Ruta del Modernisme de Barcelona

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La route d’1 jour

Pour ceux qui disposent d’une seule journée, le guide propose la Route d’un jour, qui évite toutes les déviations. On peut la faire en une seule journée et elle permet de faire, en plus, une visite d’un monument ouvert au public. Pendant les mois d’hiver, afin de profiter de la lumière du jour, nous recommandons de commencer par l’itinéraire puis de revenir au monument choisi pour en visiter l’intérieur. La Route d’un jour est signalée sur les cartes par une ligne verte, et elle suit les axes principaux du Modernisme barcelonais : la Rambla, le passeig de Gràcia, l’avinguda Diagonal et l’avinguda Gaudí.

Arc de Triomf i Casa Estapé – Park Güell

Un bon endroit pour commencer cette Route du Modernisme est l’ARC DE TRIOMF (ARC DE TRIOMPHE. Passeig de Lluís Companys, s/n), construit sur une conception de Josep Vilaseca, tout en haut du passeig de Lluís Companys, qui présidait l’entrée à l’enceinte de l’Exposition universelle de 1888.

C’est de là que commence la Route d’un jour, conçu spécialement pour ceux qui ne disposent que d’une seule journée pour visiter le Modernisme de la ville. Bien qu’il ne comprenne pas la totalité des œuvres les plus recommandées, il offre cependant une vision globale de cette architecture, et il représente une bonne manière de découvrir Barcelone. L’itinéraire d’un jour est indiqué dans le texte de ce guide par le symbole.

Avant de poursuivre en descendant vers le parc de la Ciutadella, nous prendrons le passeig de Sant Joan jusqu’à la  CASA ESTAPÉ  (1) (MAISON ESTAPÉ. Passeig de Sant Joan, 6), de Bernardí Martorell i Rius (1907), reconnaissable par sa curieuse coupole, œuvre de Jaume Bernades. Aussi à proximité immédiate de l’Arc de Triomf, dans la courte avinguda de Vilanova, se trouve l’édifice de   HIDROELÈCTRICA (2) (COMPAGNIE HYDROÉLECTRIQUE. Avinguda de Vilanova, 12), construction modernista de l’ancienne centrale catalane d’électricité édifiée par Pere Falqués i Urpí entre 1896 et 1899, à laquelle on peut accéder certains jours aux heures de bureau.

Nous poursuivons par le passeig de Lluís Companys, jusqu’au PARC DE LA CIUTADELLA (PARC DE LA CIUTADELLA. Passeig de Pujades, s/n, passeig de Picasso, s/n). C’est dans ce lieu que l’on peut considérer que le mouvement modernista a eu sa première grande expression architecturale. Comme son nom l’indique, l’espace avait été occupé par une citadelle militaire, construite au début du XVIIIe siècle après la défaite de Barcelone au cours de la guerre de Succession (1714). La ville a été durement punie après sa chute qui a suivi un long siège, et la citadelle (avec les nouvelles murailles et le château de Montjuïc) a été le grand instrument permettant à la nouvelle dynastie bourbonienne de contrôler militairement la ville pendant plus de cent cinquante ans. Au milieu du XIXe siècle, après des années de pétitions des habitants, le gouvernement de Madrid a fini par accepter que les murailles et la citadelle soient détruites pour permettre la croissance urbanistique de la ville. C’est ce qui a permis la création de l’Eixample et du nouveau parc de la Ciutadella. Avant le parc, cependant, les terrains avaient accueilli l’Exposition universelle de 1888. Bien que celle-ci ait certainement été moins importante que d’autres expositions similaires comme celle de Paris ou celle de Londres, l’Exposition universelle de Barcelone voulait faire connaître les merveilles des nouvelles technologies de l’industrie capitaliste naissante, et permettre ainsi à la ville d’être reconnue dans le monde entier.

Arc de Triomf
Casa Estapé

Malgré tout, la construction des pavillons et des infrastructures a été réalisée en peu de temps et avec un degré d’improvisation élevé. Il a fallu pour ce faire l’association d’architectes consolidés, tels que Josep Fontserè, avec de jeunes diplômés, comme Lluís Domènech i Montaner, qui a eu ainsi l’occasion de montrer ses dons impressionnants de direction et de coordination -tout spécialement dans le Gran Hotel Internacional, aujourd’hui disparu, qui pouvait loger cinq cents hôtes et que l’équipe de Domènech a construit en moins de soixante jours. Il existe aussi de nombreux mythes et rumeurs quant au rôle qu’aurait joué Antoni Gaudí dans la construction du parc de la Ciutadella. Certains assurent qu’il a collaboré avec Josep Fontserè pour faire la cascade et, peut-être aussi, le réservoir du carrer de Wellington. D’autres pensent voir la main de Gaudí dans la grille de la porte principale du parc ainsi que dans le pavillon, aujourd’hui disparu, de la Companyia Transatlàntica.

Bien que le parc ne soit pas considéré comme un jardin modernista en tant que tel, on y trouve cependant de remarquables œuvres de ce style. À côté même d’une porte latérale du parc, dans le passeig de Pujades, nous trouverons le bâtiment qui était destiné à être le café-restaurant de l’Exposition universelle de 1888. L’édifice a été construit entre 1887 et 1888 par Lluís Domènech i Montaner en brique apparente, technique peu habituelle à l’époque, et il constitue l’un des premiers exemples du Modernisme barcelonais. Ses créneaux, sa frise d’écus et sa sobriété lui donnent un certain air médiéval dans lequel ressort l’éclectique amalgame d’arcs catalans, de grandes fenêtres romaines et d’arcs rappelant l’architecture arabe. L’édifice, connu aussi sous le nom de CASTELL DELS TRES DRAGONS (Château des trois dragons), abrite depuis 1920 le  MUSEU DE ZOOLOGIA (3) (MUSÉE DE LA ZOOLOGIE) qui constitue, avec le Musée de la Géologie, le Musée des Sciences naturelles. On trouvera au Castell dels Tres Dragons la collection et l’exposition permanente de zoologie, et l’on pourra aussi admirer la salle des expositions temporaires du Musée des Sciences naturelles, présidée par un magnifique squelette de baleine. L’édifice a été restauré récemment en respectant les valeurs architecturales de sa construction ainsi que son mobilier.

Dans les alentours immédiats, on trouvera ensuite deux délicieux bâtiments, l’HIVERNACLE (4) (SERRE. Passeig de Picasso, s/n. Parc de la Ciutadella), œuvre de Josep Amargós i Samaranch, construite entre 1883 et 1887, qui accueille actuellement tous les types d’événements sociaux, et  l’UMBRACLE (5)

(SERRE D’ÉTÉ. Passeig de Picasso, s/n. Parc de la Ciutadella), construite par Josep Fontserè i Mestres en 1883-1884. Cela vaut la peine d’y entrer un instant pour admirer les splendides plantes qu’ils protègent.

Depuis le parc de la Ciutadella, nous pourrons nous enfoncer dans le vieux quartier de la ville par les carrers de la Fusina ou de la Ribera, qui nous mèneront à l’ancien MERCAT DEL BORN (MARCHÉ DEL BORN. Plaça Comercial, 12) qui était, jusque dans les années soixante-dix du XXe siècle, le marché central de la ville. Cette structure à base de fer, de bois et de verre, œuvre que Josep Fontserè construisit en 1876, est un excellent exemple des précédents architecturaux du Modernisme, tout spécialement en ce qui concerne la conception de structures innovantes que les nouveaux matériaux industriels rendaient possible, et l’importance que l’on donnait à l’utilisation de la lumière naturelle. Dans l’enceinte, on peut aujourd’hui voir les ruines découvertes en 2001, qui font partie des constructions de l’ancienne Barcelone détruites en 1715 pour faire place à la citadelle militaire. Ces vestiges peuvent être visités et ils font partie du Musée d’Histoire de la Ville de Barcelone (Pour davantage d’information, appeler le 933 190 222).

Hidroeléctrica
Museu de Zoologia

On prendra, juste devant le marché, le passeig del Born, peut-être la seule rue de Barcelone qui conserve encore de nos jours les pavés caractéristiques de la première moitié du XXe siècle. Pendant tout ce tronçon de l’itinéraire, il vaut la peine, en passant, de faire attention aux rues du quartier de la Ribera, dont certaines s’ouvrent sous des voûtes comme au Moyen Âge, ainsi qu’à leurs noms, dans de nombreux cas en rapport avec les anciens métiers qui étaient regroupés dans ces rues. C’est aussi dans ce quartier que l’on rencontrera certains des bâtiments les plus anciens de la ville, la majorité d’entre eux étant bien restaurés. Le passeig del Born nous mènera à la BASÍLICA DE SANTA MARIA DEL MAR (BASILIQUE DE SANTA MARIA DEL MAR. Plaça de Santa Maria, s/n), du XIVe siècle, qui est l’un des temples les plus significatifs du gothique catalan. En suivant l’édifice par le carrer de Santa Maria, on longera le FOSSAR DE LES MORERES (FOSSÉ DES MÛRIERS. Plaça del Fossar de les Moreres, s/n), l’un des principaux symboles du catalanisme, puisque, selon la tradition, c’est là que sont enterrés les cadavres de ceux qui ont défendu Barcelone lors du siège de 1714. Le mémorial installé par la municipalité en 2001 rappelle cette défense héroïque de la ville par les milices civiles catalanes, qui ont résisté durant plus d’un an à l’alliance des armées espagnole et française, bien supérieures en nombre et en ressources.

Umbracle

On the other side of the Basilica, continue along Carrer Argenteria, cross Via Laietana and go up Carrer Jaume I, which takes you to the heart of the city, the Plaça de Sant Jaume. This square has been the political and administrative centre of the city since mediaeval times: on the right is the Renaissance façade of the Generalitat de Catalunya, the Catalan autonomous government, while on the left is the Barcelona City Council or Ajuntament, its neoclassical façade hiding a Gothic interior. Just after the square you can turn left into Carrer del Pas de l’Ensenyança to visit the cocktail bar El Paraigua, decorated with original Modernista elements  MOLLY’S FAIR CITY  (6)(Ferran, 7-9), which was previously a shop and still has much of the original Modernista decoration on both the outside and the inside (for further information see Let’s Go Out, the guide to Modernista bars and restaurants). Just opposite this pub is the entrance to Plaça Reial, one of the busiest places in the city, with a considerable range of bars and night clubs. This square was the first important urban renewal project in 19th-century Barcelona, and occupies the site of the former Santa Madrona Capuchin monastery, which was demolished in the mid-19th century. The design of this urban space, with its characteristic porticos, is the work of the architect and urbanist Francesc Daniel Molina, who was inspired by the French urbanism of the Napoleonic period and conceived it as a residential square formed by buildings of two storeys plus an attic, built over archways. Right in the centre of the square is the Three Graces fountain, and on both sides of it the complex  FANALS (7) (LAMP-POST. Plaça Reial, s/n) with six lamps designed by a young Antoni Gaudí in 1878.

Bar Molly’s Fair City
Fanals de la plaça Reial

Les deux lampadaires sont rehaussés par les attributs du dieu Hermès, patron divin des commerçants : un caducée -deux serpents enroulés autour d’une pique- et un casque ailé. La plaça Reial, à l’instar d’un bon nombre d’autres lieux du noyau historique de Barcelone, s’est développée sur des terrains auparavant occupés par des couvents ou des églises qui furent confisqués et vendus par l’État à des propriétaires privés. Ces mesures, promulguées en 1837 et connues sous le nom de desamortització de Mendizábal, permirent la vente aux enchères de 80 % des terrains que l’Église possédait à l’intérieur des murailles de Barcelone. La desamortització transforma radicalement le paysage urbain de Barcelone ; cette transformation fut rapide, profonde et durable. Les exemples ne manquent pas. Le marché de la Boqueria, en bordure de la Rambla, occupe le lieu sur lequel furent édifiés successivement le couvent de Santa Maria de Jerusalem (XIVe siècle) et le couvent de Sant Josep (XVIe siècle). Le couvent gothique de Santa Caterina, incendié en 1835 et détruit deux années plus tard, prêta son terrain et son nom à un marché. Le Liceu lui-même est situé sur le lieu où, en d’autres temps, existait un couvent de moines trinitaires aux pieds nus. De même que l’autre grand centre de la musique de Barcelone, le Palau de la Música Catalana fut construit sur les ruines du couvent de Sant Francesc de Paula.

Là, on pourra faire une petite déviation jusqu’au numéro 8 du carrer dels Escudellers, afin de voir la brasserie Grill Room, ancien café de style modernista (Pour davantage d’information, voir On sort, guide des bars et restaurants modernistes).

Palau Güell - Façana principal
Palau Güell – Terrat

Nous quittons la place Reial et parvenons à la Rambla, la célèbre artère populaire de Barcelone. À l’époque de la splendeur maximum du mouvement modernista, le terrain constructible dans la Barcelone ancienne n’était pas excessivement important. C’est ce qui explique que, à part quelques boutiques ayant une touche de ce style, le Modernisme ait été une exception dans cette partie de la ville. Une exception qui a cependant quelques œuvres maîtresses telles que le  PALAU GÜELL (8)(PALAIS GÜELL), la première œuvre (1885-1889) qu’Antoni Gaudí, l’architecte le plus singulier du Modernisme, devait offrir à la ville de Barcelone et qui a été déclaré bien du patrimoine mondial par l’Unesco. Gaudí n’avait que trente-quatre ans quand il reçut la commande de construction de la résidence privée de la famille Güell. Et, curieusement, ce ne fut pas dans l’Eixample, qui était déjà en pleine expansion, mais dans le quartier du Raval, une zone qui, à la fin du XIXe siècle, était déjà très dégradée et dans laquelle abondaient la prostitution et les salles de rendez-vous.

Peut-être n’était-il pas très logique qu’Eusebi Güell, père de sept enfants, s’en fut vivre dans cette rue. Il avait cependant un bon motif pour le faire: son père, Joan Güell, vivait dans une demeure de la Rambla et Eusebi acheta le terrain du Palau Güell pour être proche de lui. L’aristocratique mécène de Gaudí donna une totale liberté budgétaire à l’architecte pour construire un petit palais original et somptueux qui devait accueillir des réunions politiques ainsi que des concerts de chambre, et qui logerait les plus illustres invités de la famille. Ainsi fut dit, ainsi fut fait. Gaudí utilisa les meilleurs matériaux du moment et le coût de la construction dépassa très largement les prévisions. Le résultat final fut un authentique chef-d’œuvre du gaudisme le plus sombre. Loin de satisfaire l’idée bourgeoise du confort -c’est une maison de grande hauteur et elle ne disposait pas de chauffage, ce qui ne devait pas être très confortable en hiver-, le Palau Güell de Gaudí est un espace insolite dans lequel prime le jeu savant, correct et magnifique des volumes sous la lumière.

La façade du Palau Güell, aux lignes vénitiennes suggestives, est construite avec une pierre d’aspect sévère. On y remarquera particulièrement le dessin de fer forgé qui couvre les tympans des deux arcs paraboliques de l’entrée et de la sortie, et qui forme le majestueux écu catalan aux quatre barres, conçu comme une petite colonne, qui préside la façade. La première pièce du palais est le vestibule, de vingt mètres de hauteur, qui donne à l’ensemble une sensation de transparence et articule les différents espaces dans lesquels se divise cette magnifique première œuvre de Gaudí. L’ensemble du bâtiment est organisé autour de ce vestibule central. Un escalier noble conduit à l’authentique joyau du Palau Güell : un surprenant, mystérieux et tellurique salon central, de sept étages de hauteur, couronné par une coupole parabolique en forme de cône. La coupole, percée d’une série de petites ouvertures en forme de cercle qui filtrent une lumière indirecte ténue, donne au salon une curieuse apparence de planétarium sous la lumière du jour, pour certains, et de salle centrale d’un hammam oriental, pour d’autres.

Le toit-terrasse est orné des vingt cheminées imaginées par Gaudí et restaurées entre 1988 et 1992 par un groupe d’artistes qui a reconstruit les huit d’entre elles les plus endommagées avec une fidélité absolue au travail original du maître. Dans l’une de ces nouvelles cheminées, avec un peu de patience, on pourra découvrir un Cobi, la mascotte des Jeux olympiques de Barcelone de 1992, au milieu du trencadís (revêtement fait de fragments irréguliers de verre et de faïence). Les cheminées gaudiennes, toutes uniques et différentes comme s’il s’agissait des diverses ébauches d’un modèle idéalisé, rappellent avec un peu d’imagination un groupe d’arbres, et elles représentent probablement l’une des premières esquisses du projet que Gaudí fera culminer des années plus tard sur le toit-terrasse de la Pedrera. Dans cette construction, par exemple, Gaudí utilisa pour la première fois le trencadís. Il s’agissait là d’une technique d’origine arabe que l’architecte de Reus et le Modernisme adoptèrent par la suite comme l’une de leurs principales formes d’expression. Si l’on prête attention à chacune des cheminées, on finira par découvrir dans l’une d’entre elles, probablement la dernière construite par Gaudí et entièrement de couleur blanche, le petit sceau vert d’un fabricant de céramique de Limoges. On raconte qu’Eusebi Güell avait une fantastique vaisselle de Limoges dont il était fatigué et qu’il donna à l’architecte afin que celui-ci l’utilise dans le revêtement de la dernière des cheminées du palais.

À l’autre extrémité du palais, au sous-sol, se trouvent les écuries, aux voûtes très surbaissées appuyées sur de simples colonnes fongiformes, architecture spectaculaire conçue pour accueillir les stalles des chevaux ainsi que les logements des palefreniers du palais. Les colonnes et leurs chapiteaux de brique constituent l’un des paysages les plus énigmatiques, suggestifs et célèbres de l’architecture gaudienne. La famille Güell l’habita jusqu’à la Guerre civile, époque à laquelle le palais fut confisqué par la CNT-FAI qui le transforma en caserne et en prison. Les Güell ne revinrent jamais. L’abandon et la dégradation généralisée de cette zone du Raval entraînèrent les héritiers du comte Güell à céder le palais, en 1945, à son actuelle propriétaire, la Diputació de Barcelona.

Antoni Gaudí i Cornet

Antoni Gaudí i Cornet

1852 - 1926

Antoni Gaudí i Cornet est né en 1852 à Reus, à l’est de Tarragone, au sein d’une famille d’artisans de Riudoms, qui se consacraient traditionnellement à la fabrication de chaudrons et autres objets de cuivre. Benjamin de cinq enfants, il est parti à Barcelone en 1873 pour entreprendre des études d’architecture, qu’il a terminées quatre ans plus tard. On dit que le directeur de l’École d’Architecture, Elies Rogent, en lui délivrant le diplôme, aurait fait le commentaire suivant :

« Qui sait si nous venons de décerner ce diplôme à un fou ou à un génie ; seul le temps pourra le dire».

Sa première commande professionnelle a été la conception des nouveaux bâtiments de la coopérative textile de Mataró (1878), pour lesquels l’architecte a eu l’idée de singuliers arcs caténaires de bois ainsi que d’une gigantesque abeille de bronze (symbole de la coopérative). Cette même année, Gaudí a conçu une vitrine de verre ornée de fer forgé, d’acajou ainsi que de marqueterie, afin qu’un fabricant de gants catalan, Esteban Cornellá, puisse exposer ses produits à l’Exposition universelle de Paris. La vitrine a séduit Eusebi Güell, industriel, aristocrate et politicien en plein essor, qui a décidé de devenir le mécène de ce jeune architecte et dessinateur. Le premier travail de Gaudí pour Güell a été la conception du mobilier du panthéon dont le marquis de Comillas, beau-père tout-puissant de Güell, disposait dans les environs de Santander. Cette commande a été suivie d’une autre, une pergola décorée avec des ballons et des centaines de pièces de verre. À partir de cette époque, sa carrière et son œuvre -qui avec les années est devenue l’un des symboles les plus célèbres de Barcelone- ont été intimement liées à la famille Güell.

En 1883, il a reçu la commande de la construction de la Sagrada Família, la grande œuvre de sa vie, à laquelle il a consacré tous les efforts de ses dernières années. Cette concentration graduelle de son temps dans le grand temple expiatoire a été parallèle à la consolidation de sa ferveur envers la religion catholique qui, chez le jeune Gaudí, n’avait guère été notoire. Dans sa maturité, le grand architecte catalan était connu pour être un homme frugal et solitaire, qui rassemblait toute son énergie pour sa profession, grâce à laquelle il exprimait ses deux grandes passions : le christianisme et le catalanisme. Sa défense obstinée de l’identité catalane l’a même entraîné à être détenu par la police le 11 septembre 1924, jour de la fête nationale catalane, pour avoir refusé d’obéir à un officier qui lui intimait l’ordre de parler en espagnol.

Le 7 juin 1926, Gaudí a été renversé par un tram sur la Gran Via. Le personnel de l’hôpital, qui a tenté sans succès durant trois jours de lui sauver la vie, l’avait confondu avec un mendiant du fait de l’humilité de ses vêtements.

Plus d’informations

Pas très loin du Palau Güell se trouve le  LONDON BAR (9) (C/ Nou de la Rambla, 34). Il s’agit d’un bar modernista fondé en 1910 et qui continue à fonctionner en tant que tel depuis presque un siècle (Pour davantage d’information, voir On sort, guide des bars et restaurants modernistes).

 La Route du Modernisme de Barcelone se poursuit en remontant la Rambla en direction de la plaça de Catalunya. Presque en face des arcades qui donnent accès à la plaça Reial se trouve l’HOTEL ORIENTE (HÔTEL ORIENT. Rambla, 45-47) construit en 1842 quand l’ancien collège religieux de Sant Bonaventura fut transformé en une auberge prospère. L’hôtel, dont la façade fut remodelée en 1881, conserve dans son salon de fêtes la magnifique structure de l’ancien cloître du XVIIe siècle aux piliers carrés ainsi que l’ancien réfectoire rectangulaire voûté. Des hôtes de renom ont dormi dans ses chambres, parmi lesquels l’écrivain Hans Christian Andersen, l’acteur américain Errol Flynn, le torero Manolete ou la soprano Maria Callas. On remarquera encore, dans sa discrète façade, les sculptures de deux anges qui ornent l’arc de l’entrée principale.

 En remontant la Rambla, on trouve à gauche l’un des bâtiments parmi les plus emblématiques de la ville, bien qu’il ne s’agisse pas d’une construction modernista: le  GRAN TEATRE DEL LICEU (GRAND THÉÂTRE DU LYCÉE. Rambla, 51-65). L’histoire de ce haut-lieu de Barcelone est directement marquée par les incendies. Le bâtiment original, construit par Miquel Garriga en 1847 sur le terrain de l’ancien couvent des Trinitaris, brûla en 1861. Il fut reconstruit par Josep Oriol Mestres avec une simplicité extérieure seulement rompue par sa façade caractéristique au corps central percé de trois grandes fenêtres, qui cachait l’un des théâtres lyriques les plus fastueux du monde. L’incendie du théâtre de 1994 obligea à effectuer une nouvelle reconstruction, réalisée par l’architecte Ignasi de Solà-Morales, qui recréa le fastueux style traditionnel du bâtiment, en récupérant les salons aux peintures pompéiennes en trompe-l’œil. À ses origines comme théâtre lyrique, le Liceu dut entrer en compétition avec le TEATRE PRINCIPAL (Théâtre Principal, que nous avons laissé derrière nous. Rambla, 27), un local pouvant accueillir deux mille personnes qui avait déjà une longue tradition dans la ville. Le Liceu, dont le rideau s’ouvrit pour la première fois sur Anne Boleyn de Donizetti, gagna la partie et devint la cathédrale du bon goût ainsi que la vitrine préférée des classes les plus puissantes de Barcelone qui vinrent y exhiber leurs richesses. Malgré la sobriété de son architecture, on remarquera tout particulièrement la marquise de fer forgé qui préside à l’entrée principale ainsi que les panneaux de sgraffites qui rendent hommage à Calderón de la Barca, à Mozart, à Rossini et à Moratín. Le bâtiment du Liceu abrite, presque au coin de la Rambla et du carrer de Sant Pau, un authentique et élitiste sanctuaire, le Cercle del Liceu, organisme privé, aristocratique et traditionnel, ancien club du plus pur style anglais, qui « cache » dans ses salons intérieurs de célèbres œuvres des peintres modernistes Ramon Casas et Alexandre de Riquer, ainsi que des verrières ornées de thèmes wagnériens d’Oleguer Junyent.

London Bar
Gran Teatre del Liceu - Cercle del Liceu

De l’autre côté de la rue, l’itinéraire passe devant un commerce de longue tradition qui conserve une décoration modernista sur la façade, l’ancienne  CAMISERIA BONET (10) (CHEMISERIE BONET. Rambla, 72). Ce commerce, fondé en 1890, a changé de propriétaire et d’activité en 2002 ; aujourd’hui, il se consacre à la vente d’objets de souvenir de Barcelone, mais il a conservé son aspect extérieur. Dans le bâtiment contigu, se trouve le  CAFÈ DE L’ÒPERA  (11) (CAFÉ DE L’OPÉRA. Rambla, 74) ouvert en 1929 sur les lieux mêmes de la très ancienne chocolaterie La Mallorquina. L’intérieur est bien conservé, on y remarquera les chaises Thonet ainsi que les miroirs du XIXe siècle ornés de figures féminines évoquant les personnages de différents opéras (Pour davantage d’information, voir On sort, guide des bars et restaurants modernistes).

Café de l’Òpera
Café de l’Òpera

Après le Liceu, l’itinéraire abandonne momentanément la Rambla pour s’aventurer, sur la gauche, dans le carrer de Sant Pau. L’histoire hôtelière de Barcelone a dans  l’HOTEL ESPAÑA  (12) (HÔTEL ESPAÑA. C/ Sant Pau, 9-11) l’un de ses établissements les plus traditionnels. L’intérêt architectural de cet hôtel, qui en son temps de splendeur hébergea le héros national philippin José Rizal, réside dans ses salons, décorés en 1902-1903 par l’un des pères du Modernisme, Lluís Domènech i Montaner. Pour l’Hotel España, Domènech i Montaner disposa de la collaboration de deux grands maîtres des arts plastiques de l’époque, le sculpteur Eusebi Arnau et le peintre Ramon Casas. Eusebi Arnau est l’auteur de la splendide cheminée d’albâtre de l’une des salles à manger, visible depuis la rue, alors que Ramon Casas se responsabilisa des sgraffites marins de la salle à manger intérieure, dans laquelle on remarquera aussi une claire-voie à caissons laissant filtrer une lumière très diffuse qui rehausse l’effet des sgraffites de Casas. Domènech i Montaner arrondit l’ensemble avec deux ingénieux éléments de revêtement de bois. L’un d’entre eux, de conception très soignée, est décoré de médaillons de céramique bleutée qui représentent les provinces espagnoles, alors que le second, de type romain, est centré sur des thèmes floraux (Pour davantage d’information, voir On sort, guide des bars et restaurants modernistes). À seulement quelques mètres de l’Hôtel España se trouve un autre établissement hôtelier aux réminiscences modernistes, l’ HOTEL PENINSULAR (13) (HÔTEL PENINSULAR. C/ Sant Pau, 36). Le principal intérêt de ce bâtiment, ancien collège de religieuses, réside dans son patio garni de galeries ainsi que dans la claire-voie qui rehausse les couleurs vert et crème de ses murs.

Hotel Peninsular

De retour sur la Rambla, on se trouve au Pla de la Boqueria, présidé par la MOSAIC CERÀMIC DE JOAN MIRÓ (MOSAÏQUE CERAMIQUE DE JOAN MIRO) que la municipalité aménagea en 1976 et qui est devenue, avec les années, l’un des signes d’identité les plus emblématiques de cette populaire artère barcelonaise. À droite, se trouve la CASA BRUNO CUADROS (MAISON BRUNO CUADROS. Rambla, 82), un bâtiment pré-modernista très intéressant de Josep Vilaseca -auteur de l’arc de triomphe de l’Exposition universelle de 1888-. Cette ancienne maison, connue populairement sous le nom de Casa dels Paraigües (Maison aux parapluies), fut remodelée en 1883. Visiblement, elle intrigue par ses éléments orientaux, tels que la décoration de sa façade avec des sgraffites et des vitraux, la galerie un rien égyptienne du premier étage ou le dragon chinois qui préside au coin de l’immeuble. L’ancienne boutique du bâtiment, aujourd’hui occupée par une banque, jouit d’éléments ornementaux d’inspiration japonaise réalisés en bois, en verre et en fer forgé.

La Rambla

La Rambla

La Rambla était à l’origine une voie large et inégale qui serpentait d’un extrême à l’autre de la ville, en suivant la muraille médiévale que Jacques Ier avait fait construire au XIIIe siècle, soit une centaine d’années avant qu’une nouvelle enceinte de hauts murs n’entoure le quartier du Raval et ôte sa fonction défensive théorique à la muraille de la Rambla. Toutefois, les différentes portes qui ont été ouvertes -Santa Anna, Portaferrissa, Boqueria, Trentaclaus et Framenors- n’ont pas disparu et elles ont favorisé l’installation de quelques constructions, telles qu’une fonderie de canons, ou de marchés à l’air libre. “Rambla”, en arabe, est un cours d’eau, et c’est précisément ce que c’était : une rivière qui avait pour nom el Cagalell, et qui était devenue une sorte de tout-à-l’égout, plein d’ordures et d’excréments. De l’autre côté de cette fosse, dès le XVIe siècle se sont installés les premiers centres religieux -couvent de Sant Josep, 1586-, d’enseignement -Estudis Generals, 1536- et ludiques -théâtre de la Santa Creu, 1597-. La Rambla du XVIIIe siècle présentait, par conséquent, une muraille d’un côté et des couvents et églises de l’autre, du côté du Raval. Ce n’est qu’à la fin du XVIIIe, quand les ingénieurs militaires avec à leur tête Juan M. Cermeño ont entamé l’urbanisation, que la Rambla a pu définir son tracé actuel.

La Rambla est une seule avenue, mais elle reçoit de nombreux noms tout au long de son parcours : Rambla de Santa Mònica, dels Caputxins, de Sant Josep, dels Estudis et de Canaletes. Ces dénominations ne sont absolu-ment pas gratuites, elles correspondent en effet aux couvents, églises ou autres édifices devant lesquels passait l’avenue à mesure que, aplanie, elle commençait à prendre forme. En 1768, on a commencé la destruction de la muraille et la construction de certains

des édifices les plus emblématiques de nos jours, comme le Palau de la Virreina, le Palau Moja, devant lesquels passe la Route du Modernisme, ou la Casa March de Reus -œuvre de Joan Soler i Faneca, 1775- que l’on trouve plus bas, au numéro 8. Le dernier grand moment de la formation de la Rambla est arrivé au milieu du XIXe siècle avec les processus libéraux de sécularisation des biens de l’Église, qui ont entraîné la disparition de la majorité des couvents, convertis en nouvelles rues, comme le carrer Ferran, en espaces publics, comme la plaça Reial, en marchés, comme celui de la Boqueria, ou en édifices qui, avec le temps, sont à leur tour devenus emblématiques, comme le Liceu. La Rambla est actuellement la meilleure vitrine de la ville, de son histoire et de la vie de ses habitants. Comme l’a indiqué l’écrivain Josep Pla dans l’une de ses œuvres : « La Rambla est une merveille. C’est une des rares artères de Barcelone dans laquelle je me sens pleinement bien. Il y a toujours suffisamment de gens pour rencontrer quelqu’un de connaissance, et il y en a toujours suffisamment aussi pour passer inaperçu, si nécessaire.

Le destin de cette boutique a été partagé par d’autres : en 1962, en effet, l’architecte David John Mackay chiffra à huit cents le nombre de boutiques modernistes qui existaient dans la ville de Barcelone. Avec le temps et l’aide des excavatrices, ce chiffre est passé, à l’heure actuelle, à moins d’une cinquantaine. Les survivants de ce Modernisme, que certains ont qualifié injustement de « mineur » uniquement parce que ses pierres ne faisaient pas partie des grandes œuvres architecturales, sont de moins en moins nombreux. Quelques-unes de ces boutiques sont encore élégantes et orgueilleuses, d’autres survivent un peu partout dans la ville ; certaines en bonnes conditions, d’autres en pleine agonie, mais toutes ont une unité artistique qui permet d’imaginer, entre les stucs, les mosaïques, les verrières et les éléments artisanaux d’acajou, comment étaient ces années qui se sont succédées entre l’Exposition universelle de 1888 et la première décennie du XXe siècle, période au cours de laquelle la bourgeoisie barcelonaise qui se rendait en voyage à Paris croyait fermement que la Catalogne était l’Europe. C’est l’époque où le Modernisme devint un art quotidien qui transforma les objets vulgaires en art véritable. L’euphorie du changement de siècle et la volonté rénovatrice se traduisirent par une utilisation sociale de l’art, dans une architecture anonyme et populaire qui sanctifiait n’importe quelle œuvre. C’est ainsi que les boulangeries, les pâtisseries, les pharmacies, les boutiques de tissus et les parfumeries furent traitées avec le même respect décoratif que les grandes demeures de la bourgeoisie. Avec la Casa Batlló, la Pedrera, le Park Güell et la Sagrada Família, se multiplièrent les petits établissements qui s’enorgueillissaient du sceau de la nouvelle vogue modernista. En 1909, la revue L’Esquella de la Torratxa résumait d’une seule phrase la fièvre modernista qui agitait la ville : « Barcelone est appelée à être l’Athènes du Modernisme ». On trouvera une sélection des meilleurs exemples de boutiques modernistes encore visibles de nos jours dans ce guide au chapitre « Guapos per sempre ».

Le meilleur exemple de cette fièvre modernista dont souffrit Barcelone est constitué par deux immeubles quasi contigus de la Rambla : la  CASA DOCTOR GENOVÉ (14) (MAISON DOCTEUR GENOVÉ. Rambla, 77). Cette œuvre d’Enric Sagnier i Villavecchia (1911) abrita une pharmacie et son laboratoire jusqu’en 1974 -elle accueille aujourd’hui un bar de tapas basques-.

Sagnier conçut un bâtiment ayant un certain air gothique dans lequel on remarquera la grande fenêtre centrale, les mosaïques bleutées et l’arc en lancette de l’entrée, avec un magnifique relief d’Esculape qui rappelle le destin original de l’immeuble. Presque à côté de l’ancienne pharmacie se trouve l’ ANTIGA CASA FIGUERAS (15) (ANCIENNE MAISON FIGUERAS. Rambla, 83), actuellement pâtisserie Escribà, œuvre d’Antoni Ros i Güell (1902) à la décoration modernista chargée dans laquelle abondent les mosaïques, les stucs de plâtre, les fers forgés, les vitraux ainsi que le mobilier de bois, de couleur chocolat.

Il n’est pas nécessaire de marcher longtemps pour croiser le   MERCAT DE LA BOQUERIA (16) (MARCHÉ DE LA BOQUERIA. Rambla, 91), le plus célèbre et le plus ancien marché de la ville. À peu prés sur l’emplacement du marché actuel se tenait, depuis le Moyen Âge, un marché à l’air libre où les agriculteurs de la zone qui est aujourd’hui le quartier du Raval tout proche venaient vendre leurs produits aux habitants de la ville intra muros. Célèbre pour la qualité de ses marchandises, le marché actuel occupe le terrain de l’ancien couvent des Carmelites Descalços de Sant Josep, incendié en juillet 1835. Le marché fut construit cinq ans après, en 1840, sous la forme d’une grande place entourée d’arcades aux colonnes ioniques dans laquelle les marchands ambulants de la ville pouvaient venir offrir leurs produits. Des années plus tard, en 1914, on installa sa couverture métallique bien visible conçue par l’ingénieur Miquel de Bergue qui lui donna son image caractéristique. Le marché et ses alentours ont été restaurés au cours de ces dernières années afin de leur rendre l’aspect qu’ils avaient au début du XXe siècle. Le marché de la Boqueria préside le tronçon central de la Rambla, peut-être le plus coloré et le plus exubérant : celle que l’on appelle la « Rambla de les Flors » (Rambla des Fleurs) doit son nom aux kiosques où l’on vend des fleurs pendant toute l’année depuis le jour du Corpus Christi de 1853.

Antiga Casa Figueras
Mercat de la Boqueria

À quelques pas du marché de la Boqueria, s’élève le   PALAU DE LA VIRREINA (PALAIS DE LA VICE-REINE. Rambla, 99), construit par Josep Ausich entre 1772 et 1778 sur la commande de l’ancien vice-roi du Pérou, Manuel Amat i Junyent. Celui-ci ne parvint jamais à jouir du bâtiment puisqu’il mourut avant que le palais ne fût achevé. En revanche, celle qui put en profiter fut sa veuve, la vice-reine, María Francisca Fivaller, qui donna son nom par la suite au palais. La municipalité l’acheta en 1944 et, à la fin des années quatre-vingt, il fut transformé en siège de l’administration municipale de la culture. Le bâtiment est un bon exemple de l’influence française chez les architectes du XVIIIe siècle. Sa puissante façade classique, somptueuse et baroque, se conjugue à la perfection avec une ornementation rococo intérieure à la française qui a son meilleur spécimen dans la salle à manger, voûtée et décorée de peintures allégoriques. Les autres salons du palais ont conservé, quant à eux, leur décoration antique, de style Empire. Le rez-de-chaussée, où se regroupaient autrefois les écrivains publics qui rédigeaient les lettres de ceux qui ne savaient pas écrire, accueille aujourd’hui une librairie ainsi qu’un bureau d’information destiné aux habitants. Le rez-de-chaussée du 97, voisin du palais, est occupé par une vieille boutique de musique, la CASA BEETHOVEN, (MAISON BEETHOVEN), fondée en 1880 par l’éditeur de musique Rafael Guàrdia.

En remontant la Rambla, on rencontre l’un des immeubles romantiques les plus beaux de la ville, la  CASA FRANCESC PIÑA (MAISON FRANCESC PIÑA. Rambla, 105), aussi connue sous le nom de el regulador du fait de l’horlogerie bijouterie qui en occupe le rez-de-chaussée et qui porte aujourd’hui le nom de Joieria Bagués. Ce bâtiment de Josep Fontserè (1850) est tout à fait remarquable par sa façade de terre cuite et peinte en blanc sur un stuc de couleur rose. On remarquera tout spécialement dans cette façade les fausses colonnes avec leurs chapiteaux ainsi que les bas-reliefs décoratifs des étages supérieurs.

Au coin de la Rambla et du carrer del Carme, se trouve    ESGLÉSIA DE BETLEM (ÉGLISE DE BETHLÉEM. Rambla, 107), érigée entre 1680 et 1732. Cette église, construite par Josep Juli, est l’un des rares échantillons d’art baroque de Barcelone. Le temple est fidèle aux canons du gothique catalan et présente une unique nef, spacieuse, flanquée de différentes chapelles. Les portes qui donnent sur la Rambla sont l’œuvre, pour celle qui comporte l’enfant Jésus, de Francesc Santacruz et, pour l’autre, d’Enric Sagnier, postérieure, datant de 1906, elle prend comme référence la première et présente Sant Joanet (saint Jean-Baptiste). L’intérieur de l’église que l’on peut contempler de nos jours n’a plus la somptuosité qu’il avait jusqu’à la Guerre civile, quand furent détériorés de manière irréparable ses polychromies, ses sculptures, ses stucs italiens et ses marbres. Depuis 1952, l’église abrite une image de la vierge dels Desemparats, de Mariano Benlliure. Sur le trottoir opposé, se trouve le   PALAU MOJA  (PALAIS MOJA. Rambla, 118), ancienne propriété des marquis de Comillas construite entre 1774 et 1789 par les frères Mas i Dordal. La large façade de ce palais, décorée de panneaux ocres et rougeâtres, s’élève au-dessus d’un portique et elle est rehaussée par un simple fronton central. Le bâtiment, décoré d’œuvres du peintre néoclassique Francesc Pla, el Vigatà, conserve une bonne partie du mobilier original ainsi que la pièce dans laquelle vécut le « poète national » catalan, Jacint Verdaguer, protégé des marquis de Comillas. Les Comillas étaient apparentés aux Güell et ils eurent aussi recours aux services d’Antoni Gaudí, qui a connu Verdaguer et, en certaines occasions, s’est inspiré de sa poésie -comme dans les Pavillons Güell, point (90) de la Route du Modernisme. Le palais héberge aujourd’hui des dépendances du Département de la Culture du gouvernement autonome, la Generalitat de Catalunya. Dans ce qui fut les jardins, s’installèrent en 1935 les grands magasins populaires SEPU, aujourd’hui disparus.

El Indio

Une petite déviation de l’itinéraire principal nous conduira par le carrer del Carme, qui « cache » deux petits trésors modernistes à seulement quelques pas de la Rambla : les magasins populaires  EL INDIO (17) (C/ Carme, 24), décorés en 1922 par Vilaró i Valls dans le plus pur style modernista, et, un peu plus loin, le BAR  MUY BUENAS  (18) (C/ Carme, 63), un local qui jouit d’une façade modernista de bois et qui conserve encore une partie de son mobilier original tel que l’ancien comptoir de marbre, vieux de plus d’un siècle (Pour davantage d’information, voir On sort, guide des bars et restaurants modernistes).

El Indio

La Route se poursuit sur la Rambla, connue à cette hauteur comme « rambla dels ocells » (rambla des oiseaux) du fait des kiosques où l’on vend des animaux, et notamment des oiseaux. En poursuivant vers la plaça de Catalunya, l’itinéraire a deux rendez-vous importants. Le premier est la  REIAL ACADÈMIA DE CIÈNCIES I ARTS (19) (ACADÉMIE ROYALE DES SCIENCES ET DES ARTS. Rambla, 115), construite en 1883 par Josep Domènech i Estapà sur les ruines d’un ancien collège jésuite. Le bâtiment, pionnier dans l’usage de ressources ornementales et stylistiques qui allaient avoir tant de succès des années plus tard avec le Modernisme, héberge de nos jours, en plus de l’académie, le Théâtre Poliorama et le restaurant Viena, ancienne Casa Mumbrú. Le principal signe d’identité de cet immeuble réside dans l’horloge qui préside sa façade et qui, selon ce que l’on dit, donne l’heure officielle de Barcelone. Les autres éléments intéressants de la façade de ce théâtre sont l’élégante tribune et le ciborium, ainsi que la tour avec sa coupole qui couronne le bâtiment. Cette coupole accueillait, à l’origine, un observatoire météorologique et astronomique. Le deuxième rendez-vous dans cette zone de la Rambla est la FARMÀCIA NADAL (PHARMACIE NADAL. Rambla, 121), inaugurée en 1850 sous le nom de Farmàcia Masó, qui comprend des éléments sculptés, des céramiques ainsi que des sgraffites de conception noucentista (Noucentisme, mouvement néoclassique post-modernista).

Après avoir traversé la Rambla, nous pénétrons dans les carrers de la Canuda et de Santa Anna. Si l’on entre par le carrer de Santa Anna, on peut voir la    CASA ELENA CASTELLANO  (20) (MAISON ELENA CASTELLANO. C/ Santa Anna, 21). Il s’agit d’un bâtiment construit en 1907 par Jaume Torres i Grau, dans lequel on remarquera les deux tribunes superposées ainsi que l’ornementation florale de la façade, typiquement modernista. En revenant au carrer de la Canuda, à quelques pas seulement, nous trouvons l’ancien PALAU SABASSONA (PALAIS SABASSONA). D’origine médiévale, l’immeuble accueille, depuis 1836 l’ ATENEU BARCELONÈS (21) (ATHÉNÉE BARCELONAIS. C/ Canuda, 6), l’une des entités culturelles les plus emblématiques de la ville. Certains aspects du remodelage de 1906, des architectes Josep M. Jujol i Gibert et Josep Font i Gumà, sont encore conservés.

Sa visite permet de contempler trois petits bijoux modernistes : la cabine de l’ascenseur, l’un des premiers qui furent installés dans la ville ; les salles de lecture de la bibliothèque ; et le jardin suspendu aux réminiscences romantiques. En continuant par le carrer de la Canuda, on parvient à la plaça de la Vila de Madrid dans laquelle on pourra contempler les vestiges d’une nécropole romaine découverte en 1954 pendant les travaux de ré-urbanisation du terrain de l’ancien couvent des Carmelites Descalces, démoli après la Guerre civile. La place, remodelée en 2003, s’élève sur une ancienne voie romaine d’accès à Barcino, l’ancienne ville romaine, dont on conserve encore de nos jours un petit tronçon du dallage original. La via était flanquée des restes de monuments funéraires monolithiques et de quelques modestes tegulae. Le carrer de la Canuda débouche finalement dans l’avinguda del Portal de l’Àngel.

À quelques pas seulement, on passe devant l’immeuble de  CATALANA DE GAS, GAS NATURAL (22) (C/ Portal de l’Àngel, 20-22), œuvre monumentale et éclectique de Josep Domènech i Estapà (1895). Le bâtiment, construit sur une commande de la Societat Catalana per a l’Enllumenat del Gas (Société catalane pour l’éclairage au gaz), héberge un intéressant Musée du Gaz dans lequel sont exposés divers appareils montrant l’évolution de l’usage de cette source d’énergie (Tél. : 900 150 366, visites sur rendez-vous).

Ateneu Barcelonès – Biblioteca
Reial Acadèmia de Ciències i Arts
Casa Elena Castellano
Catalana de Gas - Gas Natural

Revenons quelques pas en arrière par le Portal de l’Àngel jusqu’au petit carrer de Montsió dans lequel on trouvera la célèbre brasserie modernista  ELS QUATRE GATS (23) (C/ Montsió, 3 bis. Pour davantage d’information, voir On sort, guide des bars et restaurants modernistes). Cette ancienne taverne fut l’un des épicentres artistiques et culturels de la Barcelone de la fin du XIXe siècle et du début du XXe. Ramon Casas, Santiago Rusiñol et Pablo Picasso sont quelques-uns des illustres personnages qui dînèrent et burent dans ce cénacle particulier inauguré en 1897 au rez-de-chaussée de la néogothique CASA MARTÍ (MAISON MARTI), de Josep Puig i Cadafalch (1895-1896). Le bâtiment, à l’air plus européen que catalan, brille de ses grandes fenêtres ogivales aux vitraux polychromes, ainsi que de la curieuse ornementation des fenêtres et du balcon gothique flamboyant. L’extérieur est aussi décoré par les sculptures d’Eusebi Arnau, par les fers forgés de Manuel Ballarín et, sur le socle faisant l’angle, par la statue Sant Josep de Llimona. Celle que l’on peut voir aujourd’hui est une reproduction de la statue originale qui fut détruite pendant la Guerre civile et récupérée par la municipalité en l’an 2000. L’intérieur est spectaculaire : Ramon Casas paya de sa propre poche les lustres circulaires et le mobilier médiéval dessinés par Puig i Cadafalch. Un autre de ses « cadeaux » fut le tableau dans lequel deux hommes, Pere Romeu, le propriétaire du bar, et lui-même, apparaissent, pédalant de concert sur un tandem ; celui qui se trouve actuellement dans l’établissement est une copie, étant donné que l’original se trouve au MNAC (point (34) de la Route du Modernisme). Le local, qui publiait sa propre revue –Pèl & Ploma-, devint le refuge d’artistes et d’intellectuels tels que les compositeurs Enric Granados et Isaac Albéniz, ou les jeunes peintres Joaquim Mir et Pablo Picasso. Malheureusement, le bâtiment n’est pas conservé dans son intégralité. Le linteau original de la porte, œuvre de Puig i Cadafalch, a disparu lors de travaux que le local a subis au cours de sa vie plus que centenaire.

Interior d’Els Quatre Gats

Nous poursuivons notre route par le carrer de n’Amargós, qui débouche dans le carrer Comtal et nous amène à la Via Laietana. Il s’agit d’une large avenue projetée pendant la deuxième moitié du XIXe siècle pour ouvrir un accès au port et inspirée des modèles de centres d’affaires qui se faisaient alors en Amérique du Nord. L’urbanisation de cette voie s’est étalée sur plusieurs décennies et y ont participé les protagonistes du Modernisme Lluís Domènech i Montaner et, surtout, Josep Puig i Cadafalch. En remontant un peu la Via Laietana, on aperçoit l’immeuble du  GREMI DELS VELERS (CORPS DE MÈTIER DES FABRICANTS DE VOILES) (Via Laietana, 60), siège du corps de mètier des industriels de la soierie depuis 1764. C’est un magnifique immeuble baroque orné de sgraffites qui représentent des atlantes et des cariatides. Caché derrière ce bâtiment, on découvre l’un des joyaux incontournables du Modernisme de Barcelone : le  PALAU DE LA MÚSICA CATALANA (24). (PALAIS DE LA MUSIQUE CATALANE). Le Palau de la Música est une commande de l’Orfeó Català (Orphéon catalan), faite en 1904 à Lluís Domènech i Montaner. La première pierre du nouveau bâtiment a été posée le jour de la Sant Jordi de 1905 et les travaux se sont prolongés pendant trois années. Le résultat est cette somptueuse salle de concerts qui devait servir de foyer pour la musique chorale catalane.

Palau de la Música Catalana
Palau de la Música Catalana

Le bâtiment s’élève sur le terrain de l’ancien couvent de Sant Francesc de Paula. La taille réduite du terrain et le prix élevé des parcelles adjacentes obligèrent à l’époque Domènech i Montaner à « encaisser » l’auditorium dans un maillage de rues étroites qui limitent sa contemplation globale depuis l’extérieur, et à s’ingénier afin que la scène soit suffisamment vaste et que le bâtiment puisse accueillir les bureaux ainsi que les archives de l’orphéon.

L’église de l’ancien couvent, reconvertie en église paroissiale, a survécu jusqu’à ce qu’elle soit démolie pour entreprendre un agrandissement du palais. L’intervention, signée Oscar Tusquets (2003), a permis de construire sur le terrain qui se libérait ainsi une place permettant d’admirer l’immense verrière originale de Domènech qui était auparavant cachée dans la courette se trouvant entre le temple et le palais. La verrière est flanquée de deux tours de brique apparente, et celle du coin possède des reliefs représentant un arbre feuillu sculpté dans la brique, motif végétal inspiré de Domènech i Montaner. Au sous-sol de la grande place, on a construit une salle polyvalente, le Petit Palau, qui a une capacité de six cents personnes. Conjointement à la Pedrera, le Palau de la Música est considéré comme l’un des exemples suprêmes du Modernisme du fait de son architecture brillante, hardie et somptueusement décorée. Et il porte avec orgueil le titre de Patrimoine Mondial de l’Humanité de l’Unesco. Mais il n’en fut pas toujours ainsi. Il fut l’une des ultimes extravagances du Modernisme et, déjà dans les années vingt, il commença à être mis en question au point que les voisins l’appelaient le « palais de la quincaillerie » et que les architectes de l’époque demandaient sa démolition. Heureusement, ils ne parvinrent jamais à leurs fins, le palais a été conservé et il est devenu une institution intimement liée à la mémoire collective des Barcelonais.

Le Palau de la Música Catalana a été inauguré en 1908 avec un bref concert au cours duquel ont été interprétés des morceaux de Clavé et de Händel. La façade, projetée par Domènech i Montaner, a surpris les Barcelonais : en maçonnerie apparente, d’une belle polychromie due à l’utilisation de revêtements de mosaïque de céramique, elle est présidée, à l’angle, par un groupe de sculptures de Miquel Blay, une énorme proue de pierre représentant une allégorie de la musique populaire. C’est une œuvre d’un haut symbolisme conceptuel, avec deux enfants et deux vieillards embrassant une nymphe alors que saint Georges les protége avec le drapeau catalan agité au vent. La façade comporte aussi une mosaïque représentant La balanguera -qui est aujourd’hui l’hymne de Majorque- faisant référence à un poème de Joan Alcover, entourée des choristes de l’Orphéon catalan. Un autre aspect intéressant de l’extérieur du palais est constitué par les curieux guichets aujourd’hui inutilisés, situés à l’intérieur des colonnes qui flanquent la porte principale. Les richesses continuent à l’intérieur : le vestibule chargé, les voûtes revêtues d’azulejos, et l’escalier double avec des balustres de verre doré jouent le rôle d’un apéritif avant de s’engager dans l’authentique joyau du bâtiment.

À l’intérieur, la salle de concerts est une enivrante succession de sculptures, de vitraux polychromes, de mosaïques et d’éléments décoratifs qui jouent constamment avec la perception de la lumière et de la couleur. L’image la plus caractéristique de la salle est son énorme et spectaculaire claire-voie de verre coloré en forme de cloche inversée, qui ne pèse pas moins d’une tonne. Cette merveille de l’art somptuaire représente un cercle d’anges féminins d’un chœur situé autour du soleil. L’obsession de Domènech i Montaner pour la lumière ne se limitait pas à la claire-voie : il a conçu la salle, avec sa structure légère en acier, comme une espèce de boîte de verre filtrant la lumière extérieure au travers de verrières qui recréent l’atmosphère des cathédrales gothiques et aident à donner un certain air sacré à l’auditorium. La scène de la salle est, sans le moindre doute, la « sculpture » la plus spectaculaire du palais. L’avant-scène accueille un curieux ensemble réalisé en pierre ponce, dessiné par Domènech i Montaner lui-même mais taillé par Dídac Massana et Pau Gargallo. Sur la gauche, l’ensemble abrite un buste de Josep Anselm Clavé ainsi qu’une allégorie des fleurs de mai représentant la musique populaire. À droite, le buste de Beethoven personnifie la musique universelle. Au-dessus de ce buste, les walkyries de Wagner chevauchant en silence vers Clavé symbolisent le rapport de la nouvelle musique avec l’ancienne culture musicale catalane. La scène est complétée par un spectaculaire orgue de facture allemande -restauré en 2004 grâce à une campagne de souscription populaire- et l’hémicycle conçu par Eusebi Arnau et réalisé en trencadís dans lequel on remarquera les dix-huit sculptures représentant les esprits de la musique ainsi qu’un surprenant écu autrichien. Une galerie et une colonnette d’influence égyptienne contribuent, modestement, à embellir la perspective d’une salle, véritable sanctuaire de la musique, dans laquelle se sont produits des interprètes de la catégorie de Rubinstein, Menuhin ou Pau Casals. Les motifs floraux sont autant d’éléments remarquables de la salle, et ils président à tous les éléments ornementaux, aussi bien au plafond que dans les verrières ; de même que les lampes médiévalisantes, plus propres d’un château que d’une salle de concert. Les autres espaces intérieurs remarquables du palais sont la salle de musique de chambre, dans laquelle on peut encore contempler la première pierre du bâtiment, et la salle de repos Lluís Millet, peut-être la pièce qui est demeurée la plus fidèle au projet original de Domènech i Montaner.

En faisant le tour du palais par les carrers d’Amadeu Vives et d’Ortigosa, on revient à la Via Laietana. Face à nous, se trouve le bâtiment de forme triangulaire de l’organisme bancaire  CAIXA DE PENSIONS I D’ESTALVIS DE BARCELONA (Via Laietana, 56-58) qui a abrité la fondation « la Caixa » et qui est, actuellement, le siège d’une salle du Tribunal supérieur de Justice de Catalogne. Cette œuvre néomédiévaliste d’Enric Sagnier (1917) présente sur sa façade une sculpture de Manuel Fuxà, conçue comme une allégorie de l’économie, ainsi qu’un spectaculaire arc ogival fermé par des vitraux polychromes. De l’autre côté du carrer de Jonqueres se trouve une dépendance de ce bâtiment,  l’EDIFICI ANNEX DE LA CAIXA DE PENSIONS (IMMEUBLE ANNEXE DE LA CAIXA DE PENSIONS. C/ Jonqueres, 2), lui aussi conçu par Sagnier, dans lequel l’architecte insista sur l’utilisation de la pierre blanche, décorée de quelques azulejos. Toutefois, on voit poindre dans cette construction des lignes plus modernes, plus proches des immeubles de bureaux actuels, dont c’est l’un des premiers exemples dans notre ville.

 

Traversons la Via Laietana et prenons à droite, vers la plaça d’Urquinaona. Depuis cette place, l’itinéraire se poursuit sur la gauche en direction de la plaça de Catalunya, centre névralgique de la ville. La construction de cette monumentale place circulaire fut entamée en 1925, après un demi-siècle de litiges divers entre la municipalité, l’État et les propriétaires particuliers des terrains qui marquèrent pendant des années la frontière entre l’ancienne ville derrière ses murailles et la nouvelle cité s’étendant sur la plaine. Le dessin définitif de la place est de Francesc de Paula Nebot, qui se limita à transformer un projet antérieur de Puig i Cadafalch, qui était alors frappé d’ostracisme par le régime militaire de Primo de Rivera. Précisément, on peut observer sur la place, au coin de la Rambla de Catalunya, une œuvre de Puig i Cadafalch réalisée en 1921 dans les canons du classicisme moderne, la  CASA PICH I PON (MAISON PICH I PON. Plaça de Catalunya, 9). La plaça de Catalunya marque le début du passeig de Gràcia et de l’Eixample, authentique habitat du Modernisme barcelonais. Au beau milieu de la place se trouve l’Office du Tourisme de Barcelone, point de départ des itinéraires Walking Tours Modernisme et siège de l’un des trois centres du Modernisme de Barcelone. Le centre, dans lequel avec ce guide vous pourrez obtenir gratuitement les bons de réduction de la Route du Modernisme, est spécialisé dans l’information sur ce mouvement, et vous pourrez acheter dans la boutique adjacent toutes sortes de produits en rapport avec le Modernisme.

Le passeig de Gràcia est la colonne vertébrale de l’Eixample. C’est un large boulevard dans lequel se mêlent les maisons particulières, les bureaux et les banques, les cinémas, les établissements prestigieux, les cafés ainsi qu’une bonne partie des « bijoux » du Modernisme. À l’origine, ce boulevard était un simple chemin de terre qui reliait les murailles de Barcelone à la municipalité voisine de Gràcia, mais cela commença à changer en 1827 lorsque le chemin fut transformé en promenade arborée. En 1852, l’avenue étrenna les premiers lampadaires à gaz, et, en 1853, on y inaugura dans le tronçon compris entre les actuels carrers d’Aragó et de Mallorca, les Camps Elisis, vaste zone de loisirs qui offrait des jardins, des buvettes, des installations permettant le pique-nique, des salles de fêtes, des montagnes russes ainsi qu’un auditorium à l’air libre. En 1872, on installa dans le boulevard la première ligne de tramway à cheval et, à partir des années 1890, il est devenu le nouveau centre résidentiel de la haute bourgeoisie.

Son caractère de zone aisée est mis en évidence par l’un de ses éléments les plus singuliers, ses trente et un Bancs-fanals, projetés en 1906 par Pere Falqués (55) et qui passent actuellement un peu inaperçus entre le mobilier urbain et la marée de circulation automobile qui envahit chaque jour l’avenue. Un autre de ses éléments les plus caractéristiques est constitué par les panots des trottoirs, copiés sur les gros carreaux hexagonaux dessinés par Gaudí pour le sol de la Casa Batlló, et qui furent installés finalement dans les cuisines de la Pedrera. En 2002, la municipalité a fait daller le passeig de Gràcia avec ces carreaux hexagonaux monochromes, tous identiques, qui représentent des motifs marins quand on regarde un ensemble de six pièces : un poulpe, un escargot et une étoile de mer. Les carreaux originaux, produits par l’entreprise Escofet, furent l’un des premiers dallages décorés projetés pour être produits en série.

Les merveilles architecturales du passeig de Gràcia commencent presque dès son début avec la  CASA PASCUAL I PONS (25) (MAISON PASCUAL I PONS. Passeig de Gràcia, 2-4). Au moment de la clôture de cette édition commençait sa restauration. L’œuvre la plus gothique d’Enric Sagnier i Villavecchia, l’un des architectes les plus prolifiques du Modernisme barcelonais. Le principal intérêt du bâtiment se trouve à l’intérieur : des vitraux sertis au plomb qui représentent des personnages médiévaux, visibles depuis l’extérieur ; l’escalier orné d’éléments de sculpture ainsi que de luminaires de fer et de verre ; enfin, une noble cheminée de bois. Construite en 1890-1891, la Casa Pascual i Pons était à l’origine constituée de deux maisons indépendantes conçues de manière unitaire afin d’exploiter leur exceptionnelle situation urbanistique, au coin que fait la plaça de Catalunya avec le passeig de Gràcia. L’ensemble fut profondément remodelé en 1984. Poursuivons notre promenade sur le passeig de Gràcia jusqu’au carrer de Casp dans lequel il vaut la peine de s’écarter de l’itinéraire quelques minutes. 

Le premier immeuble remarquable que l’on croise sur notre passage dans ce tronçon de la Route du Modernisme est la  CASA LLORENÇ CAMPRUBÍ (26) (MAISON LLORENÇ CAMPRUBÍ. C/ Casp, 22), œuvre d’Adolf Ruiz i Casamitjana (1901). Avec une remarquable tribune qui occupe l’entresol et le premier étage, la Casa Camprubí est un bon exemple du travail de Ruiz de la fin du siècle, époque à laquelle cet architecte réalisa une interprétation très personnelle d’un vaste répertoire de formes et d’éléments néogothiques. Le rendez-vous suivant de notre déviation dans le carrer de Casp est la  CASA SALVADÓ (MAISON SALVADÓ. C/ Casp, 46), œuvre de Juli Batllevell. Ce bâtiment représente une alternative éclectique à une époque (1904) et au milieu d’une zone dominée par le Modernisme. À la porte contiguë se trouve la   CASA CALVET (27) (MAISON CALVET. C/ Casp, 48), œuvre d’Antoni Gaudí. L’architecte commença avec la Casa Calvet (1898), son premier immeuble de logements en plein Eixample, une ligne qui fut largement suivie par les auteurs d’autres maisons qui, comme la sienne, firent usage d’éléments baroques ou rococos, tels que les formes ondulées et le traitement particulier de leur superficie irrégulière de pierre sableuse de Montjuïc, les balcons ou les tribunes. Dans la Casa Calvet, Gaudí donna un traitement différencié à chacun des éléments qui conforment le bâtiment. La façade est présidée par une tribune baroque avec des balustrades de fer forgé et des reliefs représentant différents types de champignons en hommage à la passion mycologique d’Eduard Calvet, premier propriétaire de l’immeuble. La décoration de la tribune comprend aussi un écu de Catalogne et un cyprès, symbole d’hospitalité. Il vaut aussi la peine de regarder le vestibule d’entrée ainsi que le rez-de-chaussée, aujourd’hui transformés en restaurant Casa Calvet (Réservation obligatoire au téléphone 934 124 012. Pour davantage d’information, voir On sort, guide des bars et restaurants modernistes). À l’intérieur du restaurant, on a conservé le mobilier du bureau original du négoce textile des Calvet. Parmi d’autres éléments, on remarquera les lampes, les bancs du hall d’entrée ainsi que ceux qui sont adossés au mur, les paravents de bois qui séparaient les différents bureaux, les heurtoirs des portes ainsi que les poutres du plafond.

De retour sur le passeig de Gràcia, nous trouvons le bâtiment des  CASES ROCAMORA (28) (MAISONS ROCAMORA. Passeig de Gràcia, 6-14). Cet immeuble est, avec la Casa de les Punxes (Maison des Punxes), de Puig i Cadafalch, l’un des plus grands ensembles architecturaux de tout l’Eixample. Contrairement à l’habitude à cette époque-là, son terrain ne fut pas divisé en plusieurs lots pour y construire divers immeubles sinon qu’il fut utilisé pour l’édification d’un unique volume architectural afin d’accentuer la magnificence du bâtiment. L’œuvre, de style néogothique marqué, a été signée en 1914 par les frères Bassegoda -Joaquim et Bonaventura-, qui consacrèrent une attention toute spéciale au traitement de la pierre de la façade ainsi qu’au singulier ensemble de tribunes qui fait le coin avec le carrer de Casp.

L’itinéraire se poursuit sur le passeig de Gràcia jusqu’à ce que l’on parvienne à la Gran Via de les Corts Catalanes, l’une des trois grandes artères que Cerdà conçut pour traverser et faciliter les communications dans le quadrillage de l’Eixample -les deux autres sont l’avinguda Diagonal et l’avinguda Meridiana-. Le croisement de ces deux grandes avenues est présidé par deux bâtiments tout à fait singuliers bien qu’ils ne soient pas modernistes. À gauche se trouve le PALAU MARCET (PALAIS MARCET. Passeig de Gràcia, 13), un petit palais urbain construit en 1887 par Tiberi Sabater et qui, des années plus tard, en 1934, fut transformé en théâtre aujourd’hui reconverti en cinéma multisalle. À droite, on peut contempler la façade ondulée et rationaliste, décorée de pavés de verre de la JOIERIA ROCA (BIJOUTERIE ROCA. Passeig de Gràcia, 18), dessinée par Josep Lluís Sert en 1934.

Vista Frontal Casa Pascual i Pons
Casa Calvet
Vista Frontal Casa Pascual i Pons

Une déviation, à gauche, par la Gran Via de les Corts Catalanes en direction de la plaça d’Espanya nous conduit à divers bâtiments modernistes intéressants, mais auparavant nous croisons la  CASA PIA BATLLÓ (MAISON PIA BATLLÓ. Rambla de Catalunya, 17), bâtiment éclectique et néogothique de Josep Vilaseca (1896) qui fait le coin et est rehaussé par deux tours de céramique vitrifiée, elles-mêmes couronnées par des miradors de fer forgé. Après avoir dépassé le monumental cinéma Coliseum ainsi que le bâtiment néoclassique de l’Université de Barcelone (Elies Rogent, 1861), on peut observer, sur le trottoir opposé, la  CASA GERÓNIMO GRANELL (29) (MAISON GERÓNIMO GRANELL. Gran Via de les Corts Catalanes, 582) de l’architecte Gerónimo F. Granell i Barrera. Il s’agit d’un immeuble qui a été entièrement restauré en 2004 afin de faire ressortir les éléments modernistes originaux de 1902, parmi lesquels on remarquera la tribune qui rompt de manière délicieuse la symétrie de la façade.

Plus loin, au coin du carrer de Villarroel, on trouve le  CONJUNT DE TRES EDIFICIS (30) (ENSEMBLE DE TROIS BÂTIMENTS. Gran Via de les Corts Catalanes, 536-542 ; C/ Villarroel, 49-51), de style modernista et d’un auteur inconnu. C’est dans l’un de ces immeubles que se trouve la FARMÀCIA MESTRE (PHARMACIE MESTRE) qui conserve une grande partie de sa décoration originale de 1903, tout particulièrement en ce qui concerne les portes et les vitrines. En continuant la Gran Via, deux rues plus loin, au croisement avec le carrer del Comte Borrell, il vaut la peine de consacrer quelques instants à la  FARMÀCIA MADROÑAL (PHARMACIE MADROÑAL. C/ Comte Borrell, 133). Tout près de là, sur le trottoir opposé, nous parvenons à la  CASA GOLFERICHS (31) (MAISON GOLFERICHS. Gran Via de les Corts Catalanes, 491), maison indépendante modernista de Joan Rubió i Bellvé construite en 1901 pour Macari Golferichs, commerçant de bois exotiques. Convertie après la Guerre civile en école religieuse, elle a été achetée à la fin des années soixante par un promoteur privé qui avait l’intention de la détruire et de construire à sa place un immeuble de logement, mais les protestations insistantes des habitants du quartier ont évité la disparition pour cause de spéculation de ce que les gens du quartier appelaient el xalet (la villa). En 1980, la municipalité de Barcelone en a récupéré la propriété pour en faire une maison de quartier et y a réalisé des travaux jusqu’à la fin de la restauration en 2004.

Cases Rocamora
Casa Gerónimo Granell

Un peu plus loin, sur le même trottoir, nous trouvons la  CASA DE LA LACTÀNCIA (32) (MAISON DE L’ALLAITEMENT. Gran Via de les Corts Catalanes, 475-477), joli bâtiment de tons bleus avec un relief sculpté qui rappelle son usage primitif. La maison, construite par Antoni de Falguera i Sivilla et Pere Falqués i Urpí entre 1908 et 1913, a pour intérêt principal un patio central décoré de céramiques et couronné d’une claire-voie qui lui confère une grande luminosité. En arrivant à la plaça d’Espanya, on passe devant la    CASA FAJOL (33) (MAISON FAJOL. C/ Llançà, 20), de Josep Graner i Prat (1912), connue habituellement sous le nom de casa de la papallona (maison du papillon) du fait du couronnement de trencadís représentant un papillon aux lignes courbes de proportions inhabituelles qui, sans le moindre doute, distingue le bâtiment.

Casa Golferichs
Casa Fajol
Casa de la Lactància

En poursuivant par la Gran Via de les Corts Catalanes, nous parvenons à la plaça d’Espanya, lieu de confluence d’importantes artères de la ville, et nous pénétrons dans le district de Sants. Il émane de ce quartier un arôme traditionnel où l’on respire encore le passé industriel et ouvrier ; peut-être d’ailleurs est-ce la raison pour laquelle le Modernisme n’y a guère laissé d’empreinte, à l’exception de quelques bâtiments emblématiques. Au beau milieu de cette place se trouve la  FONT COMMEMORATIVA DE L’EXPOSICIÓ DE 1929 (FONTAINE COMMÉMORATIVE DE L’EXPOSITION DE 1929. Plaça d’Espanya, s/n). Ce monument, œuvre de Josep M. Jujol, a été construit sur la place même de l’entrée à l’Exposition internationale de 1929, bien qu’il n’ait été terminé qu’après l’événement. La fontaine comprend un groupe de sculptures de Miquel Blay et des frères Miquel et Llucià Oslé, et elle est considérée comme étant de style éclectique.

Nous montons ensuite au Palau Nacional par l’avinguda de la Reina Maria Cristina, si celle-ci n’est pas fermée au public à cause de la foire-exposition de la Fira de Barcelona (Consulter le Centre du Modernisme au tél. : 902 076 621) ; si celle-ci est fermée, nous passerons par le carrer Mèxic. Poursuivons notre chemin par ESCALES I EL MIRADOR DEL PALAU NACIONAL, (LES ESCALIERS ET LE MIRADOR DU PALAIS NATIONAL), qui constituent l’axe central de l’exposition de 1929 projeté par l’architecte Josep Puig i Cadafalch. Avec ses trois places à différents niveaux réunies par les escaliers et par des cascades situées au centre, l’ensemble respecte une rigoureuse symétrie. Sur la première place, se trouve la FONT MÀGICA (FONTAINE MAGIQUE), œuvre de l’ingénieur Carles Buïgas construite en 1929. Cette fontaine tient son nom du caractère qu’elle avait à l’époque de l’exposition du fait des spectaculaires jeux d’eau et de lumière de couleurs, que l’on peut encore y voir de nos jours (Consulter les horaires au tél. 010). En remontant les escaliers, on parvient à la plaça del Marquès de Foronda et l’on trouve, d’un côté et de l’autre, le PALAU D’ALFONS XIII (PALAIS D’ALFONS XIII) et le PALAU DE LA REINA VICTÒRIA EUGÈNIA (PALAIS DE LA REINA VICTÒRIA EUGÈNIA). Ces deux palais, construits en 1918 par Josep Puig i Cadafalch, ont été des pavillons de l’Exposition de 1929 et ils font partie aujourd’hui de la foire-exposition de Barcelone.

L’axe se termine par le mirador du PALAU NACIONAL (PALAIS NATIONAL), qui a fait fonction de palais de l’Exposition internationale de 1929. Construit entre 1927 et 1929 selon le projet d’Eugeni P. Cendoya et d’Enric Catà, avec la collaboration de Pere Domènech i Roura, cet édifice fait partie de ce que l’on appelle le « monumentalisme éclectique ».

Il abrite actuellement le   MUSEU NACIONAL D’ART DE CATALUNYA (MNAC), (34) (MUSÉE NATIONAL D’ART DE CATALOGNE) qui, depuis 2004, après l’achèvement des travaux de réhabilitation du bâtiment, présente finalement rassemblées toutes ses collections. Le fonds du MNAC comporte un impressionnant échantillon des mille dernières années d’art en Catalogne : peinture, sculpture, arts décoratifs, dessin et gravure, photographie et numismatique. Naturellement, il comprend un panorama de l’art modernista catalan du milieu du XIXe siècle jusqu’à la moitié du XXe. Les collections du MNAC, parmi les plus représentatives de ce mouvement, en font le musée barcelonais du Modernisme par excellence, puisqu’il conserve et présente le plus remarquable de sa production d’arts visuels dans toute sa diversité : peinture, sculpture et arts décoratifs.

Palau Nacional

D’autre part, la visite du musée est indispensable pour situer l’œuvre des architectes modernistes dans le contexte artistique de leur époque. S’il est vrai que Gaudí, par exemple, fréquentait peu les cénacles modernistes, il a toujours maintenu des relations d’amitié -avec des influences réciproques- avec divers artistes faisant partie de ce mouvement tels que les sculpteurs Josep Llimona et Carles Mani, ainsi que les peintres Joaquim Mir, Anglada i Camarasa, Francesc Gimeno ou Darío de Regoyos, qui sont tous représentés dans les collections du musée. De nombreuses œuvres exposées renvoient à des lieux du parcours de la Route du Modernisme. On y trouve, par exemple, l’original de Ramon Casas et Pere Romeu sur un tandem (1897), du peintre Ramon Casas (1866-1932) dont une copie ornait le mur du bar-restaurant Els Quatre Gats (point (23) de la Route). Le riche ensemble d’arts décoratifs du musée nous permet de découvrir la décoration intérieure des étages nobles de certains des immeubles les plus emblématiques de l’architecture modernista, comme ceux qui constituaient la fameuse Mansana de la Discòrdia du passeig de Gràcia. De la Casa Amatller (44), le musée présente divers éléments du mobilier tels qu’un banc, une vitrine et un plafonnier, œuvres de Puig i Cadafalch lui-même. De la Casa Batlló (45), il exhibe divers éléments conçus par Antoni Gaudí, comme une porte coulissante, une chaise et un sofa très caractéristiques de son style. L’architecte Lluís Domènech i Montaner a chargé de la décoration intérieure de la Casa Lleó Morera (43) l’ébéniste majorquin Gaspar Homar (1870-1953), l’une des principales figures des arts décoratifs du Modernisme : ses œuvres ont été primées à Barcelone, Madrid, Londres (1907) et Paris (1909). De cette décoration, le musée conserve la quasi totalité de la salle de séjour ainsi que des éléments d’autres pièces, tels qu’un sofa doté de vitrines latérales et d’un panneau de marqueterie. Pour compléter la vision de l’art modernista en Catalogne, le visiteur doit aussi contempler des œuvres de sculpture, avec Josep Llimona, Eusebi Arnau et Miquel Blay. Il vaut aussi la peine de découvrir les œuvres d’autres artistes appartenant à des mouvements antérieurs au Modernisme -Marià Fortuny ainsi que les disciples de l’École de Rome- et postérieurs. La deuxième génération d’auteurs modernistes tels que Joaquim Mir, ou les artistes de la période noucentista, Joaquim Sunyer, Joaquim Torres García ou Manolo Hugué, entre autres, et de la sculpture d’avant-garde de Pablo Gargallo et Juli González, sont particulièrement intéressants.

Descendons à la plaça de Carles Buïgas et, par l’avinguda del Marquès de Comillas, nous parvenons à  CAIXAFORUM  FÀBRICA CASARAMONA (35) (CAIXAFORUM – USINE CASARAMONA. C/ Marquès de Comillas, 6-8). L’industriel Casimir Casaramona décida d’installer son usine textile dans la montagne de Montjuïc et chargea du projet Josep Puig i Cadafalch (1912-1913). Le résultat est un ensemble typique d’architecture industrielle dans lequel ne manquent ni les voûtes à la catalane, ni la décoration de céramique modernista ou de pierre artificielle. Par contre, Puig i Cadafalch dota l’ensemble d’un parfum néogothique caractéristique ainsi que de détails d’une authentique personnalité, tels que les pinacles et les tours de plan carré. L’usine, le plus grand bâtiment jamais construit par Puig i Cadafalch, cessa d’être utilisée avec le temps et, en 1940, elle fut transformée en écuries destinées aux chevaux de la Police nationale. En 1998 commencèrent des travaux de réhabilitation pour faire de l’ancienne usine le CaixaForum, c’est-à-dire le nouveau siège social et culturel de la fondation « la Caixa ». Il s’agit d’un centre dynamique et polyvalent qui accueille des expositions, des ateliers, des conférences, des cours et des concerts, et il offre des visites guidées aussi bien des expositions que du bâtiment modernista lui-même, parmi de nombreuses autres activités.

En suivant la Gran Via en direction de L’Hospitalet de Llobregat, on rencontre aussi  l’ ESTACIÓ DE LA MAGÒRIA (36) (GARE DE MAGÒRIA. Gran Via de les Corts Catalanes, 181-247 ; C/ Moianès, 1-17), construite par Josep Domènech i Estapà en 1912. Cette gare était destinée aux trains de marchandises allant au port et poursuivant leur route par la ligne des chemins de fer de la Generalitat de Catalunya (FGC) qui passe en souterrain par la Gran Via. Les voies de garage ainsi que les terrains adjacents ont été transformés en zone omnisports. Pas très loin de là, à la fin du carrer del Moianès, se trouve le carrer Creu Coberta, où l’on peut voir deux exemples remarquables du Modernisme des premières années À droite, se trouve le  MERCAT D’HOSTAFRANCS (37) (MARCHÉ D’HOSTAFRANCS. C/ Creu Coberta, 93), réalisé en 1888 par Antoni Rovira i Trías, le même ingénieur qui fit un autre marché, celui de Sant Antoni, avec lequel il partage sa structure de fer, en même temps typique et charmante. En traversant la rue, on trouve l’ancienne lieutenance de la mairie d’Hostafrancs, actuel  SEU DEL DISTRICTE DE SANTS-MONTJUÏC (38) (SIÈGE DU DISTRICT DE SANTS-MONTJUÏC. C/ Creu Coberta, 106), construite par Jaume Gustà i Bondia (1895) et Ubald Iranzo i Eiras (1908-1915). Partiellement modernista, avec des éléments éclectiques, ce bâtiment est surtout remarquable par ses verrières, œuvre de Francesc Labarta.

Estació de la Magòria
Mercat d’Hostafrancs
Seu del Districte de Sants – Montjuïc
Antiga Fàbrica Casaramona

De retour au croisement de la Gran Via et du passeig de Gràcia et un peu plus haut, sur le trottoir de gauche, s’élève la  CASA MALAGRIDA (39) (MAISON MALAGRIDA. Passeig de Gràcia, 27), œuvre de Joaquim Codina i Matalí, réalisée entre 1905 et 1908. Comme d’autres bâtiments de l’époque situés dans la meilleure zone de l’Eixample, la Casa Malagrida a une apparence extérieure de petit palais urbain fuyant la typologie habituelle des immeubles de logements de ce quartier. Malgré cet aspect, cette maison avait pour but, depuis son origine, de loger plusieurs familles. Le plus remarquable de cet immeuble est son spectaculaire couronnement en forme de coupole ainsi que les lampadaires de fer forgé d’un vestibule dans lequel il vaut aussi la peine de contempler les élégantes fresques du plafond à caissons.

En arrivant au carrefour que fait le passeig de Gràcia avec le carrer del Consell de Cent, nous tournerons vers la droite dans ce dernier et le suivrons pendant quelques pas, dans le sens de la marche des automobiles. Notre destination est l’origine même de l’Eixample : les premières maisons qui furent construites dans la zone. Les  CASES CERDÀ (MAISONS CERDÀ Consell de Cent/Roger de Llúria) furent édifiées en 1864 par Antoni Valls. En suivant cette même direction, on pourra voir l’ancienne   CONFITERIA J. REÑÉ  (Consell de Cent, 362, CONFISERIE J. REÑÉ),  établissement qui a conservé sa décoration modernista.

Un peu plus loin, et en parvenant au carrer de Girona, nous trouvons une boutique modernista, le  FORN SARRET (40) (BOULANGERIE SARRET. C/ Girona, 73), de 1898, avec des portes de marqueterie dignes d’éloges et un écu, présidant la porte, dans lequel est faite une allégorie de la moisson du blé. Sur le pan coupé opposé, se trouve l’ancien  FORN DE LA CONCEPCIÓ (41) (BOULANGERIE DE LA CONCEPCIÓ. C/ Girona, 74), de Josep Suñer (1900).

En remontant par le carrer de Girona, on trouve la  CASA POMAR (42)(MAISON POMAR. C/ Girona, 86). Il s’agit d’une édification originale de Rubió i Bellvé (1906) dont la façade lui donne un aspect d’église -ne pas oublier de contempler la céramique verte en forme de quille de bateau qui préside à la porte principale-. En revenant par le carrer del Consell de Cent, on peut descendre quelques pas dans le carrer de Roger de Llúria, où se trouve la  TORRE DE LES AIGÜES (TOUR DES EAUX. C/ Roger de Llúria, 56), construite en 1867 par Josep Oriol Mestres. En 1987, ce bâtiment devint le premier pâté de maisons dont l’intérieur public avait été reconquis par la mairie dans une tentative de récupération du projet initial de Cerdà. L’été, la mairie de l’arrondissement de l’Eixample transforme le lieu en une sorte de « plage de quartier » improvisée. Devant ce bâtiment, se trouve le passatge de Permanyer, une jolie ruelle bordée de maisonnettes qui semble vouloir nous transporter dans le Londres victorien.

 Reprenons la Route sur le passeig de Gràcia. L’étape suivante de notre promenade à la rencontre du Modernisme barcelonais est la MANSANA DE LA DISCÒRDIA (PÂTÉ DE MAISONS DE DISCORDE), véritable centre symbolique de ce mouvement : cent mètres de rue qui réunissent trois œuvres maîtresses des trois chefs de file modernistes : Lluís Domènech i Montaner -Casa Lleó Morera-, Josep Puig i Cadafalch -Casa Amatller- et Antoni Gaudí -Casa Batlló-. Ce pâté de maisons reçut cette appellation du fait de la compétition esthétique entre trois immeubles qui est, de fait, l’expression du phénomène qui eut lieu au cours de ces années entre les familles bourgeoises de Barcelone ; celles-ci, en effet, voulaient, en s’installant dans l’Eixample, posséder la maison la plus spectaculaire et la plus riche.

 Le premier bâtiment intéressant de cette inénarrable Mansana de la Discòrdia est la  CASA LLEÓ MORERA (43) (MAISON LLEÓ MORERA. Passeig de Gràcia, 35) qui, malheureusement, ne peut pas être visitée. Lluís Domènech i Montaner se chargea en 1905 des travaux de modification de cette maison construite en 1864 par la Sociedad Fomento del Ensanche afin de l’améliorer et de la redécorer pour ses nouveaux propriétaires, la famille Lleó Morera. Le plus proche du style Renaissance des architectes de la Barcelone modernista parvint à conjuguer dans la Casa Lleó Morera, œuvre petite voire modeste, l’effort créateur d’un nombre considérable d’artistes et d’artisans qui, travaillant en étroite collaboration, parvinrent à offrir une surprenante et presque miraculeuse unité finale, dans le plus pur style floral de Domènech i Montaner. Ainsi, la Casa Lleó Morera présente, depuis le vestibule et en passant par l’escalier, l’ascenseur et l’étage principal, l’un des ensembles les plus riches et les mieux conservés des arts appliqués du Modernisme : mosaïques, verrières, marqueteries, dallages, sculptures, etc. À l’étage noble du bâtiment se trouve, précisément, l’un des grands trésors du Modernisme barcelonais : une monumentale verrière de l’entreprise d’Antoni Rigalt (Rigalt, Granell i Cia) qui occupe un pan de l’ancienne salle à manger principale de la maison et qui représente une bucolique scène rurale. La même pièce présente huit panneaux de céramique avec des figures de porcelaine en relief sur lesquels l’artiste Eusebi Arnau sculpta une berceuse, La dida de l’infant rei (La nourrice de l’enfant roi).

Casa Malagrida
Casa Pomar

Sur la façade, on remarquera tout spécialement les travaux du sculpteur Arnau, mais les cariatides des arcs du rez-de-chaussée ont été mutilées dans les années quarante en même temps que d’autres détails ornementaux afin qu’une boutique pût installer ses vitrines. Le rez-de-chaussée a été partiellement restauré en 1992 grâce à des photographies et d’autres documents de l’époque. Au MNAC (34), on peut contempler des éléments de l’architecture intérieure de l’étage principal, œuvres de l’ébéniste Gaspar Homar. Parmi les meubles, éclairages et tapis, on remarquera un gigantesque sofa-placard de marqueterie.

À côté même de la Casa Lleó Morera se trouvent deux bâtiments qui remplissent à la perfection les fonctions de contrepoint contemporain, discret mais sans appel, des grandes œuvres de la Mansana de la Discòrdia. Le premier d’entre eux est la  CASA MULLERAS (MAISON MULLERAS. Passeig de Gràcia, 37), sobre intervention architecturale d’Enric Sagnier qui, en 1911, reforma un bâtiment de 1868 en lui substituant complètement la façade. Le deuxième est la  CASA BONET (MAISON BONET. Passeig de Gràcia, 39), œuvre classiciste peu brillante de Jaume Brossa (1901) dont on ne remarquera que le curieux musée du Parfum fondé en 1961 au rez-de-chaussée. Ce musée présente un vaste échantillon de presque cinq mille flacons de parfums et d’essences de différentes cultures et civilisations ; depuis les fioles égyptiennes, les céramiques grecques, les verres romains et puniques, et les récipients arabes et orientaux, jusqu’à une intéressante collection de flacons d’essences du XVIIe au XIXe siècles en porcelaine, cristal et autres matériaux nobles.

En remontant le passeig, le deuxième grand monument modernista est la  CASA AMATLLER (44) (MAISON AMATLLER. Passeig de Gràcia, 41). L’histoire de cet immeuble remonte à 1898, quand l’industriel chocolatier Antoni Amatller, collectionneur de verres anciens et photographe amateur, voulut transformer un immeuble anodin de 1875 qu’il avait acheté pour y installer sa résidence principale. L’industriel chargea des travaux l’architecte Puig i Cadafalch, qui fit le choix de lui donner l’apparence d’un palais gothique urbain, avec une façade plane et un patio central dans lequel débouche un escalier permettant d’accéder au logement principal, bien que l’immeuble ait dû être habité par diverses familles.

Casa Lleó Morera
Forn Sarret
Casa Amatller

Puig i Cadafalch créa pour la Casa Amatller une lecture très personnelle du gothique, ouvrant la voie qui lui permit de maintenir l’excellence de son œuvre même aux moments où les éléments du langage gothique étaient abandonnés par la plupart des architectes. La première chose du bâtiment qui surprend, c’est sa façade en dégradé aux réminiscences nordiques, présidée par une sorte de tympan aux sgraffites de stuc ocres et blancs, et couronnée par un exubérant fronton flamand lui-même ornementé de carreaux de céramique vitrifiée de Valence, rouges et dorés.

 La façade, considérée par certains spécialistes comme l’« apothéose des arts décoratifs » et dans laquelle d’aucuns ont voulu voir des influences des petits palais urbains de Copenhague, Bruxelles ou Amsterdam, dispose d’une tribune d’inspiration wagnérienne qui évoque la façade de la chapelle de Sant Jordi du Palais de la Generalitat. Puig i Cadafalch a offert à cette maison des détails typiques d’inspiration médiévale. Les portes d’accès, par exemple, sont décorées de sculptures, de chapiteaux et de stucs tels que le saint Georges tuant le dragon, de pierre, œuvre d’Eusebi Arnau. Au rez-de-chaussée se trouve une bijouterie dont la boutique a respecté les petites fenêtres originales d’ornementation florale, inspirées des grandes demeures gothiques catalanes. À l’étage noble, les figures des fenêtres recréent les personnages fantastiques et grotesques qui peuplaient les palais et les églises gothiques.

Le vestibule est décoré de trois lampadaires de bronze et accueille un élégant escalier qui conduit à l’étage noble, où se trouve l’Institut Amatller d’Art hispanique, fondé par la famille Amatller ; cet organisme se consacrant à l’étude de l’art espagnol est aujourd’hui propriétaire de l’immeuble. L’appartement principal est l’un des rares intérieurs de Barcelone qui conserve encore aujourd’hui non seulement une bonne partie de la richesse ornementale d’origine mais aussi l’atmosphère dorée et opulente de cette bourgeoisie de l’Eixample modernista grâce aux sculptures qui s’adaptent aux espaces, aux sols recouverts de mosaïques de style romain ou de marbre blanc, et aux plafonds qui présentent une riche combinaison de poutres polychromes et de stucs sgraffités. La cheminée est l’une des pièces les plus remarquables, bien que nombreux soient ceux qui considèrent que le chef-d’œuvre de l’appartement est en fait la colonne de marbre rosé située au beau milieu de la tribune et que l’on peut voir depuis la rue ; il s’agit d’une colonne qui n’a pas la moindre mission structurelle, et qui n’a été conçue que par pur hédonisme. Cet appartement ne peut malheureusement pas être visité mais on pourra admirer au MNAC (34) divers éléments du mobilier original de cette maison.

 Le troisième grand édifice de la Mansana de la Discòrdia est la  CASA BATLLÓ. (45) (MAISON BATLLÓ). Josep Batlló était un magnat catalan du textile qui a créé un certain nombre d’usines, dont le Vapor Batlló situé carrer d’Urgell qui abrite aujourd’hui l’École industrielle. Lorsqu’en 1904 Antoni Gaudí reçut la commande de remodeler le bâtiment original de la Casa Batlló datant de 1870, la fabuleuse richesse du magnat Batlló lui permit de réaliser ses rêves et il manifesta son intention d’y recréer le paradis.

 Il remodela le bâtiment de bas en haut : il y ajouta un cinquième étage, construisit les sous-sols, agrandit le vestibule, refit l’escalier et les murs intérieurs des appartements, et il altéra la forme de toutes leurs pièces avec de vastes courbes qui firent disparaître les angles droits de l’ensemble de la maison.

Casa Batlló
Casa Batlló

L’élément le plus singulier de la Casa Batlló est la façade qui combine la pierre du rez-de-chaussée et de l’étage noble avec le revêtement de mosaïque des étages supérieurs, et il la couronna par une couverture squameuse rappelant le dos d’un reptile. L’objectif de Gaudí dans cette façade a toujours été l’objet d’élucubrations. Pour certains, il s’agissait pour Gaudí d’édifier un hymne symbolique de la légende de saint Georges, patron de la Catalogne, dans sa mythologique victoire sur le dragon. Le toit représenterait le dos du dragon, la tour semi-circulaire symboliserait la lance de saint Georges, et les balcons de fer des étages intermédiaires représenteraient les crânes, les os et les tendons des victimes du saurien, c’est-à-dire les vestiges des banquets du dragon. Mais une autre version de l’histoire considère que la façade de la Casa Batlló est une allégorie de la fête du carnaval : le toit-terrasse serait un chapeau d’Arlequin ; les balcons des masques de bal ; les colonnes les os des déguisements de la mort ; et la cascade multicolore de céramique en trencadís qui « dégouline » sur le mur de façade -œuvre du jeune Josep M. Jujol- serait les confettis de la fête.

 Si la façade est spectaculaire, l’intérieur l’est encore davantage. Le puits de lumière de la Casa Batlló est une authentique merveille de l’architecture. Gaudí, toujours obsédé par la luminosité, le couvrit d’un revêtement de céramique bleue irrégulière qui s’assombrit, en passant du gris perle au bleu cobalt, à mesure qu’il s’élève vers la claire-voie. Le résultat de cette subtilité architecturale quasi subliminale est l’effet optique d’une distribution équitable de la lumière du haut en bas. Pour compléter l’effet, les balcons et les fenêtres augmentent de taille au fur et à mesure que l’on descend vers les appartements situés plus bas. L’escalier qui conduit à l’étage principal se tord comme le squelette d’un dinosaure fossilisé, et le mur, sinueux, peint de telle manière qu’il ressemble à une mosaïque, présente des reflets ainsi qu’une superficie similaires aux parois d’une grotte érodée par l’eau. L’appartement principal jouit d’un exceptionnel état de conservation. Les contrepoids qui actionnent les verrières et ouvrent complètement la tribune sur le passeig de Gràcia sont toujours en plein fonctionnement, de même que les grilles qui permettent l’entrée d’air de la rue, créant un singulier système de ventilation naturelle. L’étage noble, cependant, ne conserve que deux meubles conçus par Gaudí pour les Batlló : un buffet et un banc. Le MNAC (34) conserve d’autres éléments conçus par Gaudí pour cette maison.

En arrivant au carrer d’Aragó, nous dévierons vers la gauche pour nous rapprocher de l’ancienne  EDITORIAL MONTANER I SIMÓN (46)(MAISON D’ÉDITION MONTANER I SIMÓN), qui était une entreprise de la famille maternelle de Lluís Domènech i Montaner, et qui abrite actuellement la FUNDACIÓ ANTONI TÀPIES (FONDATION ANTONI TÀPIES). Construit par Domènech i Montaner entre 1881 et 1886, l’édifice est considéré, avec la Casa Vicens de Gaudí (point (88) de la Route du Modernisme), comme l’une des œuvres pionnières de la rénovation architecturale et urbaine que comporta le mouvement modernista. Le bâtiment est remarquable du fait de sa façade peu académique à l’air légèrement mudéjar, son système de claire-voies, qui lui apporte une lumière zénithale très diffuse, ainsi que sa curieuse structure dans laquelle on remarquera les colonnes métalliques ainsi que les poutres d’acier plus caractéristiques des marchés et des gares ferroviaires que des sièges de société de la fin du XIXe siècle.

Le bâtiment a été couronné, dans les années quatre-vingt, par une œuvre sculptée du grand artiste contemporain Antoni Tàpies, Núvol i cadira (nuage et chaise), qui est devenue l’emblème de sa fondation. Cette institution abrite un musée dans lequel est présentée une vaste sélection de l’œuvre de l’artiste catalan combinée avec l’organisation d’expositions temporaires, de séminaires scientifiques, de conférences publiques et de cycles de cinéma. On y trouve aussi une bibliothèque spécialisée en art moderne et contemporain, les archives Tàpies avec la collection la plus complète d’œuvres et de documents du maître, ainsi que des collections des arts et cultures asiatiques et précolombiens.

À ce point de l’itinéraire, on pourra abandonner la route principale d’un jour pour aller vers la rambla de Catalunya jusqu’à la  CASA DOLORS CALM (47) (MAISON DOLORS CALM. Rambla de Catalunya, 54). Ce bâtiment, remodelé en 1903 par Josep Vilaseca i Casanovas, brille par l’élégante marqueterie du corps des tribunes -actuellement un peu détériorées-, par ses sgraffites ainsi que par les éléments sculpturaux du rez-de-chaussée et de la corniche. À quelques pas de là, et sur le trottoir opposé, se trouve la  CASA FARGAS (48) (MAISON FARGAS. Rambla de Catalunya, 47), œuvre d’Enric Sagnier (1902-1904). Son élément original le plus remarquable, une grande coupole qui couronnait le bâtiment, disparut il y a longtemps pendant les travaux de remontage. Son principal intérêt actuel réside dans ses sobres tribunes ondulées.

Casa Dolors Calm
Editorial Montaner i Simón
Casa Fargas

En continuant à descendre par la rambla de Catalunya et en tournant à droite dans le carrer de la Diputació, nous découvrons un autre bâtiment que Sagnier construisit en même temps que la Casa Fargas, la  CASA GARRIGA NOGUÉS (49) (MAISON GARRIGA NOGUÉS. C/ Diputació, 250), dans lequel on remarquera les consoles d’Eusebi Arnau représentant les âges de l’homme, ainsi que les vitraux de l’étage noble. En revenant sur le même trottoir de la rambla de Catalunya, on trouve la e  FARMÀCIA BOLÓS (50) (PHARMACIE BOLÓS. Rambla de Catalunya, 77), de Josep Domènech i Estapà, construite entre 1904 et 1910, et qui conserve presque tous ses éléments décoratifs originaux : un lampadaire aristocratique et quelque peu apprêté portant le nom de la boutique, une verrière comportant le dessin d’un oranger et un mobilier qui, comme les autres éléments ornementaux, s’honore de la signature d’Antoni Falguera. Un peu plus haut, mais sur le trottoir opposé, nous découvrons la  CASA DOMÈNECH I ESTAPÀ (51) (MAISON DOMÈNECH I ESTAPÀ. C/ València, 241), que l’architecte Josep Domènech i Estapà s’est construite pour son propre usage entre 1908 et 1909, et qui comporte une façade, de pierre apparente, de curieuse distribution asymétrique, avec une tribune d’un côté compensée par une ligne de fenêtres de l’autre.

Casa Dolors Calm
Editorial Montaner i Simón
Casa Fargas
Casa Fargas

En revenant vers la rambla de Catalunya, nous parvenons à la  CASA JUNCOSA (52) (MAISON JUNCOSA. Rambla de Catalunya, 78), de Salvador Viñals i Sabaté, construite entre 1907 et 1909, qui occupe un grand terrain au coin du carrer de València et dont on remarquera, tout spécialement, la grande tribune centrale et le vestibule d’air légèrement modernista. Plus haut, au coin du carrer de Mallorca, s’élève la  CASA QUERALTÓ (53) (MAISON QUERALTÓ. Rambla de Catalunya, 88), un bâtiment de Josep Plantada i Artigas (1907), décoré avec d’élégants sgraffites de couleur rose et de faux arcs avec des colonnes et des chapiteaux, mais largement modifié avec les années et mutilé dans son couronnement. On revient par le carrer València vers le passeig de Gràcia et on découvre, au coin, la   CASA VÍDUA MARFÀ (54) (MAISON VEUVE MARFÀ. Passeig de Gràcia, 66), l’un des meilleurs exemples du langage néomédiévaliste importé par certains architectes modernistes. Le bâtiment, œuvre de 1901-1905 de Manuel Comas i Thos présente trois arcs en plein cintre qui donnent sur la rue ainsi que de sveltes colonnes qui soutiennent la tribune de la façade. Sur le pan coupé opposé à la Casa Marfà se trouve l’Hotel Majestic et, juste devant lui, on peut voir l’un des bancs-lampadaires de Pere Falqués que l’on peut mieux apprécier ici, sans obstacles visuels. Pere Falqués a conçu trente et un de ces   BANC-FANALS (55) (BANCS-LAMPADAIRES) en 1906 pour meubler et illuminer le passeig en syntonie avec la somptuosité et la volonté d’ostentation de l’architecture. La municipalité a restauré ces éléments pendant les années quatre-vingt alors qu’ils étaient déjà presque en ruine. Toutefois, il faut distinguer ces éléments originaux de l’époque modernista des bancs-parterres ronds que l’on trouve à certains coins du boulevard ; ces derniers, en effet, sont le fruit d’un certain « néo-modernisme » contemporain et ils ont été ajoutés au paysage de la grande avenue barcelonaise, mais leur adaptation demeure un objet de polémique dans la ville.

Casa Juncosa
Casa Víuda Marfà
Casa Queraltó

Une déviation intéressante de notre itinéraire principal d’une journée nous entraîne, en suivant le carrer de València, jusqu’à la  CASA ELIZALDE (MAISON ELIZALDE. C/ València, 302), immeuble construit en 1885 pour la famille Sala et qui héberge, actuellement, une maison de quartier de la municipalité. (Depuis cet endroit, il y a, en général, différentes routes du Modernisme organisées le samedi matin. Il faut réserver à l’avance. Pour obtenir davantage d’information : tél. 934 880 590). Du bâtiment, d’un intérêt architectural limité, on remarquera cependant, tout spécialement, son monumental patio. Au coin des carrers de València et de Roger de Llúria on trouvera la populaire  QUEVIURES MÚRRIA (56) (ÉPICERIE MÚRRIA. C/ Roger de Llúria, 85), boutique historique inaugurée en 1898 comme brûlerie de café et fabricant de pâtisseries, sous le nom de La Puríssima, appellation empruntée à une église proche. La boutique, qui a évolué jusqu’à devenir l’un des colmados (magasins d’alimentation) barcelonais par excellence, présente une magnifique façade avec des enseignes et des réclames modernistes faites en verre teinté au feu, et tout particulièrement une réclame originale pour l’alcool Anís del Mono située au coin, copie d’une affiche d’époque de Ramon Casas.

En revenant dans le carrer València, on parvient à un groupe de trois immeubles modernistes intéressants. La    CASA JOSEFA VILLANUEVA (57) (MAISON JOSEFA VILLANUEVA. C/ València, 312), construite entre 1904 et 1909 par Juli M. Fossas, dans laquelle on remarquera une élégante tribune située à l’un des coins et qui avait sa réplique, aujourd’hui disparue, à l’autre coin du bâtiment. En traversant la rue, on trouve la  CASA JAUME FORN (58) (MAISON JAUME FORN. C/ València, 285), immeuble de 1909 comportant de remarquables verrières angulaires ainsi qu’un élément postérieur qui trahit l’ensemble, œuvre de Jeroni F. Granell i Manresa. Et tout près, la  CASA SANTURCE (59) (MAISON SANTURCE. C/ València, 293), aussi connue sous le nom de Casa Pau Ubarri, œuvre de Miquel Madorell i Rius (1902-1905), avec un intéressant vestibule et une façade décorée avec deux tribunes singulièrement couronnées et un écu portant le nom du propriétaire, le comte de San José de Santurce.

Casa Josefa Villanueva
Queviures Múrria
Casa Jaume Forn
Casa Santurce - Casa Pau Ubarri

En marchant un peu plus dans le carrer de València, on trouve le bâtiment du  CONSERVATORI MUNICIPAL DE MÚSICA (60) (CONSERVATOIRE MUNICIPAL DE MUSIQUE. C/ Bruc, 104-112), œuvre construite entre 1916 et 1928 -à la fin de la « fièvre » modernista- par Antoni de Falguera, spécialiste des commandes municipales. En remontant le carrer de Girona, on parvient à la  CASA LAMADRID (61) (MAISON LAMADRID. C/ Girona, 113), œuvre de Lluís Domènech i Montaner (1902) qui est comparativement simple, mais avec une façade couronnée par un singulier élément sculptural avec une décoration végétale ainsi qu’un écu de style gothique qui semble être un résumé du traditionnel répertoire décoratif de son auteur. Plus haut, la   CASA GRANELL (62) (MAISON GRANELL. C/ Girona, 122), modeste bâtiment qui est un excellent exemple du Modernisme « humble » fait pour les travailleurs. Jeroni F. Granell i Manresa en fut, en même temps, l’architecte (1901) et le propriétaire.

Conservatori Municipal de Música
Casa Lamadrid
Casa Granell

En reprenant le carrer de València, un peu plus loin, nous découvrons la  CASA LLOPIS BOFILL (63) (MAISON LLOPIS BOFILL. C/ València, 339 ; C/ Bailèn, 113), peut-être l’œuvre la plus remarquable d’Antoni M. Gallissà (1902). L’immeuble, de grandes dimensions et très modifié par rapport à l’original, est une véritable vitrine de détails décoratifs, dans lesquels on peut discerner une évidente influence de Domènech i Montaner. On appréciera, tout spécialement, l’extraordinaire rez-de-chaussée ainsi que les tribunes et les balcons.

En remontant le carrer de Bailèn, on parvient jusqu’au carrer de Mallorca. Tout en marchant dans cette rue en direction du passeig de Gràcia, on passe devant la     FARMÀCIA PUIGORIOL (Mallorca, 312, PHARMACIE PUIGORIOL), établissement qui a conservé sa décoration modernista. Ensuite, on arrive à la  CASA VALLET I XIRÓ (64) (MAISON VALLET I XIRÓ. C/ Mallorca, 302), de l’architecte Josep M. Barenys i Gambús, qui l’a projetée en 1913 avec un style propre de la fin du Modernisme et des influences du mouvement de la Sécession centre-européenne. Un peu plus loin, se trouve la  CASA THOMAS (65) (MAISON THOMAS. C/ Mallorca, 291-293), œuvre de Domènech i Montaner. Le principal intérêt de ce bâtiment, construit entre 1895 et 1898, est qu’il marque la première apparition des signes d’identité de l’incontournable style de l’architecte ; par exemple, la façade néogothique, les tons bleutés et le vestibule dans lequel brillent les motifs floraux et les figures de reptiles. La demeure que l’on peut contempler de nos jours n’est pas, cependant, comme le premier dessin projeté par Domènech i Montaner. À l’origine, le bâtiment se limitait à l’atelier et au premier étage où était situé le logement du propriétaire. L’agrandissement de 1912 a respecté les lignes originales, reconstruit les tourelles à un niveau supérieur et ajouté d’élégantes tribunes en façade.

  PALAU MONTANER, (66) (PALAIS MONTANER), œuvre de Domènech i Montaner (1896) pour l’un des propriétaires de la maison d’édition Montaner i Simón. Le bâtiment avait été commencé par Josep Domènech i Estapà mais, en 1891, alors que les deux premiers étages étaient déjà érigés, celui-ci a abandonné le chantier pour des désaccords avec le propriétaire.

Casa Llopis Bofill
Casa Vallet i Xiró
Palau Montaner
Casa Thomas

Il y a, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur, des motifs ornementaux en rapport avec l’art de l’impression. L’intérieur du palais est exquis : de grands artistes des arts appliqués du Modernisme y sont intervenus, tels que le sculpteur Eusebi Arnau, l’ébéniste Gaspar Homar et l’entreprise du verrier Antoni Rigalt (Antoni Rigalt i Cia.). Il est d’une grande richesse décorative, avec des mosaïques, des sculptures, des boiseries et un spectaculaire escalier sous une grande claire-voie ornementale. Le palais, un des édifices de la Délégation du Gouvernement en Catalogne, est actuellement le siège de la Sous-délégation du Gouvernement espagnol à Barcelone. Juste au coin opposé se trouve le  PALAU CASADES (PALAIS CASADES. C/ Mallorca, 283), un petit palais pompéien, œuvre d’Antoni Serra i Pujals (1885), dans lequel on remarquera un original patio orné de colonnes polychromes. Le bâtiment accueille, depuis 1922, le siège de l’Ordre des avocats. À partir de là, l’itinéraire revient sur le passeig de Gràcia.

Presque à côté de l’hôtel Majestic, nous découvrons la  CASA JOAN COMAS (MAISON JOAN COMAS. Passeig de Gràcia, 74), œuvre éclectique d’Enric Sagnier, qui a fait un profond remodelage (1907) d’un bâtiment préexistant en modifiant ses galeries postérieures, en faisant du jardin un magasin et en donnant à la façade une apparence modernista grâce à l’ajout d’une tribune, de nouveaux garde-fous aux balcons, et d’une corniche courbe. Un peu plus haut, au carrefour avec le carrer Mallorca et sur le trottoir opposé, s’élève la  CASA ENRIC BATLLÓ (MAISON ENRIC BATLLÓ. Passeig de Gràcia, 75), œuvre de Josep Vilaseca i Casanovas (1895-1896) qui abrite aujourd’hui un hôtel. De facture néogothique, il jouit de l’une des façades les plus attractives du passeig grâce à sa brillante polychromie. En traversant le passeig de Gràcia et en remontant jusqu’au coin qu’il fait avec le carrer Provença, nous trouvons les « bijoux » du Modernisme barcelonais, un imposant édifice qui préside majestueusement le croisement.

Jusqu’en 1905, cet angle de rues accueillait une modeste demeure rurale de trois étages avec jardin. En 1906, sa démolition donna lieu à l’une des œuvres les plus admirées et les plus photographiées d’Antoni Gaudí : la  CASA MILÀ, (67) (MAISON MILÀ), plus connue sous le nom de LA PEDRERA. La Casa Milà, dernier immeuble de logements construit par Gaudí, fut érigée sur la commande de Pere Milà, jeune promoteur urbaniste marié avec Rosario Segimón, la riche veuve d’un Espagnol ayant fait fortune à Cuba du nom de José Guardiola. Milà triomphait alors, et il aimait le luxe, les modes et les nouveautés : un véritable dandy de la Barcelone modernista. Il fut parmi les premiers à exhiber une automobile à moteur dans les rues de la ville alors que -peut-être par rancœur- les Barcelonais plaisantaient sur son goût de l’argent et de l’ostentation et se demandaient s’il ne serait pas « plus intéressé par la tirelire (guardiola en catalan) de la veuve que par la veuve de Guardiola ».

Casa Llopis Bofill

Pleinement saisi par la « fièvre » modernista, Milà voulait un bâtiment qui laisserait la ville bouche bée et dépasserait en splendeur ses « notables voisins », les Casa Batlló, Casa Amatller et Casa Lleó Morera. Et il est vrai qu’il y parvint. Encouragé par un budget illimité, Gaudí fit cadeau à la ville d’un paysage géologique, d’une falaise marine, d’une sculpture abstraite aux formes organiques de taille gigantesque. La Casa Milà est, de fait, le triomphe de la ligne courbe qui s’impose avec un éclat encore jamais vu. La Pedrera, c’est-à-dire la carrière, est le nom avec lequel les Barcelonais baptisèrent l’immeuble quand ils le virent terminé en 1910, impressionnés par son insolite et aberrante façade, qui provoqua de nombreuses plaisanteries populaires et de non moins nombreuses critiques de dessinateurs et d’écrivains. Le peintre Santiago Rusiñol, par exemple, plaisantait en affirmant que les habitants de cet édifice, qui ressemblait à une grotte, au lieu d’un chien ou d’un chat devaient avoir des serpents en guise d’animaux domestiques. Le politicien français Georges Clemenceau, en visitant Barcelone, ironisa en expliquant que les Catalans étaient si pénétrés de la légende de saint Georges qu’ils construisaient des maisons destinées aux dragons. Les caricatures publiées aussi furent nombreuses, comme celles qui présentaient la Pedrera utilisée comme un garage destiné aux dirigeables et autres artefacts volants entrant et sortant par les ouvertures de ce récif aérien. D’autres faisaient des parallélismes entre la Pedrera en construction et les images que l’on avait vues dans les journaux des désastres qu’un tremblement de terre avait provoqué en Andalousie.

 

Gaudí ne conçut pas la Casa Milà comme un simple immeuble de logements. L’architecte fit de la Pedrera une œuvre totale qui dépassait largement le cadre même de l’architecture et explorait la sculpture. Influencée par les débuts de l’Art Nouveau, la façade est revêtue de pierre calcaire formant de caractéristiques volumes courbes rappelant une falaise de bord de mer par la forme suggestive des arabesques des balcons de fer forgé. La partie inférieure de la façade est construite avec de la pierre provenant du massif du Garraf, à quelques dizaines de kilomètres de Barcelone, et la partie supérieure avec de la pierre calcaire de Vilafranca del Penedès, piquée pour obtenir une texture mate. À l’origine, Gaudí prétendait faire de la Pedrera une allégorie religieuse du saint Rosaire en faisant culminer la façade par un médaillon de bronze de quelque quatre mètres de hauteur. Toutefois, la semaine tragique -révolte populaire provoquée en 1909 par l’appel sous les drapeaux des réservistes catalans pour aller se battre au Maroc et durant laquelle de nombreuses églises avaient été incendiées- persuada le propriétaire Milà qu’un immeuble de logements couronné par une gigantesque vierge sur la terrasse deviendrait, sans le moindre doute, la cible de prédilection de la colère des anticléricaux. Et, en toute logique, il annula cette partie du projet.

Certains assurent que la disposition intérieure de la Pedrera provient des études que Gaudí fit des forteresses médiévales. C’est une image qui se voit renforcée par la similitude des cheminées et des sorties des escaliers des terrasses avec des heaumes de sentinelle. L’intérieur, cependant, a peu à voir avec une forteresse. Les peintures des plafonds des vestibules et des patios intérieurs sont particulièrement intéressantes. L’ancienne remise, la première construite à Barcelone sous terre, est un espace semi-circulaire et en pente, avec des colonnes de fer forgé et de brique qui soutiennent l’édifice (De nos jours, c’est un auditorium et il n’est pas compris dans la visite touristique). La femme de Milà, Rosario Segimón, ne partagea jamais la « dévotion » de son mari pour Gaudí mais elle consentit à vivre sous des plafonds ondulés jusqu’en 1926 quand, après la mort de l’architecte, elle décida de remodeler l’étage principal dans un style Louis XVI beaucoup plus à son goût. Cet espace est consacré, de nos jours, et après avoir supprimé les parois internes, à accueillir les grandes expositions organisées par la fondation Caixa Catalunya, son actuelle propriétaire.

L’Espai Gaudí (Espace Gaudí) est situé dans les combles de la Pedrera qui abritaient à l’origine les lavoirs de la propriété et qui ont aujourd’hui récupéré l’aspect original des simples voûtes paraboliques faites de brique apparente. Le plan de l’étage, que des années plus tard Le Corbusier vint admirer, a la forme d’un huit. L’élément principal, ce sont les deux cent soixante-dix arcs paraboliques, qui ressemblent aussi bien à la cage thoracique d’un énorme animal qu’à une feuille de palmier. La récupération de cet espace a entraîné l’élimination des treize appartements construits en 1953, qui avaient par ailleurs un certain intérêt architectural. Quand les combles ont retrouvé leur état original, on a pu vérifier que Gaudí avait donné une place bien précise aux petites fenêtres : elles étaient, en effet, distribuées sur différents niveaux afin que la lumière et l’air pénètrent dans l’espace et que la ventilation puisse sécher le linge qui y était étendu. De nos jours, l’Espace Gaudí explique, grâce à une série de dessins, de maquettes, de photographies et de documents audiovisuels, la vie de Gaudí, son contexte historique et culturel, ainsi que les valeurs artistiques et les innovations techniques de son œuvre.

De cet espace, on accède au toit-terrasse à échelons de la Pedrera, baptisé jardin des guerriers par le poète Pere Gimferrer à cause de l’aspect des cheminées. La terrasse a subi, elle aussi, une restauration radicale : seules demeurent les cheminées originales de Gaudí. La restauration a rendu leur splendeur aux cheminées et aux couvertures des escaliers revêtues de fragments de marbre et de trencadís d’azulejo de Valence. La cheminée couronnée de petits chapeaux -que Gaudí lui-même aurait fait, selon ce que l’on a dit, le lendemain de l’inauguration du bâtiment en profitant des bouteilles vides de la fête- a été restaurée avec des fragments de bouteilles de champagne du début du XXe siècle. Le travail des restaurateurs a permis de récupérer la force originale de la saillie de pierre de la région d’Ulldecona, en Catalogne, avec des fragments de carrelage. Bien que ce soit la couleur crème qui domine, le toit-terrasse est plus multicolore que la tonalité de la façade. Depuis le toit-terrasse de la Pedrera, on a une autre perspective des cours intérieures et on peut voir, à l’horizon du paysage urbain, les tours de la Sagrada Família.

 La dernière étape de la visite est « L’appartement de la Pedrera », un espace qui permet de découvrir les éléments clé de l’architecture intérieure de Gaudí et qui explique la vie quotidienne d’une famille riche de la Barcelone du début du XXe siècle. Dans cet espace, qui occupe deux anciens logements de la Pedrera, soit presque 600 mètres carrés, se trouve la reconstruction d’un appartement de l’époque dans lequel ne manquaient ni le bureau, ni les salles de bains à l’ancienne, ni les chambres sommaires destinées au personnel de service domestique.

 La Casa Milà a été déclarée bien culturel de l’humanité par l’Unesco en 1984. Curieusement, à cette époque, l’aspect de la Casa Milà était absolument déplorable. La façade avait acquis une tonalité marron sombre, sale et triste, les fresques du vestibule étaient très dégradées, l’étage principal avait été transformé en une salle de bingo, et les boutiques du rez-de-chaussée ne respectaient pas les courbes des ouvertures originales.

En 1986, l’organisme bancaire Caixa Catalunya a acquis l’édifice et a commencé sa restauration et sa réhabilitation qui se sont prolongées dix ans. En 1996, il a été ouvert au public comme centre culturel et il est rapidement devenu l’un des espaces de référence de Barcelone. Actuellement, à la Pedrera, la Caixa Catalunya a installé le siège de ses œuvres sociales ainsi que de ses quatre fondations : fondation Caixa Catalunya (culture), fondation Territori i Paisatge (environnement), fondation Un Sol Món (solidarité) et fondation Viure i Conviure (attention sociale).

Leaving La Pedrera, we continue up Passeig de Gràcia towards Avinguda Diagonal. After a few metres we find the CASA CASAS-CARBÓ (68) (Passeig de Gràcia, 96), built by Antoni Rovira i Rabassa in 1894. The main interest of this building, which was the residence of the painter Ramon Casas and the writer Santiago Rusiñol, is its interior which features the terrace of the main floor, an elegant Romantic garden of the late 19th century, and the fireplace designed by the decorator Josep Pascó (1902) for the piano nobile of the building. The only outstanding feature on the façade is the carved stone balcony of the main floor. The last important building before reaching Avinguda Diagonal is PALAU ROBERT (Passeig de Gràcia, 107), a noble building surrounded by gardens built in 1903 in Neo-Classical style. This building, by Henri Grandpierre and Joan Martorell i Montells, was a private residence until 1981, when it was acquired by the Generalitat of Catalonia, to house its tourist information offices.

 

The intersection of Avinguda Diagonal and Passeig de Gràcia is popularly known as Cinc d’Oros -the “five of gold coins” from the Spanish-style pack of cards- because of the five Modernista lamp-posts by Falqués that decorated the square at the beginning of the 20th century (they are now on Avinguda Gaudí, between the Sagrada Família (81) and Hospital de Sant Pau (82)). The intersection is currently presided by an obelisk which used to support a statue of the Republic by Josep Viladomat, withdrawn after the Civil War (and currently relocated in Plaça Llucmajor, in the northern area of Barcelona). The substitute statue at the base of the obelisk, dedicated to the fascist Victory of 1939, was made by Frederic Marès, although with the advent of democracy in 1979 the fascist symbols adorning it were erased by the Barcelona City Council, as with many other monuments and buildings in town.

Casa Casas – Carbó

Along Avinguda Diagonal, west towards Plaça Francesc Macià, you will come to   CASA SERRA (69) (Rambla de Catalunya, 126), which in its time was one of the best examples of single-family urban mansions in Barcelona. The building, planned by Josep Puig i Cadafalch in 1903, is now backed by a contemporary building with a glass façade which Antoni Milà and Frederic Correa built in 1987. This daring combination of Modernisme and modern design now houses the Provincial Council of Barcelona. Of the original design, two wings forming an angle give onto Rambla Catalunya: in one of them there is a Plateresque door in which Puig i Cadafalch emulated the door of the Casa Gralla, a Renaissance building demolished in 1856 in Carrer Portaferrisa. The Eclecticism of the architect seems to have no limits in this work. In addition to the Plateresque door, the balconies and windows combine Gothic and Renaissance elements.

Puisque nous nous trouvons à ce point, il vaut la peine de rappeler que, à un pâté de maisons d’ici, au carrefour des carrers Balmes et Còrsega, se trouvait la Casa Trinxet (Maison Trinxet) (1902-1904), œuvre de Josep Puig i Cadafalch qui disposait d’un intérieur spectaculaire. Cette maison a été détruite en 1968 en dépit des tentatives d’artistes et d’intellectuels pour la sauver et en faire un musée du Modernisme. Tout près de la Casa Serra, en descendant, se trouve la   CASA ANTONI COSTA (70) (MAISON ANTONI COSTA. Rambla de Catalunya, 122), de 1904, peut-être l’œuvre la plus représentative de Josep Domènech i Estapà dans le domaine des immeubles de logement, une construction monumentale avec des influences du mouvement Sécession. En poursuivant notre chemin sur l’avinguda Diagonal, présidant le coin qu’elle fait avec le carrer d’Enric Granados, se trouve la  CASA SAYRACH (71) (MAISON SAYRACH. Diagonal, 423-425), l’un des derniers et singuliers exemples du Modernisme barcelonais. Construite entre 1915 et 1918, la maison attire le regard par les formes courbes de sa façade, de claire influence gaudienne, et par la svelte tourelle qui en fait le coin. L’intérieur du hall d’entrée est une apothéose du Modernisme le plus baroque. Le projet de l’œuvre a été signé par Gabriel Borrell i Cardona, mais il est attribué aujourd’hui à l’architecte et écrivain Manuel Sayrach i Carreras. À proximité se trouve la  CASA SOCIETAT TORRES GERMANS (MAISON SOCIETAT TORRES GERMANS. Aribau, 180), bâtiment de Jaume Torres (1906) dans lequel on remarquera les corps de tribunes aux extrémités de la façade, les sgraffites et la corniche échelonnée.

De retour dans l’avinguda Diagonal et au carrefour avec le carrer de Buenos Aires se trouve la  CASA PERE COMPANY, (72) (MAISON PERE COMPANY), demeure individuelle construite par Puig i Cadafalch en 1911 qui accueille actuellement le musée du Sport et centre d’études Doctor Melcior Colet. La maison fut proposée en 1911 pour concourir au Prix de la mairie de Barcelone au meilleur bâtiment, récompense qu’emporta, finalement, l’usine Casaramona du même architecte. La maison est considérée comme la première œuvre de l’« époque blanche » de Puig i Cadafalch, au cours de laquelle l’architecte de Mataró introduisait des influences de la Sécession viennoise dans ses projets. Dans la maison, on a maintenu un élément décoratif tel que le sgraffite de la vierge de l’Assomption de la façade donnant sur le carrer de Buenos Aires, œuvre de Tomás Fontanals. En 1940, la demeure fut acquise par un célèbre gynécologue, le docteur Melcior Colet Torrebadella, qui la transforma en clinique. Les travaux ont été réalisés sous la direction de l’architecte d’intérieurs Santiago Marco Urrutia (1885-1949), qui ne conserva à l’intérieur que la cheminée originale de Puig i Cadafalch. En 1982, le docteur Colet fit cadeau du bâtiment à la Direction générale du Sport de la Generalitat afin qu’elle en fasse un musée.

De retour au Cinc d’Oros, et sur le trottoir du haut de l’avinguda Diagonal, nous découvrons la  CASA PÉREZ SAMANILLO (73) (MAISON PÉREZ SAMANILLO. Balmes, 169), siège du Cercle équestre. Le bâtiment original, construit en 1910 par Joan Josep Hervàs i Arizmendi, a subi de nombreuses modifications au cours de son histoire. De ce petit palais aux allures néogothiques on remarquera tout spécialement la fenêtre ovale de la salle à manger qui donne sur l’avinguda Diagonal, populairement appelée la peixera, c’est-à-dire l’aquarium. Quelques pas plus loin, apparaît la façade de l’ESGLÉSIA DE POMPEIA   (ÉGLISE DE POMPEIA. Diagonal, 450), temple de style néogothique qu’Enric Sagnier i Villavechia conçut entre 1907 et 1909 pour les pères capucins et dans lequel on remarquera en particulier la façade extérieure, toute de brique rouge et de pierre, ainsi que la verrière de l’entrée.

Casa Sayrach
Casa Company
Casa Pérez Samanillo
Casa Serra

Après avoir passé l’avinguda Diagonal et le Cinc d’Oros, le passeig de Gràcia se transforme en espace de jardin que les habitants du quartier de Gràcia appellent els jardinets (les petits jardins). Cette zone verte accueille une petite collection de sculptures à l’air libre : une installation métallique et la sculpture La lectura de Josep Clarà rendent hommage au linguiste catalan Pompeu Fabra. Ce tronçon final du passeig de Gràcia, entre l’avinguda Diagonal et la trame urbaine de l’ancienne villa de Gràcia, héberge deux remarquables édifices modernistes. L’un d’eux est la  CASA BONAVENTURA FERRER (74) (MAISON BONAVENTURA FERRER. Passeig de Gràcia, 113), construite par Pere Falqués entre 1905 et 1906. Falqués dota la façade de ce bâtiment d’un singulier traitement sculptural, spécialement dans la monumentale tribune. Un peu plus haut, fermant le passeig de Gràcia, se trouve la  CASA FUSTER (75) (MAISON FUSTER. Passeig de Gràcia, 132), dernière œuvre de Domènech i Montaner (1908-1911). Il s’agit d’une construction de genre néogothique, avec trois façades de marbre blanc et une solution de continuité du coin principal, avec un corps cylindrique qui forme des tribunes, typique de Domènech. Le bâtiment, rehaussé par de curieux combles à la française très peu habituels dans l’architecture modernista, devait être couronné d’une tour similaire à celle du pavillon de l’administration de l’Hospital de Sant Pau (82), mais celle-ci ne fut jamais construite.

 

Au rez-de-chaussée a fonctionné pendant de nombreuses années le mythique Cafè Vienès qui, conjointement à la salle de bal El Danubio située au sous-sol, était un lieu de rencontre privilégié de la ville. En 2004, l’entreprise Hoteles Center, qui avait acheté l’immeuble afin d’y réaliser une réhabilitation soigneuse et respectueuse pour en faire un hôtel de grand luxe, a réouvert le Cafè Vienès (Pour davantage d’information, voir On sort, guide des bars et restaurants modernistes).

De retour à l’avinguda Diagonal, et en direction du passeig de Sant Joan, l’itinéraire nous permet de découvrir un autre bâtiment de Josep Puig i Cadafalch, le  PALAU DEL BARÓ DE QUADRAS. (76) (PALAIS DU BARON DE QUADRAS). Ce bâtiment, construit entre 1904 et 1906, héberge aujourd’hui la Casa Àsia. Il s’agit d’une institution publique constituée en 2001 dans le but de promouvoir la réalisation d’actions et de projets visant à impulser le développement des relations avec l’Asie dans les domaines institutionnel, culturel, académique et économique.

Ce petit palais est une véritable leçon quant à la créativité et l’élégance de Puig i Cadafalch. Tout y est exemplaire, depuis la grille de la porte jusqu’aux aménagements intérieurs, avec un vestibule très décoré, et une façade qui conjugue des formes gothiques et plateresques avec une abondante décoration florale. L’une des curiosités est la double façade du bâtiment : celle de l’avinguda Diagonal accentue le caractère noble et singulier du petit palais ; l’autre, la façade arrière (carrer del Rosselló), met en évidence le caractère d’immeuble  de logement. L’intérieur, d’allure arabe, renferme des mosaïques romaines, des polychromies sur bois, des sgraffites et des jalousies de bois.

Palau del Baró de Quadras - Tribunes de la façana principal i de la façana posterior

Sur le trottoir opposé s’élève la CASA COMALAT (77) (MAISON COMALAT. Diagonal, 442), œuvre insolite de Salvador Valeri i Popurull (1909-1911). Très influencée par Gaudí, on remarquera principalement les façades : la façade principale, symétrique et urbaine, et la façade postérieure (carrer de Còrsega), moins formelle, polychrome et décorée de curieuses galeries de bois dotées de persiennes et de céramiques de couleurs. L’intérieur n’est pas en reste : en plus des splendides dallages de mosaïque, il abrite un mobilier exquis dont les éléments les plus notables sont les bancs et les éclairages du vestibule, aux formes extrêmes.

Sur le même trottoir de l’avinguda Diagonal, et au carrefour des carrers del Rosselló et de Roger de Llúria, on parvient à la CASA TERRADES(78) (MAISON TERRADES. Diagonal, 416-420). Ce bâtiment, connu populairement sous le nom de CASA DE LES PUNXES (MAISON DES PUNXES), fut construit entre 1903 et 1905 par Josep Puig i Cadafalch. D’une silhouette caractéristique, la Casa de les Punxes est l’une des œuvres les plus célèbres du Modernisme. Le bâtiment s’élève sur un vaste terrain propriété des sœurs Terrades et, bien qu’il semble être un bloc uniforme, il est formé en réalité par trois immeubles de logement. Dans sa construction, Puig i Cadafalch parvint à styliser au maximum ses traditionnels éléments d’inspiration médiévale, en les renforçant au point que la maison ressemble à un château. Le bâtiment a quatre tours rondes rehaussées d’aiguilles coniques -les punxes, c’est-à-dire les pointes-, une tour principale avec un ciboire et une légion de tribunes et de miradors de style gothique flamand. L’écrivain australien Robert Hughes la décrit dans son livre Barcelona comme « un croisement entre la maison d’une corporation flamande et un château du roi fou Louis II de Bavière ». Dans sa spectaculaire façade de brique, à l’exception du rez-de-chaussée qui est en pierre, on remarquera en particulier les balcons et les panneaux de céramique aux motifs patriotiques. L’un d’entre eux, le plus grand et le plus célèbre de ces panneaux, représente un saint Georges avec la légende suivante : « Sant Patró de Catalunya, torneu-nos la llibertat » (Saint patron de Catalogne, rendez-nous la liberté), qui a été considéré par certains comme une provocation. Le politicien bouffon espagnoliste de l’époque, Alejandro Lerroux, a qualifié ce panneau de « crime contre la nation » -espagnole, dans ce cas-, mais l’art a prévalu sur la politique et l’écu est demeuré, même pendant le fascisme et avec un commissariat de police juste en face.

Arc de Triomf

En poursuivant notre itinéraire sur l’avinguda Diagonal, nous parvenons à la plaça Mossèn Jacint Verdaguer, présidée par un monument à ce poète catalan, projeté en 1914 par un Josep M. Pericas qui s’éloignait déjà du Modernisme, et avec une statue de Joan Borrell et des reliefs des frères Oslé. Depuis cette place, on voit la CASA MACAYA (79) (MAISON MACAYA. Passeig de Sant Joan, 108), résidence urbaine construite par Josep Puig i Cadafalch entre 1899 et 1901. Ce petit palais est un nouvel essai médiévaliste de l’architecte catalan. La façade blanche du palais, avec ses deux tourelles latérales, offre des sgraffites et des ouvertures ornées d’une décoration sculptée dans laquelle on remarquera les chapiteaux d’Eusebi Arnau ornés de thèmes très contemporains -tels que le cycliste qui se trouve à côté de la porte principale-. La délicate décoration de l’intérieur a été perdue en quasi totalité à l’exception de celles du vestibule, toute de sgraffites et d’azulejos, et du patio présidé par un escalier ouvert du plus pur style des palais médiévaux barcelonais.

 En reprenant l’avinguda Diagonal en direction de la plaça de les Glòries, nous découvrons, au coin du carrer de Sicília, la  CASA PLANELLS  (80) (MAISON PLANELLS. Diagonal, 332), une originale édification aux formes arrondies construite entre 1923 et 1924 par Josep Maria Jujol i Gibert, disciple de Gaudí. De nombreux spécialistes considèrent cette maison comme la dernière œuvre modernista de Barcelone, et l’influence des nouveaux courants rationalistes y est évidente. Jujol réalisa un travail admirable ayant pour but de tirer le plus grand profit possible d’un petit terrain afin d’y concevoir de superbes appartements en duplex reliés par un escalier en colimaçon.

Casa Macaya

En remontant le carrer de Sicília et en tournant à droite dans le carrer de Mallorca nous parvenons au BASÍLICA DE LA SAGRADA FAMÍLIA. (81) (BASILIQUE DE LA SAGRADA FAMÍLIA). Gaudí a été un architecture unique à son époque, mais il fut aussi l’un des rares à obtenir une commande qui lui dura toute la vie -et qui, de fait, a dépassé sa vie-, la Sagrada Família. Ce temple brille par son originalité, par l’ambition qu’il démontre ainsi que par ses dimensions gigantesques.

Sagrada Familia

L’origine du temple expiatoire de la Sagrada Família remonte à 1869, lorsque Josep M. Bocabella, fondateur de l’Associació Josefina dédiée à la propagation de la dévotion à saint Joseph, eut l’idée d’ériger un temple en l’honneur de la Sainte Famille (Joseph, la vierge Marie et Jésus-Christ). Bocabella acheta le terrain et, en 1882, commença la construction d’une église de style néogothique dans l’objectif d’ériger une cathédrale des pauvres qui pourrait détenir le radicalisme politique de la classe ouvrière de Barcelone, la ville que le penseur anarchiste Mikhaïl Bakounine avait signalée comme la plus révolutionnaire de toutes les villes européennes. Toutefois, avec le temps, le temple acquit un sens bien différent à mesure que le catalanisme le plus conservateur s’identifiait avec le projet. Le premier architecte du temple fut Francesc de Paula Villar, mais l’absence d’entente avec Bocabella provoqua un changement de plans radical. Villar fut congédié et on lui substitua Antoni Gaudí, qui termina la crypte et présenta un nouveau projet beaucoup plus ambitieux : construire une cathédrale avec une grande tour dédiée au Sauveur qui aurait cent soixante-dix mètres de hauteur. L’idée enthousiasma le dévot Bocabella et Gaudí se mit au travail rapidement. En 1891, il entama les travaux de la façade de la Naissance. Trente-quatre ans plus tard, Gaudí avait terminé le premier des quatre clochers qui s’élèvent de ce côté. Les trois autres devaient être achevés après la mort de l’architecte.

La Sagrada Família peut être considérée comme « une bible de pierre » du fait du grand nombre de symboles chrétiens que Gaudí imprima dans ses façades. Parmi eux se trouvent d’ores et déjà, et se trouveront au fur et à mesure de leur construction, depuis Adam et Ève jusqu’aux Douze Apôtres, en passant par les épisodes principaux de la vie de Jésus ainsi que tous les grands symboles de l’Ancien Testament. La Sagrada Família est, en définitive, un monument qui pourrait être lu comme une initiation complète à la religion catholique. L’importance de cet édifice n’est pas, cependant, exclusivement religieuse. C’est aussi le « livre de Gaudí », la plus claire leçon de sa manière de construire, une espèce de testament dans lequel Gaudí appliqua toutes les solutions structurelles qu’il avait étudiées et testées dans ses différentes œuvres, et un nouvel hommage à la nature qu’il appelait lui-même « la meilleure constructrice », et qu’il tenta toute sa vie d’imiter. Par exemple, le temple repose sur des colonnes inclinées dont les branches soutiennent de petits fragments de voûtes hyperboliques qui produisent l’effet d’une forêt.

La façade de la Naissance, donnant sur le carrer de la Marina, est la grande œuvre figurative de Gaudí. Presque achevée par l’architecte lui-même, elle tente d’exprimer et de communiquer l’allégresse de la création par la naissance de Jésus. Dans l’archivolte centrale, on peut voir Jésus, Joseph et Marie, sous l’étoile de l’Orient et entre le bœuf et l’âne, entourés d’anges, de musiciens et de chanteurs. Un examen attentif de sa décoration permet de localiser une centaine d’espèces végétales différentes et autant d’animaux représentés en sculpture dans les archivoltes et les moulures décorées de spirales entrelacées. Cette façade a trois portes. La porte centrale est la porte de la Charité et on y voit les noms de la généalogie du Christ, le serpent et la pomme, l’enfant Jésus avec le bœuf et l’âne, ainsi que les signes du zodiaque tels qu’ils étaient le jour de la naissance de Jésus. Sur le côté, la porte de l’Espérance, dans laquelle sont représentés les noces de Joseph et de Marie, l’égorgement des Saints Innocents et la fuite en Égypte, ainsi qu’une représentation de la montagne de Montserrat avec l’inscription « Salveu-nos » (Sauvez-nous). Sur le côté opposé, se trouve la porte de la Foi dans laquelle sont représentés la Visitation, ainsi que Jésus parmi les docteurs du temple et sur son banc de charpentier. Dans les pinacles de cette façade, on voit des épis et des grappes ainsi que l’image de Marie dans le dogme de l’Immaculée.

La façade du carrer de Sardenya est l’inverse de celle de la Naissance. Cette façade comprend une bonne centaine de sculptures contemporaines qui, suivant les ébauches de Gaudí, évoquent la passion et la mort du Christ, réalisées par le sculpteur Josep Maria Subirachs. La désolation, la nudité, la douleur, le sacrifice et la mort président à la passion du Christ pour annoncer sa résurrection et son ascension au ciel. Gaudí répétait que, s’il avait commencé par cette façade, les gens auraient renié la Sagrada Família. Contrairement à la façade décorée, ornementée et violemment érigée de la Naissance, la porte de la Passion semble dure et de lignes très marquées, comme si elle était faite d’ossements. Derrière un portique que supportent six grandes colonnes inclinées, comme six grands troncs semblables à des séquoias, s’élève un immense fronton avec dix-huit colonnes plus petites. L’absence de décoration concentre la tragédie dans les faits principaux, très dramatiques, présidés par la figure du Christ nu au moment de sa mort.

Il faudra encore construire la façade principale qui, selon le projet de Gaudí, regardait vers la mer au-dessus du carrer de Mallorca. Celui-ci devait être couvert par une grande place sur laquelle aurait donné un escalier monumental qui aurait occupé ce qui est aujourd’hui le pâté de maisons faisant face au temple. Ce qui commence à prendre forme, ce sont des espaces totalement nouveaux qui constituent les nefs du temple, dans lesquelles on peut percevoir des solutions géométriques et structurelles insolites. Les nefs sont le résultat d’années d’étude et de réflexion. En effet, vers 1910, Gaudí en commença les ébauches et incorpora par la suite l’expérience qu’il avait acquise dans la chapelle de la Colònia Güell : une solution avec des colonnes légèrement hélicoïdales, des arcs et des voûtes paraboloïdes hyperboliques. Cependant, la découverte de la luminosité de l’hyperbole mena Gaudí à utiliser une croisée de coupoles concavo-convexes qui s’ajustaient aux colonnes, aux murs et aux fenêtres et qui, matérialisées à une échelle 1/10e, donnent cette vision de forêt qui lui servait fréquemment d’image pour expliquer son projet.

Le musée du temple conserve l’histoire de sa construction grâce à des plans de situation, des photographies de moments de la construction, des fragments de maquettes, toute une iconographie ainsi que des travaux en fer forgé, en bois et en métal, conçus et dessinés par Gaudí, en plus de photographies et d’un document audiovisuel sur les autres bâtiments du même architecte. On peut aussi y contempler les maquettes de la nef centrale et des façades. En guise d’éléments plus significatifs, le musée présente la maquette dont Gaudí se servit pour calculer la structure de l’église de la Colònia Güell ainsi qu’une vingtaine de dessins originaux de l’architecte. On y trouve aussi des photographies d’éléments qu’il dessina et qui furent modelés dans les ateliers du temple. L’une des installations annexes est constituée par les écoles de la Sagrada Família, simple construction curviligne avec la marque de Gaudí qui éblouit Le Corbusier par sa technique hardie. Ces écoles, destinées à l’origine à accueillir les enfants des ouvriers qui travaillaient sur le chantier, sont un bâtiment innovateur dans lequel Gaudí n’utilisa pas le fer et réalisa toutes les structures avec de la brique, en parvenant à une plus grande plasticité grâce à un matériau très bon marché.

Depuis la façade de la Naissance de la Sagrada Família, dans le carrer de la Marina, on prendra le début de l’avinguda Gaudí, agréable promenade pour les passants où l’on trouvera les lampadaires modernistes réalisés par Pere Falqués qui se trouvaient auparavant au Cinc d’Oros, au croisement de l’avinguda Diagonal avec le passeig de Gràcia. L’avinguda de Gaudí nous mènera jusqu’à l’  HOSPITAL DE LA SANTA CREU I SANT PAU (82) (HÔPITAL DE LA SANTA CREU I SANT PAU), où se trouve l’un des Centres du Modernisme de Barcelone, et où avec le guide vous pourrez obtenir gratuitement les bons de réduction de la Route du Modernisme et trouver toute l’information nécessaire sur le Modernisme de Barcelone. L’Hospital de la Santa Creu i Sant Pau est une des institutions les plus emblématiques et les plus enracinées de Barcelone. Il fut fondé en 1401 après l’épidémie de peste et la disette qui dévastèrent la ville à la fin du XIVe siècle. Le premier hôpital était constitué d’un édifice d’architecture gothique catalane et situé au cœur du quartier du Raval mais, avec le temps, il a été augmenté d’autres bâtiments (carrer del Carme, 47 et carrer de l’Hospital, 56).

Hospital de Sant Pau - Entrada principal

On a commencé la construction de l’édifice de l’Eixample en 1902, sur un projet de Lluís Domènech i Montaner, coïncidant avec l’industrialisation de la ville et avec les nouvelles idées sur l’hygiène et la santé publique appliquées à l’urbanisme, idées promues par le médecin Pere Felip de Monlau ainsi que par des urbanistes et des ingénieurs tels qu’Ildefons Cerdà et Pere García Faria, ce dernier responsable de la conception du réseau d’égouts de la Barcelone du XIXe siècle. L’hôpital fut érigé sur des terrains dans les limites de l’Eixample, à un endroit connu comme la « muntanya pelada » (la montagne pelée) acquis par l’ancien hôpital grâce à une donation du banquier Pau Gil qui, dans son testament, disposa qu’à sa mort on construirait un centre sanitaire qui porterait son nom. Et c’est ainsi que le nom de Sant Pau fut ajouté à celui de la Santa Creu. Les travaux commencèrent en 1902 et le roi Alphonse XIII inaugura officiellement le nouveau centre en 1930, alors que l’hôpital avait déjà abandonné son ancien site gothique dans le quartier Raval.

 L’œuvre de Lluís Domènech i Montaner est considérée comme l’un des meilleurs ensembles modernistes du monde. L’hôpital est une authentique ville, avec ses rues, ses jardins et ses bâtiments. Le pavillon d’accès, couronné par une tour svelte et une horloge, a une structure de brique apparente qui domine tout l’ensemble enrichi de mosaïques aux thèmes historiques, et de chapiteaux ainsi que de consoles de pierre en forme d’anges, œuvres synthétiques de jeunesse du sculpteur Pau Gargallo. On y remarquera aussi les mosaïques de Mario Maragliano, le grand escalier ainsi que les plafonds, aux réminiscences islamiques. Deux chiffres -1905 avec la lettre grecque alfa et 1910 avec la lettre oméga- indiquent le début et la fin des travaux de cet édifice principal. Le pavillon d’entrée et les dix pavillons situés autour de lui furent construits directement sous la férule de Domènech i Montaner et montrent l’usage intelligent, caractéristique de l’architecte, de la pierre, du fer et de la céramique. Les autres pavillons de l’ensemble, tels que la Casa de la Convalescència (Maison de la convalescence), sont l’œuvre de Pere Domènech i Roura, fils de l’architecte. Certains pavillons reçoivent des noms de saints, alors que d’autres ont été baptisés avec des noms de vierges. Les pavillons sont disséminés entre les jardins et sont connectés entre eux au travers d’un réseau de passages souterrains de deux kilomètres de longueur. Domènech avait en effet conçu un hôpital totalement innovateur, éclatant le bâtiment en une série de cellules entourées de jardins, avec une abondante lumière solaire et un air frais, dans lesquels les malades et le personnel médical pourraient profiter d’un environnement naturel beaucoup plus agréable que celui de l’ancien hôpital médiéval. L’un des pavillons, occupé actuellement par une cafétéria, présente une insolite façade baroque, celle de l’ancienne église de Santa Marta (1733), œuvre de Carles Grau. La façade a été démontée quand l’église a été détruite en 1909 pour faire place à la Via Laietana, transportée puis placée sur la porte de la cuisine de l’hôpital en 1928.

L’hôpital, qui occupe une superficie équivalant à neuf îlots de l’Eixample, fut l’objet de diverses restaurations. Les pavillons modernistes de Sant Pau ont été déclarés monument historique et artistique en 1978 et patrimoine de l’humanité par l’Unesco en 1997. L’Hospital de la Santa Creu i Sant Pau inaugure son troisième siège au XXIe siècle : il s’agit d’un édifice situé à l’extrémité nord-est et séparé du complexe modernista. En ce qui concerne les pavillons anciens, ils seront ouverts à de nouveaux usages du domaine de la connaissance, tels que des activités d’enseignement, de recherche et de divulgation à mesure que l’hôpital se transférera dans les nouveaux bâtiments.

 L’itinéraire se poursuit maintenant en autobus. La ligne 92 -qui a un arrêt au coin du carrer Sant Antoni M. Claret et du carrer Cartagena, à côté de l’entrée principale de l’Hospital de Sant Pau- nous mènera jusqu’au PARK GÜELL  (83) rêve urbanistique inachevé de Gaudí. L’actuel Park Güell, patrimoine de l’humanité de l’Unesco depuis 1984, ne conserve que les rares constructions terminées du grand projet de Gaudí. L’opération urbanistique la plus audacieuse de la Barcelone de la fin du XIXe siècle était une idée d’Eusebi Güell. Celui-ci acheta, en 1899, une ancienne propriété rurale de quinze hectares, appelée Can Muntaner de Dalt, pour en faire une cité-jardin inspirée des précédents anglais comme celui d’Ebenezer Howard -d’où son nom anglais de Park.

Le responsable chargé de réaliser ce projet d’urbanisme paysagistique du comte de Güell fut Antoni Gaudí. Le projet de Gaudí envisageait la construction d’un lotissement d’une soixantaine de parcelles avec un vaste espace consacré à une zone verte commune. La construction du lotissement commença en 1900 et s’arrêta définitivement en 1914. Suivant le souhait de Güell, Gaudí avait imaginé une retraite bucolique qui devait servir de demeure à la plus haute bourgeoisie barcelonaise. Sa situation, sur les pentes de la montagne et loin de la ville, semblait idéale pour symboliser la métaphore d’une montée au paradis, à l’éden. Le projet, cependant, fut un échec total. En plus de la parcelle acquise par le maître d’ouvrage, seules deux autres parcelles furent vendues à un unique acheteur qui y édifia une seule maison. On construisit cependant les trois croix qui marquent le lieu où devait être érigée une chapelle, les deux pavillons d’entrée, les murs de contention ainsi que toute l’infrastructure de voies autour d’une grande place soutenue par des colonnes. Face à un tel désastre financier, les héritiers d’Eusebi Güell, mort en 1918, vendirent le terrain à la mairie qui en fit un parc urbain. Depuis lors, les prodigieuses structures érigées au beau milieu de la végétation méditerranéenne forment un curieux mélange de fantaisie et de spiritualité, saupoudré d’emblèmes patriotiques par l’incorruptible catalaniste Gaudí. Il s’agit d’une œuvre dans laquelle Gaudí abandonna tout historicisme pour formuler courageusement un langage propre allant de l’inspiration des formes naturelles à un langage plastique étonnamment avant-gardiste.

La porte principale du Park Güell, ouverte dans un mur de brique décoré de mosaïques, est protégée par une grille de fer forgé et flanquée de deux pavillons suggestifs inspirés du livret Hänsel und Gretel, dont l’opéra avait été représenté au Liceu à la fin de l’année 1900, alors que Gaudí commençait à s’immerger dans le projet du Park Güell. Celui de gauche, avec une double croix au sommet, représente la maison des enfants Hänsel et Gretel, et son rez-de-chaussée est occupé par une librairie et une boutique de souvenirs. Celui de droite, plus grand et couronné par un champignon vénéneux, est celui de la sorcière, et c’était l’ancienne maison du concierge du parc. Récemment restauré, il accueille actuellement le Centre d’interprétation du Park Güell du Musée d’Histoire de la Ville de Barcelone (Horaire : du lundi au dimanche, de 11 à 15 heures, téléphone 932 856 899). Le rez-de-chaussée, où l’on pourra trouver toute l’information concernant l’œuvre de Gaudí, est d’accès libre. À l’étage supérieur, en payant un ticket d’entrée, on pourra voir la distribution de la construction et l’ancien logement du concierge, ainsi que l’exposition Güell et le Park Güell. Architecture et Nature. Après avoir dépassé les deux pavillons et en se dirigeant vers la droite, on peut voir une espèce de grotte rappelant la crypte du monastère de Sant Pere de Rodes, dans la province de Gérone, qui servait de remise pour les voitures et les chevaux les jours de pluie.

L’escalier principal est divisé en deux tronçons par un jeu d’eau sur lequel règne le fameux dragon multicolore construit en trencadís de céramique émaillée. En haut de l’escalier, la salle hypostyle -aussi connue sous le nom de salle aux cent colonnes, malgré le fait qu’elle n’en ait pas plus de quatre-vingt-six. Cette salle, destinée à l’origine à accueillir le marché du lotissement, a été décorée par Josep Maria Jujol, collaborateur habituel de Gaudí, qui eut carte blanche pour faire ce qu’il voulait. Le résultat est exceptionnel : un plafond ondulant de mosaïque avec des incrustations diverses formant de capricieuses spirales. La récupération de cette zone, en 1992, permit d’introduire des éclairages à la base des colonnes qui, de nuit, donnent un caractère tout à fait spectaculaire à cette espèce de temple grec. De la salle hypostyle sortent deux chemins qui nous mèneront à la grande place circulaire, merveilleux mirador sur la ville. La place, conformément au projet initial de Gaudí, devait recueillir l’eau de pluie qui, convenablement canalisée par les colonnes de la salle hypostyle, devait terminer dans une citerne impressionnante -douze mille mètres cubes- (La citerne est fermée au public).

 

La place est entourée par un banc de trencadís serpentant dans lequel l’imagination combinée de Gaudí et de Jujol a atteint une audace extraordinaire, que certains spécialistes considèrent comme précurseur de l’art abstrait. Le banc est une symphonie de couleurs : le vert, le bleu et le jaune apparaissent combinés de différentes manières, et en forme de lunes, d’étoiles et de fleurs abstraites. La couleur, cependant, disparaît à mesure que le banc s’éloigne vers la droite, côté dans lequel prédomine le blanc, symbole de la pureté. L’œuvre semble vouloir insinuer que la vie humaine est une symphonie de couleurs qui culmine avec le blanc, avec le ciel. La couleur, cependant, n’est pas totalement blanche : Gaudí utilisa un matériau qui avait été rejeté dans d’autres édifications de l’époque, comme la Casa Batlló, précisément à cause de cette « impureté ». Dans la dernière restauration du banc (1995) on a voulu maintenir cette imperfection, en utilisant jusqu’à vingt et une tonalités de blanc dans la restitution des parties les plus détériorées du banc. 

Les ponts et les passages sous les viaducs, avec des colonnes torsadées qui les font ressembler à des grottes, constituent autant de constructions insolites du Park Güell. Le quatrième portique qui relie la partie supérieure à la partie inférieure est, peut-être, la structure la plus spéciale, avec ses murs et ses arcs inclinés d’air surréaliste. Le sommet de la colline où se trouve le parc est couronné par un calvaire monumental formé de trois croix au lieu même où Gaudí avait prévu de construire une église. L’auteur laissa aussi aller sa fantaisie dans ce lieu : si l’on regarde vers l’est -c’est-à-dire en direction de Jérusalem- la perspective fait que les trois croix en file n’en font plus qu’une. C’est le point final de l’ascension: la croix est l’ultime symbole.

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La Route du Modernisme de Barcelone est un itinéraire pour Barcelone par Gaudí, Domènech i Montaner et Puig i Cadafalch, qui, avec d’autres architectes, a fait de Barcelone la grande capitale du l’Art Nouveau catalan. Avec cet itinéraire vous pouvez découvrir des palais impressionnants, des maisons étonnantes, le symbole de la ville et un immense hôpital, ainsi que des œuvres plus populaires et quotidiennes telles que les pharmacies, magasins, magasins, lanternes ou banques. Œuvres modernistes qui montrent que l’Art nouveau a pris racine à Barcelone et est encore aujourd’hui un art vivant et vécu.

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