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Café de l’Òpera

1929

En 1929, année de l’Exposition internationale à Barcelone, Antoni Dòria loua un local sur la Rambla del Mig, artère populaire de Barcelone, juste en face du Teatre del Liceu. Il le baptisa du nom de Cafè-Restaurant de l’Òpera, faisant ainsi une référence directe à l’édifice culturel situé sur l’autre trottoir. Depuis cette époque, et jusqu’à présent, le café a été dirigé par la même famille. L’établissement a conservé pendant longtemps la fonction de restaurant qu’il avait assumée dès le début, et il accueillait une clientèle tout à fait chic du fait de la qualité reconnue de sa cuisine. Dans les années quarante, cependant, avec le manque d’aliments qui caractérisa l’après-guerre, il n’a pas pu continuer à offrir une bonne cuisine et l’établissement a préféré se limiter à l’activité de cafétéria.

Ce café occupe ce qui était auparavant une chocolaterie-restaurant très populaire, La Mallorquina. Cet établissement est déjà cité en 1890 et auparavant, dès 1863, existait sur le même lieu un autre établissement du nom de Confiteria La Palma. Quand Antoni Dòria loua l’établissement, la décoration que l’on peut contempler aujourd’hui pratiquement dans sa totalité existait déjà. Il s’agit d’une décoration qui avait été commandée par le propriétaire de la chocolaterie La Mallorquina, Manuel Docampo, galicien d’origine, et qui avait été réalisée dans la décennie 1880 par Amigó.

Ce n’est que vers les années cinquante qu’une première restauration a eu lieu. Ce travail impliqua la création d’un bar sur le modèle original d’un petit comptoir qui était destiné à la caisse enregistreuse et qui se trouvait à l’entrée du local. Le mobilier lui aussi a changé, celui qu’il y avait à l’origine juste à l’entrée du local : les tables rondes à dessus de marbre (que l’on appelle ici des vetlladors) et les chaises en osier ont été substituées, à cette époque, par des fauteuils tapissés autour de tables de bois. Par la suite, dans les années quatre-vingt, il y a eu une deuxième restauration, dans ce cas des peintures et du mobilier, et une autre fois le bar a été modifié et agrandi, travail qui a été réalisé par Antoni Moragas i Spa. À cette époque, au cours de la restauration des panneaux et des murs peints, on a découvert sous la première décoration une autre, clairement du dix-neuvième siècle celle-là, de vases et de fleurs, antérieure à la chocolaterie La Mallorquina, et que l’on attribue à cette fameuse confiserie La Palma.

Quand on arrive au café, la première chose qui attire l’attention, c’est la porte d’entrée principale, un encadrement de bois avec des motifs gravés de thèmes végétaux aux lignes sinueuses, utilisant le langage modernista, combiné avec les deux montants latéraux de marbre où les même motifs sont répétés. À l’intérieur, on trouve un premier espace avec deux paires de tables d’un côté et de l’autre de la salle, ce qui configure une sorte de couloir central conduisant au bar, où le local devient plus étroit pour ne laisser qu’un passage vers un vaste salon. Entre eux, il y avait auparavant des verrières, qui avaient pour fonction de séparer les deux espaces, et dont l’encadrement demeure encore aujourd’hui. En 1992, deux salons ont été ouverts à l’étage supérieur, avec une décoration du XIXe fidèle à l’époque de construction du bâtiment.

La structure du local, surtout visible dans le salon intérieur, est de style XIXe siècle, comme en atteste l’usage des colonnes de fonte, avec des chapiteaux prolongés tels qu’on les faisait lorsqu’il n’y avait pas encore de poutres laminées, pour soutenir les poutrages de bois, ainsi que l’ornementation de plâtre du plafond avec une décoration végétale (palmes et fleurs) et géométrique (rectangles, pyramides, etc.). Aux murs, se combinent des panneaux peints sur toile avec trois motifs différents : deux d’entre eux présentent des jeunes femmes avec des attitudes ingénues portant des paniers et des fleurs ; le troisième motif est un vase de fleurs. Tous les panneaux sont encadrés de moulures de plâtre, peintes avec les mêmes couleurs vert sombre et blanc cassé, et ces moulures se retrouvent aussi au plafond.

Alternant avec les peintures, on a des miroirs ornés de dessins gravés à l’acide représentant des personnages féminins qui, par leur vêtement, semblent faire référence à certains personnages d’opéras. Dans ce cas, ce sont des femmes sensuelles, avec des lignes sinueuses et des attitudes diverses, plus proches d’une esthétique liée au langage modernista. Dans le salon intérieur, sous ces peintures et sous ces miroirs, le mur est aujourd’hui recouvert de carrelage jusqu’à mi-hauteur alors qu’auparavant le revêtement était fait de fibrociment, et de bois dans la partie de la salle proche de l’entrée.

En ce qui concerne le mobilier, des modifications ont été faites dans le premier salon, mais pas dans le salon intérieur où ont été conservées intactes, bien que restaurées, les tables de bois et les fameuses chaises Thonet, très populaires à l’époque, conjointement à d’autres chaises plus modernes mais aussi de l’entreprise Thonet.

Pendant toutes ces années, ce lieu a été le siège de réunions et de conversations des personnages les plus divers qui ont vécu ou qui sont passés par Barcelone. À l’époque de la République (1931-1939), il a été le point de rencontre d’hommes politiques de la Lliga et de l’Esquerra Republicana (comme celui qui plus tard sera président du gouvernement autonome, ou Generalitat, en exil, Josep Irla). Pendant la Guerre civile, le bar était assez populaire parmi les membres des Brigades internationales. Une fois la guerre finie, le local a eu une époque de peu de mouvements, mais ceux-ci sont revenus vers les années cinquante avec l’arrivée des premiers touristes. Les années soixante ont vu la renaissance de son caractère traditionnel de lieu de discussion-débat et de rencontre avec des participants aujourd’hui bien connus, tels que les écrivains Maria Aurèlia Capmany et Terenci Moix, les peintres Modest Cuixart et Joan Miró, ou le dramaturge et acteur Sacha Guitry. On ne peut oublier non plus que, tout au long de son histoire, le Cafè de l’Òpera a été un lieu où les chanteurs passaient de temps en temps : Chaliapine, Toti del Monte, Rosich, Montserrat Caballé, Carmen Valor, Luys Santaria et César González Ruano sont parmi les noms les plus connus.

Depuis cette époque et jusqu’à présent, le public qui passe la porte du Cafè de l’Òpera a toujours été très varié, des gens qui maintiennent vivant le caractère original et de point de rencontre de l’établissement, une clientèle aujourd’hui beaucoup plus cosmopolite qu’à son origine, d’âges différents et de divers secteurs de la population, avec un certain air informel et bohème. L’établissement est un véritable «classique» de la ville, et ce n’est pas sans raison qu’il a été proclamé Ramblista d’Honor en 1997. Le matin, il n’est pas rare de rencontrer de petits groupes de touristes et d’autochtones déjeunant et lisant le journal dans une ambiance calme; le soir, en revanche, le local s’échauffe et se remplit, en général, de Catalans et d’étrangers résidents dans une ambiance jeune et multiculturelle.

On peut y savourer un bon café choisi dans la vaste carte de l’établissement, dans laquelle on remarquera le café de l’Opéra (café avec de la mousse de chocolat). Si l’on préfère un thé, on pourra choisir parmi la trentaine de variétés qui sont offertes. Le chocolat épais est aussi une tradition spéciale du lieu, qui, pour les heures plus animées de la journée, dispose d’une bonne sélection de whiskys, de vins et de caves, ces vins mousseux catalans typiques, ainsi que de bières nationales et d’importation. On peut aussi y manger à toute heure du jour, principalement des tapes ou de petites assiettes de charcuteries ou de fromages de diverses origines, des sandwichs ainsi que des spécialités de la saison, et finalement à des prix raisonnables.

Parallèlement, dans la tradition du local, les salons de l’étage supérieur peuvent être réservés pour des discussions-débats, des causeries, des présentations de livres ou de petites célébrations. Avec une capacité d’une quinzaine de personnes dans chaque salle, la réservation n’implique qu’une seule consommation obligatoire pour les participants.


Interventions de la Campagne Barcelona, posa't guapa (Barcelone, fais-toi belle)

Restauration des façades, balcons et éléments d'enveloppe (persiennes).


Horaires

Tous les jours de la semaine, de 9 heures à 3 heures du matin.



Plus d'informations

Tél.: 93 302 41 80


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La Route du Modernisme de Barcelone est un itinéraire qui traverse la Barcelone de Gaudí, de Domènech i Montaner et de Puig i Cadafalch, qui ont fait de Barcelone, conjointement avec d’autres architectes, la capitale mondiale du Modernisme. Grâce à cet itinéraire, vous pourrez découvrir à fond des maisons surprenantes, d’impressionnants palais, le temple symbole de la ville ainsi qu’un immense hôpital, mais aussi des œuvres plus populaires et plus quotidiennes telles que des pharmacies, des commerces, des boutiques, des lampadaires ou des bancs, œuvres modernistes qui démontrent que le Modernisme s’est enraciné avec force à Barcelone et qu’il représente encore aujourd’hui un art vivant et vécu.

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