore évoqué par le trapèze qui pend à proximité de l’entrée.

Le London Bar n’a pas l’atmosphère calme d’un ancien café; en fait, il ne l’a jamais été véritablement, c’était plutôt un lieu de rencontre de personnes ayant des intérêts culturels similaires. De fait, encore de nos jours, une bonne partie de la clientèle est constituée de personnes du monde de l’art, au sens le plus large, qui s’y rendent pour discuter, écouter de la musique et même, de temps en temps, faire de petites exhibitions spontanées au trapèze. Les propriétaires sont en général ouverts à tout type d’activités culturelles, depuis les discussions-débats traditionnelles ou les expositions, jusqu’à des propositions plus innovatrices. Toutefois l’activité la plus populaire de nos jours et depuis les années soixante-dix est la musique en direct; sa scène a accueilli des artistes aussi connus ici que Loquillo, Jarabe de Palo ou la Fundación Tony Manero. Il y a chaque jour un concert d’un type de musique ou d’un autre: du jazz à la chanson d’auteur, en passant par le rock ou le funky (à partir de 24 heures 30, avec consommation obligatoire. On peut consulter la programmation des concerts du mois sur la page web de l’établissement).

Il s’agit d’un local très relax à la première heure de la soirée, totalement plein pendant les concerts, et animé jusque très tard dans la nuit; un bar avec une ambiance jeune, catalane, mais aussi très connu des étrangers, ouvert à tout type de personnes, ce qui permet à tout le monde de s’y trouver à l’aise.

         
Grill Room
Bar restaurant
Escudellers, 8
Tél.: 93 302 40 10
Horaire : de 13 à 15 heures 45, et de 20 à 23 heures 15; fermé le mercredi et le jeudi
.

En 1902, un Turinois nommé Flaminio Mezzalama a ouvert deux cafés à Barcelone: l’un sur le nouvel axe de la bourgeoisie locale, le Passeig de Gràcia, et l’autre dans l’ancien noyau bourgeois, la rue Escudellers (qui à cette époque avait déjà perdu un peu de son brillant). Mezzalama était le représentant des chefs d’entreprise Martini e Rossi, et il a été l’introducteur du vermouth italien en Catalogne. On sait aussi que c’était un chef d’entreprise très actif dans la société civile barcelonaise: en 1908, il était membre de la Ligue de Défense industrielle et commerciale.

Le café du Passeig de Gràcia, au numéro 18, aujourd’hui disparu, s’appelait Cafè Torino, et ce fut le gagnant cette même année 1902 du prix de la mairie au meilleur établissement. Le second café, celui qui nous intéresse, est encore de nos jours situé dans la rue Escudellers, au numéro 8, et il semble qu’il s’appelait le Petit Torino bien que dans les guides du début du siècle XX on l’ait appelé Cafè Torino. Les deux cafés ont été décorés par Ricard Capmany, bien que la décoration du local de la rue Escudellers ait été plus discrète que celle de l’établissement du Passeig de Gràcia. Le rapport du prix gagné par le célèbre Cafè Torino indique le nom des collaborateurs, et l’on peut supposer que c’est la même équipe qui aura décoré le Petit Torino du fait des similitudes dans la décoration et de la proximité des dates.

Quelques années plus tard, vers 1910 ou 1911, le Cafè Torino du Passeig de Gràcia a fermé ses portes –et, peut-être, celui de la rue Escudellers en a-t-il fait de même, puisqu’en 1914, selon un guide de la ville, l’établissement avait pour nom Oriental Bar, et son propriétaire était un certain Juan Alamán. Deux ans plus tard, l’établissement changeait à nouveau de propriétaire et prenait le nom qu’il a conservé depuis lors. À la fin des années vingt, la famille Bofarull, propriétaire du restaurant voisin Los Caracoles acheta le Grill Room. Aujourd’hui encore, cette famille est toujours propriétaire des deux établissements.

Le Grill Room occupe le rez-de-chaussée d’un immeuble du XIXe siècle dont la façade est décorée avec un revêtement de bois qui s’adapte aux creux du local. Si l’on compare des images actuelles de la façade d’entrée avec des images de ses débuts, on peut observer les discrets changements qu’elle a subis. On a conservé la même structure faite d’un revêtement de bois avec deux grandes arcades divisées par un pilier, et une vitrine couronnée d’un blason comportant un taureau couché. Les portes sont fermées dans leur partie supérieure par des verrières. Les changements principaux concernent l’enseigne, qui à l’origine était peinte et décorée de motifs floraux alors qu’aujourd’hui elle présente de grandes lettres linéaires sur un fond vert, et le bas des vitrines, qui, si l’on en croit les images qui sont conservées, semblait avoir un revêtement de marbre alors qu’à l’heure actuelle il est de bois. Du fait de la situation de l’établissement, au coin du passage Escudellers, on trouve aussi dans cette rue trois arcs, dans lesquels sont répétés les symboles du vermouth Torino et le taureau.

De la décoration intérieure, on remarquera la vitrine que l’on trouve à droite en entrant, aux lignes sinueuses avec une décoration florale aux extrémités, caractéristiques du début du XXe siècle; on notera aussi l’asymétrie des comptoirs: celui de droite est complètement uni, sans le moindre type d’ornementation, alors que l’autre, à gauche, est décoré d’applications de céramique. Un autre élément à remarquer est constitué par les travaux de forge des piliers : sur le premier d’entre eux on peut encore lire les deux initiales VT (Vermouth Torino), encadrées par un taureau couché, qui rappelle le négoce du fondateur du lieu. Il y a d’autres éléments à observer tels que le tissu peint du premier tronçon du local ou les appliques lumineuses de fer forgé sur les murs.

Actuellement, l’espace est divisé en deux parties: une première dans laquelle on trouve les bars où l’on peut prendre un verre, et une seconde, construite postérieurement, destinée à la salle à manger, où l’on peut déjeuner et dîner à la carte. Les propositions gastronomiques du Grill Room font honneur à son nom et sont basées pour l’essentiel sur des plats de viandes et d’autres ingrédients cuits à la braise, bien qu’il offre aussi d’autres plats traditionnels de la cuisine catalane conjointement à une cuisine plus internationale. Au cœur de la vieille ville, Ciutat Vella, entre la Rambla et la place Sant Jaume, ce restaurant a une ambiance cosmopolite et variée, et, comme la majorité des locaux de cette zone au cours de ces dernières années, il est assez fréquenté par les touristes. Le salon, d’une capacité de cinquante invités, peut être réservé pour des célébrations ou pour des dîners de groupe, avec la possibilité de choisir un menu dans les plats de la carte.

El Paraigua
Bar à cocktails
Pas de l’Ensenyança, 2
Tél.: 93 302 11 31 i 93 317 14 79
Horaire : de lundi à vendredi, de 9 heures à 2 heures du matin, samedi de 18 heures à 3 heures du matin; fermé le dimanche
www.elparaigua.com


El Paraigua est l’exemple même d’un bar qui n’est pas d’origine modernista. Il s’agit d’un lieu, ouvert en 1968, qui a récupéré et réadapté toute la décoration d’une boutique modernista fondée au début du XXe siècle. Ce local commercial, qui s’appelait Gall és, offrait des parapluies et des éventails, et il se trouvait dans la rue dels Arcs, au numéro 5, jusqu’en 1967, époque à laquelle il a été décidé de démolir l’immeuble et, par conséquent, de déplacer l’établissement. Les informations qui existent sur cette boutique sont peu nombreuses, mais on connaît la date de sa fondation, 1902, sans savoir qui en ont été les responsables. Dans cette page nous reproduisons l’ancienne façade.

En 1966, le propriétaire de la boutique a vendu au décorateur et scénographe Josep M. Espada la décoration de l’établissement. Tous les éléments ornementaux ont été démontés pièce après pièce et, à partir de là, Espada a créé un nouveau design pour l’adapter à un local plus petit, proche de la place Sant Jaume, destiné à devenir un bar. Les frères Yagüe ont été chargés de restaurer toutes les pièces de bois de buis, et de les adapter structurellement à leur nouvel espace.

Avant d’entrer dans l’établissement, la première chose que l’on remarque est le portail d’accès. En effet, ce qui constitue aujourd’hui les panneaux des linteaux était à l’origine l’enseigne de la boutique de parapluies (et, si l’on y prête attention, on pourra voir gravé dans le bois le numéro de la rue où se trouvait la boutique). Dans d’autres éléments de l’établissement, tout spécialement dans les parements de verre, un motif rappelant l’origine de la décoration se répète : deux parapluies et un éventail.

C’est dans le premier espace de l’établissement, au rez-de-chaussée, que l’on trouve toute l’ornementation d’origine modernista, depuis le bar jusqu’au plafond, en passant par les éclairages et les appliques. La partie inférieure du bar, toute en bois, a été réalisée à partir des parements qui couronnaient les vitrines où l’on exposait les parapluies. Pour faire le plafond, on a mis à profit les portes à glissière qui couvraient certains tiroirs où l’on conservait les présentoirs des éventails. Il en a été de même pour les revêtements du bas des murs, qui dans ce cas avaient une fonction similaire à l’origine, ainsi que pour tous les encadrements des miroirs couvrant les murs du bar. C’est-à-dire que l’on a redécoré un espace de dimensions beaucoup plus petites, surtout en hauteur, avec la décoration entièrement démontée de la boutique originale, et c’est la raison pour laquelle les motifs se répètent dans différentes parties des murs ou des portes, parce que les pièces étaient placées en tenant compte de leurs dimensions afin de faire le moins de modifications possible.

Dans la plupart des pièces, on voit, là aussi répétés à plusieurs reprises, deux motifs ornementaux: d’un côté on remarquera une décoration de lignes ondulées rehaussées aux extrémités par des motifs floraux, et de l’autre une ornementation plus naturaliste avec des entrelacs de fleurs et de feuilles. En ce qui concerne l’éclairage, il y a une combinaison de lampes modernistes originales et d’appliques plus modernes, certaines ayant été dessinées par le décorateur Espada dans les années soixante.

L’inauguration du nouveau bar El Paraigua eut lieu le 5 avril 1968, et ses fondateurs, conjointement à Josep M. Espada lui-même, étaient J. M. Segarra et E. Vila Casa. En 1969, J. M. Sánchez, un andalou de Cadix arrivé à Barcelone trois ans auparavant, entra pour y travailler: en 1972, il a été associé à l’affaire et, à partir de 1995, il en est devenu le seul propriétaire, conjointement à sa femme, Sebastiana Guerrero, et ils le sont toujours aujourd’hui.

Dans les années quatre-vingt, il a été décidé d’agrandir le local en habilitant un espace souterrain orné de voûtes d’origine médiévale (il semble qu’il s’agissait de la cave à vins d’un ancien couvent). Cet espace accueille aujourd’hui une élégante whiskeria-cocteleria dans une ambiance réalisée grâce à une sélection soignée de musique classique. El Paraigua est un lieu tranquille, à n’importe quelle heure de la journée, pour y prendre un café ou y savourer un bon cocktail parmi une cinquantaine de possibilités, avec ou sans alcool, dans laquelle on trouve, par exemple, le cocktail El paraigua: un cocktail semi, fait à base de cava, de tequila, de Drambuie et de jus de citron, d’orange, d’ananas, de pêche et de groseille. Pour les non initiés, il vaut la peine de se laisser conseiller par le barman, authentique professionnel, qui saura sans le moindre doute vous recommander une boisson adéquate à chaque situation et à chaque moment de la journée.

Bien que la spécialité soit les cocktails, El Paraigua offre aussi une large carte de vins, des caves, ces célèbres vins mousseux catalans, et de liqueurs, ainsi que la possibilité de manger un morceau à toute heure du jour avec un choix de plats du pays, simples mais d’excellente qualité, depuis l’omelette aux pommes de terre ou le chorizo bien fait jusqu’aux canapés que l’on peut choisir directement au bar. Les menus proposés, avec leur propre sélection de tapes, coûtent entre 35 et 40 € en moyenne, boisson, dessert et café compris.

Mais El Paraigua est aussi ouvert à l’activité culturelle: le souterrain accueille habituellement des expositions de peinture, et chaque lundi soir il est le cadre de discussions-débats (dont on pourra consulter le programme dans la page web). L’établissement est aussi ouvert à d’autres activités sociales, ou encore à de petites célébrations particulières (pour plus de détails, prendre contact avec la direction).


Molly's Fair City
Pub irlandais
Ferran, 7-9
Tél.: 93 342 40 26
Horaire : de lundi à dimanche, de 19 heures à 3 heures du matin

Quand on se promène dans la rue Ferran, en arrivant aux numéros 7 et 9, on peut être surpris de voir des gens prendre une bière dans une boutique modernista. Il s’agit d’un pub irlandais qui occupe deux locaux, dont l’un, le numéro 7, conserve une décoration intérieure et extérieure de style nettement modernista, ce qui n’a rien d’étrange si l’on pense qu’au début du XXe siècle cette rue était l’une des principales rues commerciales de la ville. Le Molly’s Fair City n’est donc pas un bar modernista proprement dit, sinon un bar contemporain qui s’est agrandi en occupant un espace voisin tout en lui conservant avec soin les éléments de décoration de caractère modernista.

Les informations dont on dispose en ce qui concerne cet espace remontent à la fin du XIXe siècle ou au début du XXe. Autour de l’année 1893, le propriétaire était un homme d’origine française du nom de Marnet. Il y dirigeait un négoce dont on ne sait pas très bien s’il était de gants et de compléments ou bien de charcuterie. Par la suite, l’établissement est bien devenu une charcuterie, ouverte par Miquel Regàs i Ardèvol aux alentours de 1910. Cette boutique, qui publiait régulièrement des annonces dans la presse (on en a conservées qui datent de 1913 et de 1914), a été maintenue jusqu’en 1922 et il semble bien que, au cours de toute cette période, Miquel Regàs ait su garder intacte la décoration intérieure. L’établissement suivant qui a été ouvert dans ce local est une boutique de cadeaux portant le nom de Wolf, propriété de M. Veciana, nom sous lequel on connaissait aussi l’établissement (et on lui attribue souvent aussi, de manière erronée, la décoration du local). Celui-ci a réalisé quelques petites modifications: un remodelage en 1979 a substitué les grandes portes d’entrée pour en faire des vitrines. Les portes ont servi à faire un placard d’exposition à l’intérieur. Le propriétaire actuel du local, un Viennois établi à Barcelone du nom de Michael, a pris en charge le local en 1999 et il y a fait une restauration très respectueuse de l’original et de la modification de 1979, n’altérant qu’une partie des revêtements qui se trouvent dans la partie inférieure des murs.

Avant d’entrer, il est intéressant d’observer la façade du numéro 7 (qui n’est pas l’entrée du bar). Elle est revêtue d’un panneau de bois peint occupant deux niveaux, rez-de-chaussée et entresol, et donnant un certain équilibre ainsi qu’une certaine unité à l’ensemble. Dans la partie supérieure, le panneau encadre un petit balcon que l’on remarque à cause de sa balustrade en fer forgé aux formes ondulées et aux motifs floraux, similaires aux ornements des linteaux. Les deux panneaux latéraux de cet entresol adoptent la forme d’une ellipse encadrée par des moulures de bois aux lignes ondulées. Dans toutes les images que l’on a de la façade, le bois apparaît peint de deux couleurs, grenat et blanc, mais il est possible qu’à l’origine il ait été de la couleur du bois lui-même. L’enseigne de la boutique, qui jusqu’à une époque récente était celle de l’ancienne affaire Wolf, a été substituée par une publicité pour la bière de la marque Guinness.

L’intérieur de cette partie du bar est de dimensions réduites, et il est aussi revêtu de bois. On a conservé la décoration florale entrelacée de la partie inférieure de l’ensemble des murs qui constituent le fond. Rompant cette continuité, il y a un placard de peu de profondeur, avec un couronnement de bois du plus pur style modernista, ainsi que des finitions, représentations florales, aux formes ondulées. À l’origine, ce bois du couronnement était le cadre de verrières de couleurs avec des motifs floraux qui n’a pas été conservé. Bien que l’on ne connaisse pas le nom des décorateurs, il est évident que les ébénistes s’inscrivaient dans le mouvement modernista, avec de fortes influences de l’Art Nouveau international qui faisait fureur à cette époque en Catalogne.

Le pub irlandais Molly’s Fair City offre naturellement la traditionnelle bière de son pays, mais on peut aussi y goûter des liqueurs au nom suggestif telles que le Deep Throat ou le Choc Pop, ou encore le plus prévisible Baby Guinness (qui, de fait, n’est pas de la bière mais de la liqueur de café avec de la crème de whisky).

Le pub a un caractère international et multiculturel bien marqué et on peut y entendre, tous les jours, un bon mélange de langues. C’est un local à l’ambiance chaleureuse et accueillante où, comme il semble bien évident, on peut écouter de la musique celte mais aussi du pop et du rock anglo-saxon en général. On pourrait dire que c’est un excellent endroit pour rencontrer des gens et pratiquer les langues étrangères. Le personnel du bar est majoritairement ou bien d’origine irlandaise ou bien autochtone: il s’agit d’un petit groupe jovial, aimable et polyglotte qui est habitué à dépanner les étrangers qui viennent juste d’arriver à Ciutat Vella à propos de questions essentielles et parfois même de «survie». La situation stratégique de ce pub irlandais fait aussi inévitablement des serveurs une cible toute trouvée pour de nombreux touristes ayant un mauvais sens de l’orientation et peu de connaissances linguistiques, fait que le personnel du Molly’s semble accepter avec un certain stoïcisme. Comme ils le disent eux-mêmes, «au Molly’s, il n’y a pas d’étrangers, seulement des amis que l’on ne connaît pas encore».

Les jours d’animation maximum dans cet établissement –mis à part, évidemment, le 17 mars, Saint Patrick’s Day (le jour de la saint Patrick, patron de l’Irlande)– coïncident en général avec les grands événements sportifs internationaux tels que les matches de football où les rivalités sont extrêmes. Ces derniers sont alors présentés en direct sur de grands écrans de télévision. Il y a aussi, habituellement, des activités diverses en rapport avec les fêtes et les événements de la ville de Barcelone ainsi que des promotions spéciales du local lui-même. On peut réserver le premier étage, qui n’est ouvert qu’en fin de semaine, pour des célébrations particulières.

Cafè de l'Òpera
Café-bar
La Rambla, 74
Tél.: 93 302 41 80
Horaire : tous les jours de la semaine, de 9 heures à 3 heures du matin

En 1929, année de l’Exposition internationale à Barcelone, Antoni Dòria loua un local sur la Rambla del Mig, artère populaire de Barcelone, juste en face du Teatre del Liceu. Il le baptisa du nom de Cafè-Restaurant de l’Òpera, faisant ainsi une référence directe à l’édifice culturel situé sur l’autre trottoir. Depuis cette époque, et jusqu’à présent, le café a été dirigé par la même famille. L’établissement a conservé pendant longtemps la fonction de restaurant qu’il avait assumée dès le début, et il accueillait une clientèle tout à fait chic du fait de la qualité reconnue de sa cuisine. Dans les années quarante, cependant, avec le manque d’aliments qui caractérisa l’après-guerre, il n’a pas pu continuer à offrir une bonne cuisine et l’établissement a préféré se limiter à l’activité de cafétéria.

Ce café occupe ce qui était auparavant une chocolaterie-restaurant très populaire, La Mallorquina. Cet établissement est déjà cité en 1890 et auparavant, dès 1863, existait sur le même lieu un autre établissement du nom de Confiteria La Palma. Quand Antoni Dòria loua l’établissement, la décoration que l’on peut contempler aujourd’hui pratiquement dans sa totalité existait déjà. Il s’agit d’une décoration qui avait été commandée par le propriétaire de la chocolaterie La Mallorquina, Manuel Docampo, galicien d’origine, et qui avait été réalisée dans la décennie 1880 par Amigó.

Ce n’est que vers les années cinquante qu’une première restauration a eu lieu. Ce travail impliqua la création d’un bar sur le modèle original d’un petit comptoir qui était destiné à la caisse enregistreuse et qui se trouvait à l’entrée du local. Le mobilier lui aussi a changé, celui qu’il y avait à l’origine juste à l’entrée du local : les tables rondes à dessus de marbre (que l’on appelle ici des vetlladors) et les chaises en osier ont été substituées, à cette époque, par des fauteuils tapissés autour de tables de bois. Par la suite, dans les années quatre-vingt, il y a eu une deuxième restauration, dans ce cas des peintures et du mobilier, et une autre fois le bar a été modifié et agrandi, travail qui a été réalisé par Antoni Moragas i Spa. À cette époque, au cours de la restauration des panneaux et des murs peints, on a découvert sous la première décoration une autre, clairement du dix-neuvième siècle celle-là, de vases et de fleurs, antérieure à la chocolaterie La Mallorquina, et que l’on attribue à cette fameuse confiserie La Palma.

Quand on arrive au café, la première chose qui attire l’attention, c’est la porte d’entrée principale, un encadrement de bois avec des motifs gravés de thèmes végétaux aux lignes sinueuses, utilisant le langage modernista, combiné avec les deux montants latéraux de marbre où les même motifs sont répétés. À l’intérieur, on trouve un premier espace avec deux paires de tables d’un côté et de l’autre de la salle, ce qui configure une sorte de couloir central conduisant au bar, où le local devient plus étroit pour ne laisser qu’un passage vers un vaste salon. Entre eux, il y avait auparavant des verrières, qui avaient pour fonction de séparer les deux espaces, et dont l’encadrement demeure encore aujourd’hui. En 1992, deux salons ont été ouverts à l’étage supérieur, avec une décoration du XIXe fidèle à l’époque de construction du bâtiment.

La structure du local, surtout visible dans le salon intérieur, est de style XIXe siècle, comme en atteste l’usage des colonnes de fonte, avec des chapiteaux prolongés tels qu’on les faisait lorsqu’il n’y avait pas encore de poutres laminées, pour soutenir les poutrages de bois, ainsi que l’ornementation de plâtre du plafond avec une décoration végétale (palmes et fleurs) et géométrique (rectangles, pyramides, etc.). Aux murs, se combinent des panneaux peints sur toile avec trois motifs différents : deux d’entre eux présentent des jeunes femmes avec des attitudes ingénues portant des paniers et des fleurs ; le troisième motif est un vase de fleurs. Tous les panneaux sont encadrés de moulures de plâtre, peintes avec les mêmes couleurs vert sombre et blanc cassé, et ces moulures se retrouvent aussi au plafond.

Alternant avec les peintures, on a des miroirs ornés de dessins gravés à l’acide représentant des personnages féminins qui, par leur vêtement, semblent faire référence à certains personnages d’opéras. Dans ce cas, ce sont des femmes sensuelles, avec des lignes sinueuses et des attitudes diverses, plus proches d’une esthétique liée au langage modernista. Dans le salon intérieur, sous ces peintures et sous ces miroirs, le mur est aujourd’hui recouvert de carrelage jusqu’à mi-hauteur alors qu’auparavant le revêtement était fait de fibrociment, et de bois dans la partie de la salle proche de l’entrée.

En ce qui concerne le mobilier, des modifications ont été faites dans le premier salon, mais pas dans le salon intérieur où ont été conservées intactes, bien que restaurées, les tables de bois et les fameuses chaises Thonet, très populaires à l’époque, conjointement à d’autres chaises plus modernes mais aussi de l’entreprise Thonet.

Pendant toutes ces années, ce lieu a été le siège de réunions et de conversations des personnages les plus divers qui ont vécu ou qui sont passés par Barcelone. À l’époque de la République (1931-1939), il a été le point de rencontre d’hommes politiques de la Lliga et de l’Esquerra Republicana (comme celui qui plus tard sera président du gouvernement autonome, ou Generalitat, en exil, Josep Irla). Pendant la Guerre civile, le bar était assez populaire parmi les membres des Brigades internationales. Une fois la guerre finie, le local a eu une époque de peu de mouvements, mais ceux-ci sont revenus vers les années cinquante avec l’arrivée des premiers touristes. Les années soixante ont vu la renaissance de son caractère traditionnel de lieu de discussion-débat et de rencontre avec des participants aujourd’hui bien connus, tels que les écrivains Maria Aurèlia Capmany et Terenci Moix, les peintres Modest Cuixart et Joan Miró, ou le dramaturge et acteur Sacha Guitry. On ne peut oublier non plus que, tout au long de son histoire, le Cafè de l’Òpera a été un lieu où les chanteurs passaient de temps en temps : Chaliapine, Toti del Monte, Rosich, Montserrat Caballé, Carmen Valor, Luys Santaria et César González Ruano sont parmi les noms les plus connus.

Depuis cette époque et jusqu’à présent, le public qui passe la porte du Cafè de l’Òpera a toujours été très varié, des gens qui maintiennent vivant le caractère original et de point de rencontre de l’établissement, une clientèle aujourd’hui beaucoup plus cosmopolite qu’à son origine, d’âges différents et de divers secteurs de la population, avec un certain air informel et bohème. L’établissement est un véritable «classique» de la ville, et ce n’est pas sans raison qu’il a été proclamé Ramblista d’Honor en 1997. Le matin, il n’est pas rare de rencontrer de petits groupes de touristes et d’autochtones déjeunant et lisant le journal dans une ambiance calme; le soir, en revanche, le local s’échauffe et se remplit, en général, de Catalans et d’étrangers résidents dans une ambiance jeune et multiculturelle.

On peut y savourer un bon café choisi dans la vaste carte de l’établissement, dans laquelle on remarquera le café de l’Opéra (café avec de la mousse de chocolat). Si l’on préfère un thé, on pourra choisir parmi la trentaine de variétés qui sont offertes. Le chocolat épais est aussi une tradition spéciale du lieu, qui, pour les heures plus animées de la journée, dispose d’une bonne sélection de whiskys, de vins et de caves, ces vins mousseux catalans typiques, ainsi que de bières nationales et d’importation. On peut aussi y manger à toute heure du jour, principalement des tapes ou de petites assiettes de charcuteries ou de fromages de diverses origines, des sandwichs ainsi que des spécialités de la saison, et finalement à des prix raisonnables.

Parallèlement, dans la tradition du local, les salons de l’étage supérieur peuvent être réservés pour des discussions-débats, des causeries, des présentations de livres ou de petites célébrations. Avec une capacité d’une quinzaine de personnes dans chaque salle, la réservation n’implique qu’une seule consommation obligatoire pour les participants.

Els Quatre Gats
Bar restaurant
Montsió, 3 bis
Tél.: 93 302 41 40
Horaire : tous les jours de la semaine, de 9 heures à 1 heure du matin
www.4gats.com


Le bar-restaurant Els Quatre Gats est situé au rez-de-chaussée de la Casa Martí, le premier immeuble que Josep Puig i Cadafalch projeta à Barcelone, en 1896. La maison est de style clairement néomédiévaliste ou néogothique, par ses arcades en pointe et le tracé ornemental de ses ouvertures, mais aussi indiscutablement modernista par l’utilisation, à l’intérieur, de divers arts appliqués tels que le fer forgé ou la céramique.

La Taverna dels Quatre Gats, nom sous lequel il a été inauguré pendant l’été de l’année 1897, a suscité dès le début la curiosité des passants. L’atmosphère de vieille maison catalane attirait l’attention. Cette esthétique venait du choix des éléments décoratifs: meubles de bois de noyer, comptoir recouvert de céramique populaire catalane, poutres de bois décorées simplement, entre autres éléments, qui étaient combinés avec des applications de fer forgé et des vitraux aux fenêtres. Comme le disaient les journaux de l’époque, tous ces éléments «donnent un air artistique à l’établissement».

Les fondateurs en sont Pere Romeu et Miquel Utrillo, deux hommes qui ont su recréer l’ambiance qu’ils avaient vécue à Paris, et qui ont réussi de cette manière à accueillir dans leur local divers artistes peintres, tels que Casas, Rusiñol ou Picasso (qui a d’ailleurs fait dans cette taverne sa première exposition de dessins) ainsi que des musiciens tels qu’Albéniz ou Morera. La présence de ces personnages plus les activités qui étaient réalisées dans le salon intérieur, telles que des spectacles d’ombres chinoises, de marionnettes ou des discussions-débats, ont donné une certaine notoriété au local en tant que lieu bohème et point de rencontre d’artistes. Et c’est une connotation qui perdure encore de nos jours.

De fait, le bar à bières n’a été ouvert que pendant six ans. En 1903, il a été fermé et transformé en magasin textile. Ce n’est qu’en 1988 qu’il a été réouvert comme établissement de restauration. Et, aussi insolite que cela puisse paraître, le fait est que l’on a pu récupérer l’intérieur parce que les détails de la décoration avaient été conservés intacts. La famille Ferré a été chargée de récupérer l’espace et de remettre dans la mémoire de tous l’existence d’Els Quatre Gats. Aujourd’hui, l’établissement est régi sous la responsabilité de Josep Maria Ferré et de son fils Ivan.

Els Quatre Gats a deux espaces distincts: le premier dans lequel on pénètre est la zone de bar-cafétéria, qui est là où se trouvait l’ancienne taverne. C’est là qu’est concentrée la décoration originale, alors que la seconde salle, aujourd’hui zone de restauration, et qui à l’origine était la salle réservée aux spectacles et aux expositions, a été redécorée en utilisant les motifs du langage modernista, tout spécialement au plafond, tout en conservant aussi certains éléments qui avaient été réalisés lorsque cet espace était un magasin textile.

Dans le bar, on a conservé le revêtement de céramique qui monte sur le mur jusqu’à mi-hauteur, les encadrements de pierre des portes d’entrée aux différents espaces, et le bar original recouvert de céramique avec des éléments floraux et géométriques. Seul a disparu un paravent de bois qui servait de séparation entre l’entrée et le bar, et que l’on peut voir cependant dans une photographie ancienne exposée à l’intérieur du local. La décoration est complétée par des reproductions d’œuvres de Ramon Casas, Santiago Rusiñol et Pablo Picasso.

Actuellement, l’établissement est consacré au bar-restaurant, spécialisé dans la cuisine de produits frais du jour et dans la cuisine internationale, sous la direction du chef Antonio Cabanas. De temps en temps, en fonction de la saison, le restaurant célèbre une semaine de la cuisine consacrée à un pays concret. En souvenir des origines, les propriétaires actuels conservent vivante une certaine activité artistique. Chaque soir, le dîner est accompagné d’une musique jouée au piano en direct (de 21 heures à 1 heure du matin dans le salon intérieur) mais aussi, si la soirée s’anime, on peut parfois profiter de l’apparition spontanée d’un artiste. En outre, l’établissement édite tous les jours un bulletin, 4 Gats. Diari d’Art i Cultura amb menú gastrònomic, qui contient le menu du jour ainsi que quelques relations d’événements et l’expression de diverses opinions. Ces activités, que l’on peut consulter sur la page web de l’établissement, sont complétées par le projet Jove Valor, qui a pour but la promotion de jeunes artistes et créateurs. Si l’on veut en savoir plus quant à l’établissement ou en rapporter un souvenir, on vend dans le local même divers objets tels que des jeux de tasses à café, des chemisettes, le livre du centenaire et même quelques ouvrages de cuisine.

Restaurant Casa Calvet
Restaurant
Casp, 48
Tél.: 93 412 40 12
Horaire: de 13 heures à 15 heures 30 et de 20 heures 30 à 23 heures; la réservation à l’avance est obligatoire.
www.casacalvet.es

À la fin du XIXe siècle, une femme, si l’on en croit la documentation il s’agissait de la veuve de Pere Màrtir Calvet, et ses enfants, ont pris en charge la construction, sur un terrain régulier de l’Eixample, d’un immeuble dont la façade devait être discrète avec, toutefois, un certain caractère distinctif. L’architecte qui devait exécuter ce projet n’était autre qu’Antoni Gaudí, et, bien que cela ait été son premier immeuble de logements, il lui a quand même valu de remporter le premier prix de la mairie au meilleur immeuble construit en 1899.

«(…) ses lignes générales aussi bien externes qu’internes et ses détails dénotent une personnalité artistique bien définie, ainsi qu’un bon goût et une certaine originalité qui brillent dans les élévations en même temps que dans la disposition utile de cette maison.»

La Casa Calvet attire l’attention au premier coup d’œil par sa façade apparemment très régulière et symétrique, peut-être même trop simple pour une œuvre de Gaudí. Mais il faut toujours y regarder à deux fois: en commençant par le couronnement de la façade lui-même, il est évident que la ligne courbe joue un rôle majeur (précédent, dans une certaine mesure, de la Casa Batlló), avec les arts appliqués dans les ornementations en fonte. La régularité est aussi altérée dans l’alternance des balcons aux formes rectangulaires et circulaires, ces derniers suspendus sur des consoles sculptées, et dans les balustrades travaillées en fer forgé. L’élément principal à remarquer est la tribune de l’étage noble, où vivaient les propriétaires, ornementée d’un travail de pierre et de fer forgé. Gaudí n’a pas fait seulement le projet architectural, il a aussi voulu contrôler toute la conception des intérieurs, et tout spécialement du mobilier des appartements, ainsi que la décoration du local du rez-de-chaussée. L’exécution de ces tâches a été confiée à l’entreprise Casas & Bardés.

Au rez-de-chaussée, dans l’espace où se trouve le restaurant, il y avait à l’origine les bureaux de l’entreprise textile des Calvet. Le local a d’ailleurs hébergé, par la suite, des bureaux d’entreprises du même secteur industriel, jusqu’à ce que, en 1994, il soit transformé en restaurant. Pendant toutes ces années, le local a conservé, sans altérations, son caractère propre ainsi que sa décoration. L’un des éléments qui distinguent l’établissement est constitué par les paravents de pin maritime ornés de détails décoratifs végétaux très discrets. Ces paravents séparaient autrefois le couloir menant à l’entrée des bureaux de la gérance et de la comptabilité qui, à l’heure actuelle, accueillent les salles réservées du restaurant. Dans ces trois espaces, le revêtement en bois de la partie inférieure des murs a été conservé, de même que l’un des éclairages originaux, et l’on a placé un meuble-écritoire qui se trouvait dans un des bureaux. Tous ces éléments donnent à ces espaces une ambiance accueillante et tout à fait spéciale.

L’exquise harmonie de l’ensemble est habilement complétée par les détails: les poutres, les poignées de porte, le stuc au feu des murs intérieurs, la bordure décorative qui semble jouer le rôle de console des poutres, etc. Comme l’explique la directrice du restaurant, Pilar Oyaga, on a essayé de conserver l’esprit de l’établissement et, par conséquent, toute la décoration qui a été ajoutée est constituée de pièces de qualité, dans leur majorité des originaux modernistes. Dans les toilettes, en revanche, on a voulu créer une nouvelle atmosphère avec la technique du trencadís inspirée directement des bancs du Park Güell et de l’esprit artisanal du Modernisme.

En laissant les espaces réservés à droite, on parvient au fond du couloir à une salle plus vaste dont l’élément essentiel semble bien être une grande fenêtre. Celle-ci, à l’origine, était toute de verre blanc mais les propriétaires lui ont substitué des vitraux de style modernista, solution qu’ils ont aussi appliquée à d’autres espaces tels que la porte d’entrée du restaurant et certaines fenêtres. Dans cet espace non compartimenté, on remarquera trois bancs de bois, dont deux sont à double face, placés perpendiculairement au mur, et qui faisaient aussi partie du mobilier du bureau. Ils permettent aujourd’hui de définir la distribution des tables en créant un environnement tout à fait particulier. Depuis cette salle, on accède à une pièce aux dimensions plus réduites, qui donne l’impression d’avoir été la salle de réunions de l’entreprise, ce que l’on peut déduire des photographies de l’époque ainsi que des meubles originaux; parallèlement, cela pourrait être confirmé par la présence de la lettre C, comme Calvet, dans le couronnement de la porte d’entrée. Si l’on y prête un peu d’attention, on pourra se rendre compte que l’un des murs de cette pièce est légèrement concave, solution qui agrandit quelque peu la salle et rappelle subtilement le génie créatif dans les formes et les structures qui habitait Gaudí.

Le restaurant Casa Calvet se distingue dans le secteur de la restauration à Barcelone par l’excellence des repas qui sortent de ses fourneaux, une cuisine de création à base essentiellement méditerranéenne. En partant de recettes de cuisine traditionnelles, son chef, Miguel Alija, crée de nouveaux plats dans lesquels priment le respect et le renforcement du goût original du produit de base. Celui-ci est toujours un produit de saison, et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle la carte du restaurant change quatre fois par an, au gré des saisons. Malgré cela, certains plats sont toujours présents sur cette carte, comme le foie-gras, le jambon ibérique ou le foie de canard frais. C’est avec cette prémisse qu’il expérimente avec les saveurs… et le client est souvent agréablement surpris par d’insolites et exquises combinaisons, comme par exemple «le foie de canard frais à la sauce d’oranges amères» ou «la tarte Tatin aux figues avec sa mousse de châtaignes». Que ce soit à la carte ou au menu de dégustation, au restaurant Casa Calvet on peut s’attendre à un repas de haut niveau (45-50 € par couvert en moyenne) qui peut être accompagné des vins de la sélection, aussi vaste que soignée, de sa cave. Il est nécessaire de réserver sa table à l’avance.

Hotel Casa Fuster

Passeig de Gràcia,132
Tél.: 93 255 30 00
Horaire:
Cafè Vienès: tous les jours de 9 heures à 1 heure du matin
Restaurant Galaxó: de 13 heures 30 à 15 heures 30, et de 20 heures 30 à 23 heures
www.hotelescenter.es/casafuster

Cet hôtel occupe la dernière demeure urbaine que l’architecte Domènech i Montaner a projetée, la Casa Fuster (1908-1911), et qui a été construite sur la commande de Consol Fabra et de Mariano Fuster i Fuster. Elle est située juste à la fin du Passeig de Gràcia, dans la zone connue sous le nom d’Els Jardinets, point d’union avec l’ancienne vila de Gràcia, où les propriétaires disposaient d’un terrain qui accueillait un ancien bâtiment, l’usine de chocolat Juncosa, et sur lequel ils ont voulu se faire construire une maison neuve.

Le nouvel immeuble, bien que construit dans le langage modernista, présente une certaine retenue ainsi qu’un concept plus austère dans les ornementations. Tous les éléments décoratifs des différentes ouvertures ainsi que des chapiteaux offrent une certaine schématisation des motifs végétaux et une claire tendance de lignes plus planes et géométriques.

Dans les deux façades principales, l’architecte a continué à utiliser des éléments néogothiques et floraux, mais on notera comment, sur la façade de la rue Gràcia, il a fait usage de la structure métallique apparente ainsi que d’éléments austères dans la décoration plus en rapport avec ses premières œuvres architecturales. Ainsi, le pan coupé prend de l’importance du fait de la construction d’un corps cylindrique sur toute sa hauteur, corps qui peut nous rappeler d’autres œuvres de Domènech i Montaner telles que l’Hospital de Sant Pau ou la Casa Lleó Morera, mais déjà d’un caractère abstrait. Pendant de nombreuses années, l’immeuble a abrité des logements, jusqu’à ce qu’en 1962 il ait été racheté par la compagnie d’électricité Enher qui avait l’intention de le démolir et de construire à sa place un nouvel immeuble pour y installer ses bureaux. Grâce à une campagne de l’opinion publique et à divers articles anonymes dans la presse du moment, a été sauvé. Des années plus tard, en 1978, des travaux ont été entrepris pour sa réhabilitation, afin d’adapter l’intérieur à son nouvel usage, ainsi que pour la restauration de l’extérieur.

Par la suite, en 2000, l’entreprise Hoteles Center a acquis l’immeuble avec l’intention de le réouvrir à la ville, dans ce cas comme hôtel, après une longue et coûteuse réhabilitation assumée par l’entreprise GCA, avec les architectes Juanpere et Riu. Pendant tout ce processus de restauration, non seulement on a respecté tous les éléments originaux de la maison –voûtes, colonnes, ornements– mais, en plus, tout le projet décoratif a été conçu pour rehausser et revaloriser les différents espaces de l’immeuble. Grâce à tous ces efforts, il a reçu la catégorie d’hôtel de cinq étoiles et de grand luxe monumental. Au rez-de-chaussée, on trouve le vestibule avec la réception de l’hôtel et le Cafè Vienès (Café viennois), les deux espaces d’accès libre et d’ambiance choisie, comme il convient à un hôtel de cinq étoiles. Le Cafè Vienès récupère le nom de l’ancien établissement, qui était situé au même endroit et qui jouissait d’une grande popularité parmi les Barcelonais pendant les années quarante, époque à laquelle il constituait un lieu de rencontre pour les discussions-débats et où des personnages tels que le poète Espriu avaient leurs habitudes. C’est un espace ouvert qui permet d’apprécier les colonnes soutenant des voûtes décorées à la feuille d’or. Dans ce lieu, on pourra prendre, dans une ambiance musicale douce, un bon café ou un verre dans un cadre en même temps accueillant et sophistiqué, du fait de la présence des motifs modernistes combinés avec une décoration moderne et hardie où seules les banquettes et les tables compartimentent les espaces.

Parallèlement, toujours au rez-de-chaussée, l’hôtel offre aussi quatre salles –les salles modernistes– destinées à des réunions ou à des présentations; elles ont une capacité de six à dix personnes. Parmi ces salles, on remarquera la Sala Fuster, plus grande, éclairée par la lumière naturelle qui accède par une cour intérieure du bâtiment.

Le sous-sol de l’immeuble, où se trouvait anciennement une salle de bal appelée El Danubio Azul (le Danube bleu), a été transformé en salon d’événements Domènech i Montaner. Cette salle se trouve juste sous le café viennois et sa structure est similaire: un espace ouvert coupé uniquement par la présence des colonnes que l’on a rehaussé par un sol de tesselles noires qui adoptent une forme circulaire et rendent le lieu plus accueillant. Sa capacité est de cent-soixante personnes et, bien que l’endroit soit réservé aux petits déjeuners des clients de l’hôtel, on peut le louer pour organiser des célébrations diverses: noces, cocktails ou tout autre type de réunion.

Enfin, à l’étage noble, on trouve le restaurant de l’hôtel, Galaxó, avec vue sur le Passeig de Gràcia; le lieu est ainsi nommé en référence à la colline, à Majorque, sur laquelle Mariano Fuster possédait une maison. Dans le restaurant, les tables sont réparties sur trois zones uniquement séparées par des arcades de pierre, ce qui favorise l’intimité et a pour résultat des espaces en même temps vastes et accueillants. On remarquera aussi le plafond, rappelant les voûtes de diverses salles du bâtiment, qui a été couvert de formes ondulées décorées avec des feuilles d’étain. La capacité du restaurant est de quarante convives, et il est librement accessible, après réservation, aux personnes qui ne sont pas clientes de l’hôtel. Le type de cuisine que l’on y propose est constitué de plats méditerranéens d’avant-garde, élaborés et exquis, qui utilisent des produits frais et d’une qualité tout à fait en accord avec l’ambiance générale de l’hôtel.

Gaudí Garraf
Restaurant
Horaire: du jeudi au samedi, de 13 heures 30 à 16 heures et de 20 heures 30 à 23 heures; dimanche de 13 heures 30 à 16 heures. Ouvert toute l’année
Tél.: 93 632 01 80
www.gaudigarraf.com

Le restaurant Gaudí Garraf a été aménagé dans l’espace du fameux Celler Güell, qui réunit plusieurs bâtiments construits peut-être avec l’intervention d’Antoni Gaudí.

En 1882, Eusebi Güell confia à Gaudí un projet de pavillon de chasse sur des terrains qui lui appartenaient dans la région du Garraf. Le projet n’aboutit pas mais postérieurement, en 1895, on construisit une cave à partir d’un projet probablement de Gaudí et avec la collaboration de Francesc Berenguer, à qui l’on attribua l’œuvre pendant de longues années.

La cave ou celler –construite en pierres de la région– est un bâtiment triangulaire très original, qui utilise l’arc parabolique de Gaudí et où les murs servent de toiture, avec deux souterrains et trois étages supérieurs, qui comprennent une chapelle privée. À l’extérieur, malgré son caractère essentiellement médiéval, on observe des éléments naturalistes sur les cheminées, caractéristiques de l’architecte, et l’anagramme de la famille Güell sur les murs.

Le pavillon du concierge fait également partie du projet. En pierres et en briques, il arbore lui aussi l’anagramme de la famille Güell, et on y accède par une remarquable porte grillagée en fer.

Sur la même propriété, se dresse une tour de guet que jouxte une ferme, toutes deux privées et non accessibles au public.

Depuis 1977, l’ensemble appartient à la famille Granada, qui l’acheta au comte Güell de l’époque. Le bâtiment construit par Gaudí servit de demeure privée et le reste de l’espace continua à servir de cave à champignons dont la culture remontait à plusieurs années déjà. En 1994, la famille Granada aménagea les lieux en restaurant; les deux grandes salles qui abritaient les cultures de champignons furent transformées en deux grands salons, le Granada et le Garraf, et le rez-de-chaussée de la maison fut transformé en salon Gaudí.

À l’étage principal, le salon Granada, qui peut accueillir quatre cents personnes, est compartimenté par des arcs de plein cintre qui divisent l’espace en plusieurs nefs couvertes de voûtes en briques, chaque nef étant garnie de plusieurs rangées de tables rondes. Un escalier relie cette salle au salon Garraf, à l’étage inférieur, qui peut accueillir trois cents personnes. Décoré avec beaucoup de sobriété, l’espace est divisé par des piliers supportant de petites voûtes. Outre l’activité de restaurant à la carte, ces deux espaces accueillent de grandes fêtes privées, notamment des banquets de noce. Dans les deux cas, les apéritifs sont servis indépendamment sur la terrasse. L’été, cependant, le dîner peut également être servi sur l’une de ces terrasses, appelée terrasse du violon, un lieu privilégié grâce à la vision d’ensemble qu’il offre.

En sortant de ce bâtiment, qui a un caractère de bâtiment industriel, et en traversant le chemin, on trouve un bâtiment plus artistique. Utilisé actuellement comme restaurant –qui peut accueillir quatre-vingt convives–, le Salon Gaudí a conservé visibles ses particularités architecturales sans qu’on lui ait ajouté aucun accessoire. L’espace triangulaire très accusé à l’intérieur ainsi que la forme des fenêtres et de la porte d’entrée sont particulièrement remarquables. Les étages supérieurs sont privés et donc fermés au public. Sur demande, la chapelle supérieure peut néanmoins être mise à la disposition des futurs époux avant le banquet.

Le restaurant propose une cuisine méditerranéenne élaborée, uniquement à la carte mais à des prix tout à fait raisonnables, comparables à des menus de fêtes. Certains plats ont reçu des appellations qui rappellent l’histoire du site, comme la salade Gaudí, par exemple. Par ailleurs, dans le salon Granada, le barbecue est bien en vue et permet aux clients de suivre en toute confiance la cuisson de la viande grillée, l’une des spécialités du restaurant.

L’accueil est avant tout chaleureux et cordial, l’ensemble étant régenté par la famille Granada qui tient à en faire un point de rencontre agréable, simple et tranquille dans un ensemble architectural original.

Pizzeria-Restaurant Viena
Restaurant
Joan Coromines, 8-10 (Terrassa)
Tél.: 93 733 63 90
Horaire : de 13 heures à 16 heures et de 20 heures à 24 heures. Ouvert toute l’année
Accès aménagé pour les personnes handicapées. Espaces réservés pour les fumeurs

Le restaurant Viena se trouve dans un bâtiment d’origine industrielle et de style moderniste. Au moment de sa construction, en 1908, il devait devenir le siège de la Societat General d’Electricitat (Société générale d’Électricité) qui avait été fondée en 1896 pour produire et fournir de l’énergie. La personne qui a été chargé de sa construction est Lluís Muncunill, architecte municipal de la ville de Terrassa à cette époque.

Le bâtiment, construit en brique, est de grandes dimensions. Il est constitué de deux grands halls rectangulaires et parallèles, couverts de voûtes catalanes et sous-divisés en sept tronçons. Il semble que ce soit le premier bâtiment dans lequel l’architecte ait utilisé le système des voûtes catalanes avec sept courbes prononcées formant les sept parties différentes.

À l’extérieur du bâtiment, sur la façade de la rue Unió, on peut voir l’enseigne faite de trencadís, cet assemblage de morceaux de carreaux de céramique fréquent dans le Modernisme, dans laquelle on peut lire le nom de la société. Sur l’autre façade, on peut observer les restes des parements, très austères étant donné qu’il s’agissait d’un bâtiment industriel, qui permettent de deviner la structure intérieure. En effet, la division en sept tronçons est marquée à l’extérieur par la présence des canalisations, ainsi que des grandes fenêtres dans la partie inférieure de l’élévation, et des ensembles de trois fenêtres à l’étage supérieur.

Par la suite, à partir des années cinquante et jusqu’à la fin des années quatre-vingt-dix, le bâtiment a été utilisé comme centre de transformation par la compagnie d’électricité FECSA, jusqu’à ce qu’il soit acquis par l’entreprise Establiments Viena, S.A. Cette société en a commencé la restauration en respectant totalement la structure originale de l’usine et en suivant le style moderniste dans tous les éléments de décoration qu’il a été nécessaire de lui incorporer comme, par exemple, les lumières de l’étage supérieur.

Il faut aussi noter que, pendant ce processus de restauration, on a récupéré une charbonnière qui faisait partie d'un ancien bâtiment. Celui-ci, qui portait le nom de l'entreprise Vapor Busquets, se trouvait sur le terrain même depuis la moitié du XIXe siècle. Il avait été détruit en 1907, et l'on avait oublié jusqu'à l'existence de la charbonnière.

Le local a été ouvert au public en juillet 2000, après de longs travaux, sous le nom de Pizzeria-Restaurant Viena, avec une capacité suffisante pour accueillir deux cent soixante-dix-neuf convives. L'espace, tirant profit des grandes dimensions du bâtiment, est réparti sur trois étages. Au rez-de-chaussée, on a installé des tables dans le premier hall, la cuisine et le four à bois où les pizzas sont préparées –à la vue des clients– dans le deuxième. C’est aussi dans ce deuxième hall que l’on a construit un étage supérieur à structure apparente et ouverte sur le reste de l’espace inférieur. À cet étage, on trouve un espace destiné aux fumeurs.

Finalement, au sous-sol, on retrouve la charbonnière, un espace petit et accueillant, plus particulièrement réservé pour les groupes. Cet espace permet de présenter une exposition permanente de photographies anciennes du bâtiment ainsi que du processus de réhabilitation, intégrant de cette manière le caractère commercial du lieu avec la diffusion et la divulgation du patrimoine industriel.

Au cours du processus de réhabilitation du bâtiment, et dans la création des nouveaux espaces, l’origine moderniste de la construction a été prise en compte, et l’on a tenté d’adapter l’oeuvre nouvelle à ce style artistique. Ainsi, on peut voir comment les lavabos ont été décorés au goût du début du siècle dernier, avec du trencadís et des appliques lumineuses sinueuses en accord avec le Modernisme.

Le restaurant propose une cuisine catalane et italienne de plats familiaux –avec plus d’une dizaine de plats au choix dans les entrées, les pâtes, les pizzas (cuites au four à bois), et les plats de viande ou de poisson– ; ces plats sont élaborés dans le restaurant même. L’ambiance y est tout à fait variée puisque, bien qu’il n’y ait pas de menu du jour, le type de cuisine que le restaurant offre ainsi que ses prix permettent d’en faire un lieu habituel pour les repas quotidiens mais aussi un espace où l’on vient en famille le week-end et en groupe le soir. Parallèlement, on peut y faire des réservations pour des événements et des célébrations concrètes pour des groupes pouvant aller jusqu’à cent personnes.

Bien qu’il ne s’agisse pas d’un espace proposant habituellement des activités ludiques ou culturelles, il fait partie des lieux qui participent aux événements importants de la ville tels que le fameux festival de jazz de Terrassa.


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- VILLAR, Paco: Historia y leyenda del Barrio Chino (1900-1992). Ed. La Campana. Barcelona, 1996

4.- Annuaires:
- Anuario de la Asociación de Arquitectos de Cataluña 1901
- Anuario de la Asociación de Arquitectos de Cataluña 1903
- Anuario de la Asociación de Arquitectos de Cataluña 1905
- Anuario de la Asociación de Arquitectos de Cataluña 1907
- Anuario de la Asociación de Arquitectos de Cataluña 1911
- Anuario estadístico de Barcelona 1901
- Anuario estadístico de Barcelona 1903
- Anuario estadístico de Barcelona 1904


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